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Sur le zèle

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Edition numérique © cmft, octobre 2008



Il est bon d’être toujours zélé pour le bien. (Gal. 4,18)



1. Il y a peu de sujets religieux, qui soient d’une plus grande importance que celui qui est présenté par ce texte : car sans zèle, il est impossible de faire quelques progrès dans la piété, et de rendre à notre prochain quelque service réel soit pour le temps, soit pour l’éternité. — Et d’un autre côté il est certain que rien n’a plus mal servi les intérêts de la religion, et plus nui à l’humanité, comme une espèce de zèle qui a prévalu pendant bien des années dans les pays mahométans, païens et chrétiens : à ce point que l’on peut bien dire que l’orgueil, l’avarice, l’ambition, la vengeance ont immolé des centaines de victimes, mais que le zèle en a immolé des milliers. — Il y a eu de terribles exemples de cela dans les anciens temps, parmi les nations païennes les plus civilisées. C’est à cette espèce de zèle que l’on doit attribuer les persécutions barbares que subirent les chrétiens primitifs, les persécutions non moins barbares que l’Église de Rome, dans les temps modernes, fit subir aux Protestants, et le feu qui dévora notre nation dans le règne de là sanguinaire Marie. — Ce fut encore ce zèle qui, quelque temps après, changea plusieurs provinces de la France en un champ de sang ; — qui assassina des milliers de Protestants dans le massacre à jamais mémorable de la Saint Barthélemi ; — qui provoqua le massacre plus horrible qui eut lieu en Irlande, lequel n’a jamais eu son pareil, je crois depuis le commencement du monde, soit à cause du nombre des victimes, soit à cause des circonstances révoltantes qui entourèrent cet acte hideux. Quant aux autres parties de l’Europe, un célèbre écrivain allemand s’est donné beaucoup de peine en examinant les diverses chroniques et les récits les plus authentiques, pour acquérir une idée assez exacte du sang répandu depuis la réformation ; et il calcule que dans le cours de quarante années, à partir de l’année 1520, plus de quarante millions de personnes ont perdu la vie soit dans des persécutions particulières, soit dans des guerres de religion.

2. Mais ne peut-on pas distinguer le faux zèle, du zèle vrai ? Oui, on le peut, sans aucun doute : mais cela est difficile ; si grande est la ruse du cœur humain, si habiles à se justifier sont les passions. Il y a très peu de traités, au moins dans la langue anglaise, sur ce sujet : jusqu’à ce jour je n’ai entendu parler que d’un seul sermon sur cette question, lequel a été écrit, il y a cent ans, par le docteur Sprat, alors évêque de Rochester ; de sorte que ce discours est maintenant très rare.

3. C’est avec plaisir que je vais contribuer avec mes petites lumières à éclaircir cette question importante, afin d’aider les âmes bien disposées, et désireuses de plaire à Dieu, à distinguer le vrai zèle chrétien de toutes ses contrefaçons ; ce qui est plus nécessaire de nos jours que cela ne l’était dans les temps passés : car il y a soixante ans quelque chose ressemblant au zèle ne paraissait même pas exister dans notre nation ; les gens , en général étaient merveilleusement froids, et très peu inquiets de cette bagatelle, appelée religion. Mais il est facile d’observer que depuis cette époque les choses ont bien changé : des milliers d’âmes presque dans toutes les parties de ce royaume, ont éprouvé un véritable désir de sauver leur âme ; et je suis persuadé qu’il y a plus de zèle aujourd’hui en Angleterre, qu’il n’y en a eu pendant tout le siècle passé.

4. Mais ce zèle a t-il été bon ou mauvais ? — Probablement il a été quelquefois bon et quelquefois mauvais ? Voyons si nous ne pouvons pas séparer le zèle bon du zèle mauvais, afin d’éviter ce dernier et de nous attacher au premier. — Pour parvenir à ce but, j’examinerai :
Premièrement, la nature du zèle vraiment chrétien ;
Secondement, ses qualités ;
Et troisièmement, je tirerai quelques leçons pratiques.


