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Le salut par la foi

Tous droits réservés.
Edition numérique © Yves Petrakian, Juillet 2003



« Vous êtes sauvés par grâce par la foi. » (Eph 2:8)


Toutes les bénédictions que Dieu a répandues sur l'homme viennent de sa pure grâce, de sa bonté ou de sa faveur ; faveur libre, non méritée, complètement gratuite ; l'homme n'ayant aucun droit au plus petit des bienfaits du Seigneur. Ce fut la grâce gratuite qui forma «l'homme de la poudre de la terre et souffla en lui une âme vivante ;» ce fut elle qui grava sur cette âme l'image de Dieu et «mit toutes choses sous ses pieds.» La même libre grâce nous continue aujourd'hui la vie, la respiration et toutes choses; car quoi que ce soit que nous soyons, que nous ayons ou que nous fassions, rien en nous ne peut mériter la plus petite faveur des mains de Dieu. C'est toi, ô Dieu ! qui as fait toutes nos oeuvres en nous. Elles sont donc autant de preuves de plus d'une miséricorde, et toute justice qui peut se trouver en l'homme est aussi un don de Dieu.

Par quel moyen ou l'homme pécheur expiera-t-il donc le moindre de ses péchés ? Par ses oeuvres? Non: fussent-elles aussi nombreuses et aussi saintes que possible, elles ne sont pas à lui, elles sont à Dieu , mais en réalité elles sont toutes impures et pleines de péché, de sorte que chacune d'elles a besoin d'une nouvelle expiation. Il ne croît que des fruits mauvais sur un mauvais arbre; or son coeur est entièrement corrompu et abominable, puisqu'il est «privé de la gloire de Dieu,» de cette glorieuse justice gravée au commencement sur son âme, d'après l'image de son auguste Créateur. N'ayant ainsi rien à faire valoir, ni justice ni oeuvres, sa bouche est fermée devant Dieu.

Si donc les hommes pêcheurs trouvent grâce auprès de Dieu, il y a là de la part du Seigneur grâce sur grâce ; s'il consent encore à répandre sur nous de nouvelles bénédictions, même la plus grande des bénédictions, le salut, que pouvons-nous dire à cela, sinon: «Grâces soient rendues à Dieu de son don ineffable ?» Oui, il en est ainsi: «Dieu fait éclater son amour envers nous, en ce que, lorsque nous n'étions que pécheurs, Christ est mort pour nous sauver.» «Vous êtes sauvas par grâce par la foi.» La grâce est la source du salut, la foi en est la condition.

Maintenant, afin que nous ne soyons point privés de la grâce de Dieu, il nous importe d'examiner avec soin, premièrement : quelle est la foi par laquelle nous sommes sauvés ; secondement : quel est le salut obtenu par la foi ; troisièmement: de quelle manière nous pouvons répondre à quelques objections qu'on présente contre la doctrine du salut par la foi.

I

Quelle est la foi par laquelle nous sommes sauvés? C'est la première question que nous allons examiner. Et d'abord, ce n'est pas simplement la foi du païen. Dieu exige d'un païen qu'il croie que Dieu «est, qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent» soigneusement, et qu'il veut qu'on le cherche en le glorifiant comme Dieu, en lui rendant grâces pour toutes choses, et en pratiquant assidûment la vertu morale, la justice, la miséricorde et la vérité envers le prochain. Le Grec, le Romain, le Scythe même et l'Indien étaient sans excuse s'ils ne croyaient pas tout cela ; savoir, l'existence et les attributs de Dieu, un état futur de récompenses et de punitions et la nature obligatoire de la vertu. Croire ces choses, c'est avoir la foi du païen seulement.