I.
Quel est la nature du zèle en général, et du véritable zèle chrétien en particulier ?

1. Le mot zèle, dans l’original veut dire, selon sa signification ordinaire, chaleur, comme la chaleur de l’eau bouillante ; — appliqué, dans un sens figuré, à l’esprit, il signifie toute affection ou émotion chaleureuse ; — il est encore pris quelquefois dans le sens d’envie : c’est le sens qui lui est donné dans ce verset des Actes : alors le souverain sacrificateur et tous ceux qui étaient avec lui, furent remplis d’envie, que l’on pourrait cependant rendre tout aussi bien de cette manière-ci : ils furent remplis de zèle. Quelquefois on se sert de ce mot pour exprimer la colère ou l’indignation ; quelquefois, pour exprimer un désir véhément ; et lorsque quelques unes de nos passions sont fortement excitées par quelque cause religieuse, soit bonne, soit mauvaise, nous appelons cela zèle religieux.

2. Mais tout ce qui est appelé zèle religieux ne mérite certes pas ce nom : car ce zèle, qui n’est pas uni à la charité n’est pas religieux ou chrétien à proprement parler. Un bon écrivain (l’évêque Sprat) pousse la chose plus loin : on a affirmé, dit-il, que tout zèle, qui n’est qu’en partie charitable, n’est pas pur, la charité devant en être la partie principale, mais ne peut-on pas aller encore plus loin, et dire que le vrai zèle n’est pas : en partie charitable, mais qu’il l’est entièrement, en prenant le mot charité dans le sens que lui donne St. Paul, dans le sens d’amour pour Dieu et pour l’homme : car c’est une vérité certaine, quoiqu’elle soit peu comprise du monde, que le zèle chrétien est tout amour ; il n’est pas autre chose : c’est l’amour pour Dieu et pour l’homme, qui fait son essence.

3. Cependant ce n’est pas à chaque degré de cet amour, que l’on applique le mot zèle : il peut exister un peu d’amour là où il n’y a point de zèle ; tandis que le vrai zèle chrétien est l’amour fervent, porté au plus haut point. C’est là sa véritable nature.

II.
1. Il suit de là que les propriétés de l’amour appartiennent aussi au zèle. Or une des principales propriétés de l’amour, c’est l’humilité : la charité ne s’enfle point ; l’humilité donc, est une des propriétés inséparables du zèle. Plus le zèle est grand plus l’humilité est grande ; le premier tombe ou croit avec l’autre : le même amour qui remplit un homme de zèle pour Dieu, le rend petit, pauvre, vil à ses propres yeux.

2. La douceur est une autre propriété de l’amour : elle est donc aussi une propriété du zèle. L’amour nous rend doux, aussi bien qu’humbles et supérieurs à l’orgueil ou à la colère. Comme la cire se fond au feu, ainsi devant cette flamme sainte les passions inquiètes se fondent et laissent l’âme calme et sereine.

3. Une autre propriété de l’amour, et par conséquent du zèle, c’est une patience tenace : car l’amour supporte tout. — L’amour nous rend parfaitement soumis à toutes les dispensations de la divine providence ; il nous enseigne à dire toujours : c’est le Seigneur qui l’a fait ; qu’il fasse comme il lui semble bon ; et il nous donne la force d’être content dans toutes les positions, de ne jamais murmurer, et de rendre grâces en toutes choses.

4. Le zèle chrétien a une quatrième propriété qui mérite un examen plus particulier. — C’est ce que nous enseigne l’Apôtre dans ce passage : Il est bon d’être zélé toujours pour le bien ; car l’objet propre du zèle, c’est le bien, le bien en général, c’est-à-dire tout ce qui est bon, aux yeux de Dieu.

5. Mais qu’est-ce qui est bon aux yeux de Dieu ? Quelle est la religion que Dieu a toujours en bon plaisir ? — Quelle est la valeur comparative de ses parties ?
Ce point est très peu examiné et par conséquent très peu compris. Plusieurs personnes ont quelque connaissance de là théologie positive ; mais peu de personnes connaissent la théologie comparative. Je n’ai vu qu’un seul traité sur ce point ; il ne sera pas inutile d’en joindre ici une analyse.
Dans le cœur du chrétien, l’amour de Dieu et de l’homme règne en maître, est assis sur le trône : dans un cercle, autour de ce trône, sont rangées les dispositions saintes : la douceur, la patience, la longanimité, la fidélité, la tempérance, et toutes les vertus exprimées par ces mots : l’Esprit qui était en Christ. — Dans un autre cercle se trouvent toutes les œuvres de miséricorde, par lesquelles nous fortifions nos bonnes dispositions ; en sorte que, quoiqu’on le remarque peu, ces œuvres de piété sont de véritables moyens de grâce. — Après ces œuvres, viennent les œuvres ordinairement appelées œuvres de piété : la lecture et la méditation des Écritures, la prière en particulier et en public, la fréquentation de la Ste. Cène, le jeûne ou l’abstinence. Enfin pour que ses disciples s’excitent mutuellement à l’amour, à la piété, et aux bonnes œuvres, notre Seigneur, les a unis en un corps, en église, laquelle est dispersée dans toute la terre, et dont chaque congrégation chrétienne est un emblème.

6. C’est là cette religion que notre Seigneur à établie sur la terre depuis la descente du St. Esprit, le jour de la pentecôte ; c’est là tout le système du Christianisme, dont chaque partie, depuis le plus bas degré : — l’assemblée des frères, jusqu’au degré le plus élevé : l’amour régnant dans notre cœur, s’élève au-dessus de l’autre. — Or, il nous est facile d’apprendre par là quelle est la valeur relative de chaque branche de la religion. — Cela nous enseigne encore une cinquième propriété du vrai zèle, savoir qu’il est toujours proportionne au degré de bien qui existe dans son objet.

7. Par exemple : un chrétien doit sans aucun doute être zélé pour l’Eglise, ressentir pour elle une forte affection et désirer avec ardeur sa prospérité et son accroissement : il doit toujours prier pour l’Église universelle, et surtout pour cette communauté dont il est membre ; il faut qu’il se serve de tout les moyens en son pouvoir pour en étendre les limites, et pour fortifier ses frères afin qu’ils rendent honorable la doctrine de Dieu notre sauveur.

8. Mais il doit être plus zélé pour les ordonnances de Christ, que pour l’Église elle-même : — pour la prière en secret et en public, pour la cène du Seigneur, pour la lecture et la méditation de la parole de Dieu, et pour le devoir trop négligé du jeûne. Il doit recommander ses moyens de grâce, premièrement par son exemple ; et puis par des avis, par des arguments et des exhortations, aussi souvent qu’il en a l’occasion.

9. C’est ainsi qu’il doit montrer son zèle pour les œuvres de piété ; mais il doit en montrer davantage pour les œuvres de miséricorde, parce que Dieu préfère la miséricorde au sacrifice. C’est pourquoi lorsque les unes viennent en contact avec les autres, les œuvres de miséricorde doivent être préférées : la prière, la lecture, la méditation de la parole de Dieu doivent même être omises ou renvoyées à un autre temps, quand la charité l’exige et nous appelle à soulager les misères corporelles ou les misères morales de notre prochain.

10. Mais tout zélés que nous soyons pour toutes les bonnes œuvres, nous devons l’être encore plus pour les bonnes dispositions, pour former et faire croître, soit dans nos âmes soit dans les âmes des personnes avec lesquelles nous avons quelque communion, la douceur, la bonté, la patience, le contentement, la résignation à la volonté de Dieu, la mort au monde et aux choses du monde, comme les seuls moyens d’être vivant pour Dieu. Nous ne pouvons pas être assez zélés pour ces preuves et ces fruits de la foi. Nous devrions en parler quand nous sommes dans nos maisons, sur la route, quand nous sommes sur le point de nous endormir et quand nous nous levons. Elles devraient être le sujet constant de nos prières, vu qu’elles sont les plus excellentes de toutes les œuvres extérieures : car nous laisserons celles-ci par delà le tombeau, tandis que celles-là nous suivront jusque dans l’éternité.

11. Cependant notre zèle le plus pur doit être réservé pour l’amour qui est la fin des commandements, l’accomplissement de la loi. — L’Église, les observances, toutes les œuvres extérieures, toutes les plus excellentes dispositions même sont inférieures à l’amour, et n’ont de valeur que tout autant qu’elles sont plus unies à ce principe. — C’est donc là l’objet premier du zèle chrétien. Que chaque vrai chrétien s’adresse à Dieu le Père, par Jésus-Christ, afin que l’amour de Dieu et de l’humanité augmente dans son cœur : s’avancer vers ce prix de sa haute vocation doit donc être son unique but.