En second lieu, ce n'est pas la foi du démon, quoique celle-ci aille beaucoup plus loin que la foi du païen, car le diable croit non seulement qu'il y a un Dieu sage et puissant, bon pour récompenser, et juste pour punir; mais il croit aussi que Jésus est le Fils de Dieu, le Christ, le Sauveur du monde. C'est ce qu'il déclare dans ces paroles expresses: «Je sais qui tu es; tu es le saint de Dieu» (Lu 4:34). Et nous ne pouvons douter que cet esprit malheureux ne croie à toutes les paroles sorties de la bouche du Saint, et même à tout ce qui a été écrit par les hommes inspirés, à deux desquels il a été forcé de rendre ce glorieux témoignage:

«Ces hommes sont des serviteurs du Dieu très-haut , et ils vous annoncent la voie du salut.» Le grand ennemi de Dieu et de l'homme croit donc, et tremble en croyant que Dieu a été manifesté en chair, qu'il mettra. «tous ses ennemis sous ses pieds,» et que «toute l'Ecriture est divinement inspirée;» sa foi va jusque-là.

La foi, en troisième lieu, par laquelle nous sommes sauvés, dans le sens qui sera expliqué plus loin, n'est pas cette foi qu'avaient les apôtres eux-mêmes tandis que Christ était sur la terre, quoiqu'ils crussent assez fermement en lui pour «tout quitter et le suivre ;» quoiqu'ils eussent alors le pouvoir d'opérer des miracles, de «guérir toutes sortes de maladies et toutes sortes d'infirmités ;» bien qu'ils eussent même «puissance, et autorité sur tous les démons,» et, ce qui est plus encore, qu'ils fussent envoyés par leur Maître pour prêcher le royaume de Dieu.

Quelle est donc la foi par laquelle nous sommes sauvés ? On peut répondre d'abord, en général, c'est la foi en Christ ; Christ, et Dieu par Christ en sont les objets. Ce caractère la distingue assez de la foi des païens anciens ou modernes. Et ce qui la distingue parfaitement de la foi des démons, c'est qu'elle n'est pas une simple croyance rationnelle, spéculative , un assentiment à la vérité, froid et sans vie, une série d'idées dans la tête ; mais aussi une disposition du coeur. Car ainsi parle L'Ecriture : «On croit du coeur pour obtenir la justice ;» et encore : «Si tu confesses le Seigneur Jésus de ta bouche, et que tu croies dans ton coeur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé.»

Et cette foi est différente de celle qu'avaient les apôtres eux mêmes tandis que Notre-Seigneur était sur la terre, en ce qu'elle reconnaît la nécessité et la vertu propitiatoire de la mort de Jésus ainsi que l'efficace de sa résurrection. Elle reconnaît sa mort comme l'unique moyen suffisant pour racheter l'homme de la mort éternelle, et sa résurrection comme notre restauration à la vie et à l'immortalité, puisqu'il «a été livré pour nos offenses et qu'il est ressuscité pour notre justification.» la foi chrétienne, donc, n'est pas seulement un assentiment donné à tout l'Evangile de Christ c'est aussi une pleine confiance dans le sang de Christ, un repos de l'âme sur les mérites de sa vie, de sa mort et de sa résurrection ; un recours à lui comme étant notre sacrifice expiatoire et notre vie , comme s'étant donné pour nous et comme virant en nous, et partant, c'est recevoir Christ, s'appuyer sur lui, s'unir et s'attacher à lui comme à notre «sagesse, justice, sanctification et rédemption,» en un mot, comme à notre salut.

II

Quel est ce salut obtenu par la foi? C'est le second point à expliquer.

Et, avant tout, quoi que ce soit qu'implique d'ailleurs ce salut, c'est un salut présent, c'est quelque chose que l'on peut obtenir, bien plus, que possèdent actuellement sur la terre ceux qui ont la foi dont nous venons de parler.

L'apôtre dit aux fidèles d'Ephèse (et en le leur disant, il le dit aux fidèles de tous les âges): «Vous êtes sauvés par la foi,» et non, vous serez sauvés, quoique cela aussi soit vrai.