III.
Il me reste à tirer quelques leçons pratiques des observations précédentes.

1. C’est pourquoi, en premier lieu, si le vrai zèle n’est pas autre chose que l’amour, toute espèce d’animosité contre ceux qui s’opposent à nous, loin donc de mériter le nom de zèle, lui est directement opposé. — Si le zèle n’est pas autre chose qu’un amour fervent, il est donc à une immense distance du préjugé, de la jalousie, des dispositions à soupçon, puisque l’amour ne pense pas à mal. — Enfin la bigoterie de toute espèce, et par dessus tout un esprit de persécution sont incompatibles avec le zèle. Il ne faut donc pas que ces mauvaises dispositions empruntent ce beau nom : puisqu’elles sont les œuvres du diable, elles doivent paraître sous leur véritable forme ; il ne faut pas que, déguisées, elles séduisent les enfants de Dieu qui ne sont pas sur leur garde.

2. En second lieu, si la modestie est une propriété du zèle, l’orgueil est donc incompatible avec lui : — il est vrai qu’un certain degré d’orgueil peut exister, après que l’amour de Dieu a été répandu dans le cœur, car c’est un des mauvais germes qui restent à déraciner ; mais il ne règne pas et n’exerce pas une grande influence partout ou l’amour fervent existe. Certainement même, il refroidirait ce feu sacré, si nous nous y abandonnions ; et si nous n’allions pas tout de suite à Christ, il éteindrait l’Esprit.

3. En troisième lieu, si la douceur est une propriété inséparable du zèle, que devons-nous dire de ceux qui appèlent leur colère de ce nom ? Certes, nous devons dire qu’ils se méprennent totalement sur la vérité ; qu’ils font, dans toute la force du mot, la lumière ténèbres, et les ténèbres lumière. Nous ne pouvons pas assez nous précautionner contre cette délusion, parce qu’elle est générale dans le monde chrétien : presque dans tous les lieux, la colère et le zèle sont des termes équivalents, et il y a peu de personnes qui trouvent quelque différence entre eux. Que de fois n’entendons-nous pas dire : voyez comme cet homme est zélé ! Certes, il ne peut pas être zélé, car il est en colère, et la colère est aussi incompatible avec le zèle que la lumière avec les ténèbres et les cieux avec l’enfer.
Il serait bon que l’on comprît bien ce point. Arrêtons-nous y un peu plus. — Nous observons souvent qu’un homme, passant pour être religieux, est fort en colère contre son prochain ; il appelle son frère raca, fou ; il l’accuse avec aigreur. —Vous l’avertissez de sa vivacité, il répond : c’est mon zèle qui me pousse à tout cela. —Non : c’est votre corruption qui vous y pousse, et à moins que vous ne vous repentiez, elle vous précipitera dans les enfers. Il y a beaucoup de ce zèle dans l’abyme sans fond. C’est de là que vient tout ce zèle, et c’est là que le votre ira avec vous, à moins que vous n’en soyez délivré avant de sortir de ce monde.

4. En quatrième lieu, si la patience, le contentement et la résignation sont des propriétés du zèle, dès lors le murmure, l’inquiétude, le mécontentement et l’impatience lui sont incompatibles. Et cependant comme l’espèce humaine ignore cela ! Combien de fois ne voyons-nous pas des hommes murmurer contre les pécheurs non convertis, dire qu’ils ne peuvent pas supporter de semblables choses, appelant cela avoir du zèle. Oh ! N’épargnez aucune peine pour les détromper ! si cela est possible, enseignez-leur ce qu’est le vrai zèle, et persuadez les que tout murmure, toute fâcherie contre le péché, est elle-même une espèce de péché, et n’a pas plus de ressemblance que de liaison avec le vrai zèle.

5. En cinquième lieu, si le bien est l’objet du zèle, donc la ferveur pour ce qui est mal n’est pas le zèle chrétien. Ainsi l’homme qui est tellement attaché à des pratiques d’idolâtrie, comme l’adoration de la croix, des images, des anges, des saints, jusqu’à se laisser brûler plutôt que de ne pas les suivre, vous pouvez l’appeler un bigot, un superstitieux, si vous voulez, mais ne l’appelez pas zélé : ceci est une tout autre chose.
Il suit encore de ces principes que la ferveur pour des choses indifférentes n’est pas le zèle chrétien. Cependant comme cette erreur est commune ! — Certes on penserait que des hommes intelligents ne sont pas capables d’une telle faiblesse ; mais hélas ! l’histoire de tous les âges prouve le contraire. Il n’y a point eu d’hommes supérieurs en intelligence aux évêques Ridley et Hooper, qui ont néanmoins, ainsi que plusieurs grands hommes de leur siècle, disputé avec chaleur sur les habits ecclésiastiques. Avec quelle amertume n’a-t-on pas disputé pour et contre un surplis ! O honte à l’homme ! j’aurais tout autant aimé disputer sur une paille ou sur un épi de blé. — Or l’on appellerait cela du zèle ? Et pourquoi ne l’appelerait-on pas aussi bien sagesse ou sainteté ?

6. Il suit encore des mêmes principes que la ferveur pour des opinions n’est pas le zèle chrétien. Mais comme il y a peu de personnes qui comprennent cela ! Quel incalculable nombre de maux cette espèce de zèle a causé dans le monde chrétien ! Que de milliers de vies ont été anéanties par ceux qui étaient zélés pour les opinions catholiques ! Que de personnes pieuses ont été sacrifiées par des fanatiques, à l’opinion stupide de la transubstantiation ! Cependant toute personne sans préjugé voit que ce zèle est terrestre, sensuel, diabolique, et qu’il est à une immense distance de ce zèle qui est recommandé dans le texte par l’apôtre.
C’est donc un excès de zèle que notre grand poète exprime dans son poème sur le dernier jour, où il parle de rencontrer dans le ciel ceux qui, animés par le feu du zèle pour leurs opinions individuelles, se sont assassinés. Cela, du zèle ? Quel zèle que ce sentiment qui les a poussés à se couper la gorge ! Ceux qui ont été animés par cet esprit, et qui moururent sans s’en repentir, auront sans aucun doute leur portion, non pas dans le ciel où l’amour seul existe, mais dans le feu qui ne sera jamais éteint.

7. Enfin si le vrai zèle est toujours proportionné au degré de bonté qui est dans son objet, il doit donc augmenter en raison de la valeur relative des diverses parties de la religion. Ainsi, tous ceux qui craignent vraiment le Seigneur doivent être zélés pour l’Église universelle et pour cette portion de l’Église dont ils sont membres. l’Église n’est pas d’institution humaine, elle est d’institution divine : car Dieu vit que, même dans le sens spirituel, il n’était pas bon que l’homme fut seul, et que tout le corps de ses enfants devait être bien serré ensemble. Néanmoins ils doivent être plus zélés pour les ordonnances de Dieu : c’est-à-dire pour la prière en secret et en public, pour la lecture et la méditation de la parole de Dieu, pour le jeûne et pour la cène du Seigneur. Mais ils doivent être plus zélés pour les œuvres de miséricorde que pour les œuvres de piété, et ils doivent l’être encore plus pour les dispositions saintes, pour la douceur, la modestie, la résignation, et surtout pour ce qui est la fin et l’essence de la religion, c’est-à-dire pour l’amour de Dieu et de l’homme.

8. Il nous reste à faire à nos âmes une application franche et claire de ces choses. Nous connaissons tous en général qu’il est bon d’être toujours zélé pour le bien ; que chacun de nous fasse donc maintenant une application particulière de cette vérité à son âme.