Vous êtes sauvés, pour tout dire en un mot, du péché. Voilà la délivrance qui s'obtient par la foi; c'est ce grand salut annoncé par l'ange avant que Dieu fit venir son premier-né dans le monde: «Tu lui donneras, dit-il, le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés.» Il n'y a aucune limite ou restriction à ce salut, ni ici ni ailleurs, dans l'Écriture sainte. Il sauvera son peuple, ou, comme il est dit dans un autre endroit: «Tous ceux qui croient eu lui,» de tous leurs péchés, de leur péché originel et actuel, passé et présent; des péchés «de la chair et de l'esprit.» Par la foi en Jésus, ils sont délivrés et de la culpabilité et de la puissance du péché.

Vous êtes sauvés, d'abord, de la culpabilité de tout péché passé. Car, d'un côté, puisque tout le monde est coupable devant Dieu et qui, s'il voulait prendre garde aux iniquités, nul homme ne subsisterait ; puisque la loi ne donne que la connaissance et nullement la délivrance du péché, de sorte que «personne ne sera, justifié devant Dieu par les oeuvres de la loi;» de l'autre côté, «la justice de Dieu qui est par la foi en Jésus-Christ a été manifestée en tous ceux qui croient,» et ils sont maintenant «justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ, que Dieu avait destiné, pour être une victime propitiatoire par la foi en son sang, afin de faire paraître sa justice par le pardon des péchés commis auparavant.» Christ a enlevé «la malédiction de la loi, ayant été fait malédiction pour nous. -- Il a effacé l'obligation qui était contre nous, et il l'a entièrement annulée en l'attachant à la croix. -- Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui» croient «en Jésus-Christ.»

Et étant délivrés de la culpabilité, ils le sont aussi de la crainte ; non de la crainte filiale d'offenser Dieu, mais de toute crainte servile, et qui cause de la peine; de la crainte de la punition méritée, de la colère de Dieu, qu'ils ne considèrent plus comme un maître sévère, mais comme un père indulgent. Ils n'ont point «reçu un esprit de servitude, mais l'esprit d'adoption, par lequel ils crient : Abba, c'est-à-dire, Père; c'est ce même Esprit qui rend témoignage à leur esprit qu'ils sont enfants de Dieu.» Ils sont aussi délivrés de la crainte, mais non de la possibilité de perdre la grâce, et d'être privés des grandes et précieuses promesses de Dieu. Ainsi ils ont «la paix avec Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ.» Ils se réjouissent «dans l'espérance de la gloire de Dieu. L'amour de Dieu est répandu dans leurs coeurs par le Saint-Esprit qui leur a été donné» ; et par là ils sont persuadés (persuasion qui n'a pas en tous temps une égale force , et qui peut-être même n'existe pas toujours), ils sont persuadés, dis-je, que ni la mort ni la vie, ni les choses présentes, ni les choses à venir , ni les choses élevées, ni les choses basses, ni aucune autre créature, ne les pourra séparer de l'amour que Dieu leur a montré en Jésus-Christ Notre-Seigneur.»

De plus, par cette foi ils sont délivrés de la puissance du péché, aussi bien que de sa culpabilité. C'est ce que déclare l'apôtre : «Vous savez que Jésus-Christ a paru pour ôter nos péchés, et qu'il n'y a point de

péché en lui. Quiconque demeure en lui ne pèche point. Mes petits enfants, que personne ne vous séduise, celui qui fait le péché est du diable. Quiconque croit est né de Dieu; et celui qui est né de Dieu ne fait point le parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher parce qu'il est né de Dieu (1Jn 3:5-9).» Et encore : «Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point; mais celui qui est né de Dieu se conserve soi-même, et le malin ne le touche point (1Jn 5:18) .»

Celui qui, par la foi, est né de Dieu, ne pèche point.

1° Il ne commet pas de péché habituel; car tout péché d'habitude est un péché dominant; mais le péché ne peut régner chez un homme qui croit.

2° Il ne commet point de péché volontaire ; car sa volonté, aussi longtemps qu'il demeure dans la foi, est entièrement opposée à tout péché et l'abhorre comme un poison mortel.

3° Il ne pèche par aucun désir coupable; car il désire sans cesse de faire la volonté sainte et parfaite de Dieu, et par sa grâce il étouffe, dès son apparition, toute tendance à des désirs mauvais.

4° Il ne pèche point par infirmité, soit en parole, soit en acte, soit en pensée, car ses infirmités n'ont pas le consentement de sa volonté, condition sans laquelle elles ne sont pas à proprement parler des péchés.

Ainsi, «celui qui est né de Dieu ne commet point le péché ;» et quoiqu'il ne puisse point dire qu'il n'a pas péché, néanmoins «il ne pèche point» actuellement.

C'est là le salut reçu par la foi même dans ce monde; c'est, ce qui est souvent exprimé par le mot de justification, la délivrance du péché et de ses conséquences. La justification prise dans le sens le plus large comprend la délivrance de la culpabilité et de la peine du péché, par le sacrifice de Christ actuellement appliqué à l'âme du pécheur qui croit maintenant en Lui, et la délivrance de l'empire du péché par Christ qui est formé dans son coeur, de telle manière que celui qui est ainsi justifié, ou sauvé par la foi, est vraiment né de nouveau. Ill est né de nouveau de l'Esprit, né à une vie nouvelle «cachée avec Christ en Dieu.» Et comme un enfant nouveau-né, il reçoit avec joie «le lait pur de la parole» et il «croît par son moyen,» dans la force de l'Eternel son Dieu; il va de foi en foi, de grâce en grâce, jusqu'à ce qu'enfin, il atteigne «à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ.»

III

La première objection que l'on fait ordinairement à cette doctrine, c'est que prêcher le salut, ou la justification par la foi seule, c'est prêcher contre la sainteté et les bonnes oeuvres. On pourrait se borner à y faire cette courte réponse : Il en serait ainsi si nous parlions, comme le font quelques-uns, d'une foi séparée de ces choses; mais nous parlons, au contraire, d'une foi fertile en toutes sortes de bonnes oeuvres et en toute sainteté.

Mais il peut être utile d'examiner plus au long cette objection, surtout puisqu'elle n'est pas nouvelle, car elle est aussi vieille que les temps de saint de saint Paul, où l'on demandait déjà: «N'anéantissons-nous pas la loi par la foi ?» Nous répondons, premièrement, que tous ceux qui ne prêchent pas la foi, anéantissent évidemment la loi, soit d'une manière directe et grossière, par des limites et des commentaires qui en rongent tout l'esprit, soit indirectement en n'indiquant pas les seuls moyens qui nous rendent capables de l'accomplir; tandis que, en second lieu, «nous établissons la loi,» à la fois, en montrant toute son étendue et son sens spirituel, et en appelant tous les hommes à venir au Père par le chemin vivant, savoir par Christ, par lequel «la justice de la loi» peut être «accomplie en eux.» Ajoutons que tout en ne se confiant qu'au sang de Christ, les croyants pratiquent sans exception les ordonnances qu'il a instituées et font toutes «les bonnes oeuvres que Dieu a préparées pour qu'ils y marchent;» enfin ils possèdent et manifestent toutes les dispositions saintes et célestes, ils ont les mêmes sentiments qui étaient en Jésus-Christ.

Mais la prédication de cette foi ne pousse-t-elle pas les hommes à l'orgueil ? Nous répondons : accidentellement cela est possible. C'est pourquoi il faut instamment avertir tout croyant par ces paroles du grand Apôtre : Les premières «branches ont été retranchées à cause de leur incrédulité, et toi, tu subsistes par la foi : ne t'élève point par orgueil, mais crains. Si Dieu n'a point épargné les branches naturelles, prends garde qu'il ne t'épargne pas non plus. Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu; sa sévérité à l'égard de ceux qui sont tombés, et sa bonté envers toi, pourvu que tu persévères dans cette bonté, autrement tu seras aussi retranché.» Et, en persévérant dans la bonté de Dieu, le chrétien se rappellera ces mots de saint Paul, qui prévoyait cette même objection et y répondait : «Où est donc le sujet de se glorifier? Il est exclu. Par quelle loi? Par la loi des oeuvres. Non, mais par la loi de la foi (Ro 3:27).» Si l'homme était justifié par ses oeuvres, il aurait de quoi se glorifier; mais il n'y a aucun sujet de gloire pour «celui qui n'a point travaillé, mais qui croit en celui qui justifie le pécheur (Ro 4:5).»

Tel est encore le but des paroles qui précèdent et suivent le texte : «Dieu, qui est riche en miséricorde..., lorsque nous étions morts dans nos fautes, nous a vivifiés ensemble avec Christ, par la grâce duquel vous êtes sauvés;... afin qu'il fit connaître, dans les siècles à venir, les immenses richesses de sa grâce, par la bonté dont il a usé envers nous en Jésus-Christ. Car vous êtes sauvés par grâce, par la foi, et cela ne vient point de vous (Eph 2:4-8).» Ni votre foi, ni votre salut ne vient de vous : «C'est un don de Dieu;» un don libre, non mérité; tant la foi par laquelle vous êtes sauvés, que le salut qu'il y attache selon son bon plaisir et par pure miséricorde. Votre foi est un premier bienfait de sa grâce, le salut que vous obtenez par la foi en est un autre. «Ce n'est point par les oeuvres afin que personne ne se glorifie,» car toutes nos oeuvres, toute notre justice, avant de croire, loin de mériter la foi, n'étaient dignes que de la condamnation; par conséquent, lorsque la foi nous est donnée, ce n'est point à cause de nos oeuvres. Et le salut aussi n'est point par les oeuvres accomplies quand nous croyons; car alors c'est Dieu qui opère en nous; et partant la rémunération qu'il nous accorde pour ce qu'il opère lui-même, ne fait que relever les richesses de sa miséricorde et nous ôte tout sujet de nous glorifier.

Dire ainsi que la miséricorde de Dieu justifie ou sauve gratuitement par la foi seule, n'est-ce pas, cependant, encourager les hommes à vivre dans le péché ? Oui, il se peut que cette doctrine ait cet effet; il est même certain qu'elle l'aura. Plusieurs «demeureront dans le péché afin que la grâce abonde,» mais leur sang sera sur leur tête. La bonté de Dieu aurait dû les porter à la repentance, et c'est ce qu'elle fera pour ceux qui ont le coeur sincère. Quand ceux-ci savent qu'il «y a pardon par devers Dieu,» ils crient à. lui avec force, ils lui demandent qu'il veuille aussi effacer leurs péchés, par la foi en Jésus; et s'ils l'implorent instamment, sans se lasser, s'ils le cherchent par tous les moyens qu'il a établis; s'ils refusent toute consolation jusqu'à ce qu'il vienne ; «il viendra et ne tardera point.» Et il peut faire une grande ouvre en peu de temps. De. nombreux exemples rapportés dans les Actes des Apôtres, attestent que Dieu a opéré cette foi dans le coeur des hommes avec la rapidité de l'éclair qui tombe du ciel. Ainsi à la même heure où Paul et Silas commencèrent «à annoncer la parole du Seigneur» au geôlier, il se repentit, crut et fut baptisé; ainsi trois mille personnes qui se repentirent et crurent le jour de la Pentecôte, à la première prédication de saint Pierre, furent baptisées par lui le même jour; et, Dieu en soit béni, il y a maintenant bien des preuves vivantes qu'il est encore «puissant pour sauver.»

Cependant, contre la même vérité, envisagée à un autre point de vue, on présente une objection tout-à-fait opposée; on dit que c'est pousser les hommes au désespoir que de soutenir qu'ils ne peuvent être sauvés par tout ce qu'il leur est possible de faire. Oui, au désespoir de gagner le salut par leurs propres oeuvres, par leurs mérites ou leur justice propre; et il est nécessaire que cela arrive, car nul ne peut se confier aux mérites de Christ avant d'avoir complètement renoncé aux siens. Celui qui «cherche à établir sa propre justice,» ne peut recevoir la justice de Dieu . La justice de la foi ne peut lui être donnée aussi longtemps qu'il se confie en celle qui vient de la loi.

Mais, dit-on, cette doctrine est peu consolante. Ah! le diable a parlé, comme sa nature le veut, c'est-à-dire sans vérité et sans honte, quand il a osé suggérer aux hommes cette pensée. -- C'est la seule doctrine consolante; oui, elle est toute pleine de consolation pour tout pécheur qui s'est perdu et qui se condamne lui-même. «Quiconque croit en lui ne sera point confus.» Celui qui est le Seigneur de tous est riche en miséricorde «pour tous ceux qui l'invoquent;» -- voilà une consolation aussi élevée que le ciel, et plus forte que la mort! Quoi! miséricorde pour tous ! pour Zachée, l'exacteur public? pour Marie-Magdeleine, la prostituée? Il me semble entendre dire à quelqu'un : Alors moi, moi aussi, je puis espérer de trouver grâce ! -- Oui, tu le peux, ô affligé que personne n'a consolé! Dieu ne repoussera point ta prière.

Que sais-tu? peut-être à l'heure qui va sonner te dira-t-il : «Prends courage, tes péchés te sont pardonnés,» -- tellement pardonnés qu'ils ne règneront plus sur toi; et que le Saint-Esprit rendra témoignage à ton esprit que tu es enfant de Dieu. Ô bonnes nouvelles, nouvelles de grande joie, envoyées à tous les peuples ! «ô vous tous qui êtes altérés, venez aux eaux; venez, achetez sans argent et sans aucun prix.» Quels que soient vos péchés, fussent-ils rouges «comme le cramoisi,» fussent-ils plus nombreux que les cheveux de votre tête, -- retournez à l'Éternel et il aura pitié de vous, et à notre Dieu, car il pardonne abondamment.

Quand on ne peut plus rien objecter, on nous dit simplement, que le salut par la foi ne devrait pas être prêché, comme doctrine première, ou du moins ne devrait pas être prêché à tous. Mais que dit le Saint-Esprit? «Personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé, qui est Jésus-Christ.» Ainsi donc, le fondement de toute notre prédication est et doit être : «Quiconque croit en lui sera sauvé;» c'est là ce qui en doit, faire le premier sujet. -- Bien, mais il ne faut pas prêcher cette doctrine à tous tes hommes. – A qui donc ne devons-nous point la prêcher? qui devons-nous excepter? Les pauvres? -- Mais ils ont un droit tout particulier à ce qu'on leur prêche l'Évangile. -- Les ignorants? -- Dès le commencement, Dieu a révélé ces choses aux hommes illettrés et ignorants. -- Les jeunes gens ? --Nullement. Sur toutes choses, «laissez-les venir et Christ, et ne les en empêchez point.» -- Les pécheurs ? -- Moins que personne. Il est «venu appeler à la repentance, non les justes, mais les pécheurs.» Eh bien ! s'il nous faut excepter quelqu'un, ce doivent être les riches, les savants, les hommes estimés et moraux; et il est vrai qu'ils ne se dispensent que trop souvent d'écouter cette doctrine. Mais, quoi qu'il en soit, nous devons annoncer la parole de Notre Seigneur. Car voici la, teneur de notre commission

«Allez, prêchez l'Évangile à toute créature.» S'il est des hommes qui, à leur perdition, tordent cet Évangile, dans son entier ou dans quelqu'une de ses parties, il faudra qu'ils portent leur propre fardeau. Mais quant à, nous, comme l'Éternel est vivant, nous dirons ce que notre Die nous dira.

Dans ces temps surtout, nous répèterons : Vous êtes sauvés, par grâce, par la foi. Jamais il ne fut plus nécessaire qu'aujourd'hui de maintenir cette doctrine, seule elle peut efficacement empêcher les erreurs de Rome de se propager parmi nous. Attaquer une à une toutes ces erreurs, c'est à n'en pas finir; mais le salut par la foi les frappe à la racine; elles tombent toutes à la fois, dès que cette, doctrine est établie. Ce fut cette doctrine que l'Église anglicane appelle avec tant de raison, le rocher et le fondement de la religion chrétienne, qui chassa le papisme de l'Angleterre, et seule elle l'en tiendra éloigné. Nulle autre chose ne réprimera cette immoralité qui a envahi notre pays comme un fleuve. Pouvez-vous mettre à sec l'océan goutte à goutte ? Alors vous pourrez nous réformer de nos vices particuliers par des raisonnements propres à nous en détourner. Mais que «la justice qui vient de Dieu par la foi» soit proclamée, et comme par une digue puissante, les vagues orgueilleuses de la dépravation seront refoulées. C'est le seul moyen de fermer la bouche à ceux «qui mettent leur gloire dans ce qui est leur confusion,» et qui ouvertement «renient le Seigneur qui les a rachetés.» Ils peuvent parler de la loi en termes aussi sublimes que l'homme dans le coeur duquel Dieu l'a écrite. A les entendre discourir sur ce sujet, ou serait disposé à penser qu'il ne sont pas loin du royaume de Dieu; mais conduisez-les de la loi à l'Évangile; commencez par la justice de la foi, par «Christ, qui est la fin de la loi pour justifier tous ceux qui croient,» et ceux qui tout à l'heure paraissaient presque, sinon tout-à-fait chrétiens, restent convaincus de n'être que des fils de perdition, -- d'être aussi éloignés de la vie et du salut (Dieu veuille leur être miséricordieux!) que les profondeurs de l'enfer des hauteurs du ciel.

C'est là ce qui fait rugir l'adversaire toutes les fois que le salut par la foi est publié au monde; c'est ce qui le poussa à remuer la terre et l'enfer, pour faire mettre à mort ceux qui le prêchèrent les premiers; -- et sachant que la foi seule peut renverser les bases de son royaume, c'est pour cela qu'il réunit toutes ses forces et mit en jeu tous ses artifices de mensonge et de calomnie, afin d'effrayer Luther et de l'empêcher de remettre au jour cette doctrine. Et il n'y a là rien d'étonnant, car, ainsi que le remarque ce serviteur de Dieu : «Un homme orgueilleux, fort et tout armé, ne serait- il pas transporté de rage, si un petit enfant venait, un roseau à la main, le défier et l'arrêter;» surtout s'il était certain que, ce petit enfant dût le renverser et le fouler aux pieds? -- Oui, Seigneur Jésus, c'est ainsi que ta force s'est toujours «accomplie dans la faiblesse.» Va donc, petit enfant qui crois en Lui, et sa «droite t'apprendra des choses merveilleuses !» Quoique tu sois sans force et faible comme un nouveau-né, l'homme fort ne pourra tenir devant toi. Tu auras le dessus sur lui; tu pourras le dompter, le renverser et le fouler à tes pieds. Tu iras de conquête en conquête, sous la direction du grand Capitaine de ton salut, jusqu'à ce que tous tes ennemis soient détruits, et que «la mort soit engloutie dans la victoire.»

Or, grâces à Dieu, qui nous a donné la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ,» à qui comme au Père et au Saint-Esprit, soient «louange, gloire, sagesse, actions de grâce, honneur, puissance, et force, aux siècles des siècles.» AMEN.