9. Ceux qui sont encore morts dans leurs fautes et leurs péchés, à la vérité n’ont rien à faire avec ce sujet : c’est encore le cas de ceux qui vivent ouvertement dans la pratique de quelque péché, comme l’ivrognerie, la profanation du dimanche, les jurements. Ces gens là n’ont rien à faire avec le zèle ; ils ne devraient même pas se servir de ce mot : parler de zèle pour Dieu quand on fait les œuvres du diable, c’est le comble de l’impertinence et de la folie. Mais si vous avez renoncé au diable et à toutes ses œuvres, et si vous avez pris dans votre cœur la décision de n’adorer et servir que le Seigneur votre Dieu, prenez garde d’être ni froid, ni bouillant : soyez zélé pour Dieu. —Vous pouvez commencer au plus bas degré de zèle : soyez zélé pour l’Église, en particulier pour cette branche de l’Église à laquelle vous appartenez, étudiez ce qui peut lui être utile, et suivez en soigneusement toutes les règles par conscience. En même temps ne négligez aucune des ordonnances de Dieu ; car l’Église n’a été établie, en grande partie, que pour leur conservation ; en sorte qu’il serait absurde de parler de zèle pour l’Eglise, si vous n’étiez pas plus zélés pour ses ordonnances. Mais êtes-vous même plus zélés pour les œuvres de miséricorde, que pour les œuvres de piété ? Suivez-vous l’exemple de votre Seigneur, et préférez-vous la miséricorde au sacrifice ? — Autant que cela vous est possible, nourrissez-vous ceux qui ont faim, vêtez-vous les pauvres, visitez-vous ceux qui sont malades et en prison ? Et surtout employez-vous tous les moyens qui sont en votre pouvoir, pour sauver les âmes de la mort ? Si, tout autant que le temps vous le permet, vous faites du bien à tous les hommes et surtout aux domestiques de la foi, votre zèle pour l’Eglise est agréable au Seigneur, mais si vous ne le faites pas, si vous n’êtes pas soigneux de vous adonner aux bonnes œuvres, qu’avez-vous à faire avec l’Eglise ? — Si vous n’avez pas compassion de vos compagnons, le Seigneur n’aura pas compassion de vous. N’apportez plus de vains sacrifices : tout votre service est en abomination au Seigneur.

10. Êtes-vous assez ignorant pour diviser ce que Dieu a uni, pour séparer les œuvres de piété des œuvres de miséricorde ? Êtes-vous constamment zélé pour les unes et les autres ? — Jusque-là vous vous conduisez d’une manière agréable à Dieu, c’est-à-dire si vous avez toujours présent à l’esprit que Dieu sonde les cœurs et les reins ; — qu’il est esprit, et que ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité ; — et par conséquent que les œuvres extérieures ne lui sont agréables que tout autant qu’elles découlent de dispositions saintes, sans lesquelles nul homme n’aura une place dans le royaume de Christ et de Dieu.

11. Mais surtout soyez plus zélé pour l’amour que pour toutes les autres dispositions saintes. Considérez toutes choses comme une perte en comparaison de l’amour pour Dieu et pour l’homme. Il est très certain que si vous donnez tous vos biens aux pauvres, et votre corps pour être brûlé, cela ne vous sert de rien, si vous n’avez pas un amour humble, doux, patient. Gravez profondément sur votre cœur cette maxime : tout n’est rien sans l’amour.

12. Prenez donc toute la religion, telle que Dieu vous l’a révélée dans sa parole ; et soyez toujours zélé pour, chacune de ses parties, selon leur excellence relative, faisant reposer votre zèle sur ce fondement : Jésus et Jésus crucifié ; — retenant ferme ce principe : ce que je vis maintenant en la chair, je le vis en la foi du fils de Dieu qui m’a aimé et s’est donné pour moi. — Proportionnez votre zèle à la valeur de son objet. — C’est pourquoi soyez zélé, premièrement, pour l’Église militante sur la terre, et en particulier pour cette branche de l’Église avec laquelle vous êtes plus étroitement lié. Soyez plus zélé pour toutes ces ordonnances que notre divin maître a instituées pour qu’elles existent jusqu’à la fin des siècles. — Soyez plus zélé pour ces œuvres de miséricorde, ces sacrifices agréables à Dieu, marques auxquelles le berger d’Israël reconnaîtra ses brebis au dernier jour. Soyez plus zélé pour les dispositions saintes, pour la patience, pour la douceur, pour la modestie, pour l’humilité et la résignation. Mais surtout soyez plus zélé pour la charité, la reine de toutes les grâces, la plus grande perfection possible sur la terre et dans le ciel, l’image même de Dieu dans les hommes et dans les anges : car Dieu est amour et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui.