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La voie la plus excellente

No. 89 – La voie la plus excellente
1 Corinthiens 12,31
1787


Tous droits réservés.
Édition numérique © cmft, octobre 2017



« Je vais vous montrer la voie la plus excellente. » (1 Corinthiens 12,31)


1. Dans ce chapitre l’Apôtre parle des dons extraordinaires du saint Esprit, comme guérir les malades, prophétiser, dans le sens vrai du mot, c’est-à-dire, annoncer des choses futures, parler des langues inconnues, et interpréter miraculeusement ces langues. — Or, l’Apôtre reconnaît que tous ces dons sont désirables : il exhorte même les Corinthiens, surtout leurs docteurs, à qui ils étaient plus généralement accordés dans les premiers âges de l’Église, à les rechercher avec ardeur, afin qu’ils puissent avec ces dons, être plus utiles aux chrétiens et aux païens. Cependant, leur dit-il, ‘je vais vous montrer une voie plus excellente’, un don plus désirable que tous ceux ci-dessus mentionnés : car, vous pourriez posséder ceux-ci, et être très malheureux dans ce monde et l’autre ; mais cette voie plus excellente conduit infailliblement au bonheur et pour ce monde et pour l’autre monde.

2. Il ne paraît pas que ces dons extraordinaires du Saint Esprit aient été accordés à l’Église plus de deux ou trois siècles : on n’en entend presque plus parler, dès le jour fatal où l’empereur Constantin se dit chrétien, et combla les chrétiens, mais surtout le clergé, de richesses et de gloire, s’imaginant de favoriser la cause chrétienne par ce moyen. Dès-lors ces dons cessèrent : on n’en trouve plus que très peu de cas. La raison n’en est pas, comme on le suppose ordinairement, que tout le monde étant devenu chrétien, tous ces dons n’étaient plus nécessaires. C’est là une très grave méprise ; car la vingtième partie du monde n’était pas chrétien même de nom. La vraie cause, c’est que l’amour de la plus grande partie des chrétiens se refroidit ; les chrétiens devinrent presque semblables aux païens : quand le fils de l’homme vint pour examiner son Église, il trouva à peine de la foi sur la terre. Ainsi donc, les dons extraordinaires du Saint-Esprit n’existèrent plus dans l’Église, parce que les chrétiens étaient rentrés dans leurs anciennes voies et n’avaient plus que le nom de la piété.

3. Toutefois je n’ai pas l’intention aujourd’hui de parler de ces dons extraordinaires, mais des dons ordinaires que nous pouvons aussi désirer avec ardeur, afin d’être plus utiles à notre prochain. C’est dans ce but que nous pouvons désirer le don d’une parole puissante pour convaincre l’incrédule, et le don de persuasion pour entraîner les affections. — Nous pouvons désirer la connaissance des œuvres de Dieu, des œuvres de sa providence et de sa grâce. Nous pouvons désirer une portion de cette foi, qui, en certaines occasions et quand la gloire de Dieu et le bonheur de l’homme y sont intéressés, s’élève au-dessus du pouvoir des causes secondes. Nous pouvons désirer, en nous abandonnant toutefois avec soumission à la volonté de Dieu, une élocution facile, un agréable débit, en un mot tout ce qui peut nous rendre plus capables d’influence ; rien ne s’oppose à ce que nous désirions ces dons, mais il y a ‘une plus excellente voie’.

4. L’amour du prochain, de tous les hommes en vue de Dieu, un amour tendre, humble, patient, si bien décrit par l’Apôtre dans le chapitre suivant, est cette voie plus excellente. Et St. Paul affirme que sans cet amour, l’éloquence, la science, la foi, les œuvres, les souffrances sont de nul prix aux yeux de Dieu, et ne servent en rien à notre salut : sans cet amour, tout ce que nous croyons, ce que nous connaissons, ce que nous faisons et souffrons ne nous servira de rien au grand jour des rétributions.

5. Aujourd’hui je veux encore donner à mon texte une autre application, c’est-à-dire je veux, dans un autre sens, montrer une plus excellente voie. — Un ancien écrivain a observé qu’il y a toujours eu deux classes de chrétiens. La première classe mène une vie irréprochable, mais se conforme, les choses mauvaises exceptées, aux usages et coutumes du monde : elle fait plusieurs bonnes œuvres, s’abstient de tout péché grossier, et pratique les ordonnances de Dieu ; en général aussi, elle s’efforce d’avoir une conscience sans reproche, sans être cependant ni stricte, ni sévère. — La deuxième classe non seulement s’abstient de toute apparence de mal, est zélée pour les bonnes œuvres, pratique les ordonnances de Dieu ; mais aussi elle travaille, par tous les moyens possibles, à parvenir à l’esprit qui était en Christ et à marcher sur les traces de son maître bien aimé : dans ce but elle renonce à elle-même, méprise tous les plaisirs qui ne la préparent pas à prendre plaisir en Dieu, se charge de sa croix de jour en jour, se violente pour ainsi-dire, afin d’entrer par la porte étroite; enfin elle n’épargne aucune peine, ne refuse aucun effort pour arriver au plus haut degré de la perfection chrétienne, pour connaître par expérience tout cet amour de Dieu qui surpasse tout entendement.

6. Une longue expérience et plusieurs observations me portent à croire que l’homme, quand il obtient le pardon de ses péchés par la foi en Christ, a le choix de l’une de ces deux classes : je crois que le saint Esprit met devant ses yeux la plus excellente voie, et l’exhorte à choisir le sentier le plus étroit de la voie étroite, à soupirer après les douceurs de la sainteté, après l’image de Dieu. Mais si cet homme n’accepte pas l’offre, il tombe insensiblement dans la première classe ; alors il continue à marcher dans ce que l’on peut appeler la bonne voie, servant Dieu selon ses faibles lumières et il obtient miséricorde, à la fin de sa vie, par le sang de l’alliance.

7. À Dieu ne plaise que je veuille éteindre le lumignon qui fume encore, décourager les cœurs faibles ! mais je ne peux pas désirer qu’ils s’en tiennent là : je les exhorte, au contraire à s’avancer, sans les anathématiser, sans faire gronder à leurs oreilles le tonnerre de la damnation, sans leur dire que la voie où ils marchent conduit en enfer ; je veux m’efforcer de leur montrer une voie, qui est, sous tous les rapports, plus excellente.

8. Je ferai encore observer que je ne dis pas de tous ceux qui ne marchent pas dans cette voie, qu’ils sont sur la route qui conduit en enfer : j’affirme seulement qu’ils n’auront pas une aussi bonne place dans le ciel que s’ils eussent choisi une meilleure part. Et sera-ce là une petite perte ? Ne sera-ce rien que d’avoir moins d’étoiles brillantes à votre couronne de gloire ? — Ne sera-ce rien d’avoir une place inférieure à celle que vous auriez pu avoir dans le royaume de votre père ? Certainement la douleur n’entrera pas dans le ciel, là il n’y aura plus de larmes ; mais si la tristesse pouvait exister dans ce séjour, nous verserions des pleurs amers de tristesse à la pensée de cette perte irréparable, — irréparable alors, mais non pas maintenant : nous pouvons encore, par la grâce de Dieu, choisir la plus excellente voie. Comparons cette voie, dans quelques détails, à la voie que suivent la plupart des chrétiens.


I. Pour commencer par les premières heures du jour, c’est l’usage, chez les chrétiens, qui ne sont pas obligés de travailler pour vivre, de se lever, surtout en hiver, à huit ou neuf heures, après avoir passé dans leur lit huit ou neuf heures et peut-être plus. Je ne dis pas maintenant, ce que j’aurais dit peut-être il y a cinquante ans, que tous ceux qui agissent ainsi sont dans la voie de l’enfer ; mais je ne peux pas dire davantage qu’ils sont dans la voie du ciel, renonçant à eux-mêmes, et se chargeant chaque jour de leur croix. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il y a une voie plus excellente et plus utile à la santé spirituelle et à la santé corporelle. Une expérience de plus de soixante ans m’a enseigné qu’il faut, terme moyen, six ou sept heures de sommeil aux hommes sains, et un peu plus aux femmes qui jouissent d’une bonne santé, dans les vingt-quatre heures. Je sais que cette quantité de sommeil est plus salutaire et au corps et à l’âme : elle vaut mieux que toutes les médecines du monde pour prévenir ou détruire les affections nerveuses. Ainsi donc, en dépit de la mode et de la coutume, la plus excellente voie sans aucun doute, est de dormir aussi longtemps que cela est nécessaire à notre constitution, vu que l’on ne peut nier que cela ne soit le plus convenable pour notre santé corporelle et spirituelle. Or, pourquoi ne marcheriez-vous pas dans cette voie ? Parce qu’elle est pénible ! — Oui, elle est si pénible qu’il est même impossible que les hommes y marchent par eux-mêmes; mais toutes choses sont possibles à Dieu, et avec sa grâce toutes choses vous sont possibles. Seulement, ne cessez pas de prier et vous verrez enfin que cela vous est possible, vous est facile même, et vous finirez par trouver plus agréable de vous lever toujours de bonne heure que de ne le faire que quelquefois. Mais pour cela il vous faut bien commencer : si vous voulez vous lever de bonne heure, couchez vous de bonne heure ; faites vous une règle de vous retirer au lit, à des heures fixes, hors les cas extraordinaires. Alors les difficultés disparaîtront vite, et les avantages que vous en retirerez seront éternels.


II. La généralité des chrétiens, quand ils sont levés, sont dans l’usage de se servir d’une forme de prières, peut-être les mêmes prières qu’ils ont apprises quand ils avaient huit ou dix ans. Quoique plusieurs condamnent cet usage, je ne le condamne pas comme une moquerie de Dieu, bien que les mêmes personnes se soient servies de la même forme pendant vingt ou trente ans. Il y a, toutefois, une voie plus excellente, pour diriger nos dévotions particulières. Pourquoi ne suivriez-vous pas la règle donnée sur ce sujet parle célèbre et pieux M. Law ? Considérez votre état spirituel et temporel, et conformez-y votre prière. Par exemple : votre état temporel est béni ; tout vous sourit : la santé, la fortune, vos amis qui vous aiment et que vous aimez. Eh bien ! il est évident que cet état réclame que vous louiez et bénissiez le Seigneur. — Si, au contraire, vous êtes dans un état d’épreuve, d’adversité : si vous êtes dans la pauvreté, dans le besoin ; si vous êtes exposé à quelque grand danger ; si vous êtes dévoré par la souffrance ; alors vous êtes évidemment appelé à ouvrir votre âme au Seigneur, et à le prier selon vos circonstances. De même vous pouvez conformer vos prières à l’état actuel de votre cœur. Votre âme est-elle triste, soit à cause du péché, soit à cause de quelques vives tentations ? Que votre prière consiste alors en confessions, en demandes et en supplications qui soient en harmonie avec l’état de votre cœur. Votre âme, au contraire, est-elle dans la paix ? Se réjouit-elle en Dieu ? Dites alors avec le psalmiste : tu es mon Dieu et je t’aimerai ! tu es mon Dieu et je te louerai ! — Vous pouvez encore, quand vous avez du temps à vous, ajoutera vos dévotions la lecture et la méditation d’un bon livre et le chant d’un psaume, effusion naturelle d’un cœur reconnaissant. Vous ne pouvez pas ne pas voir que cette voie est plus excellente que cette froide forme à laquelle vous vous attachez.


III. 1. La généralité des chrétiens, après avoir récité leurs prières, entrent ordinairement dans les devoirs de leur vocation. Tout homme qui prétend être chrétien, ne manquera pas d’en agir ainsi, puisqu’il est impossible qu’un paresseux soit un homme pieux : la paresse est incompatible avec la religion. Mais avec quelle intention, dans quel but poursuivez-vous vos affaires, votre profession ? — Pour pourvoir aux besoins de votre famille et aux vôtres. — C’est une bonne réponse ; mais le turc et le païen en font autant, et un chrétien peut faire mieux : son but dans ses travaux est de plaire au Seigneur, de faire la volonté de celui qui l’a envoyé dans ce monde pour cela ; il travaille pour l’éternité : il ne travaille pas pour la viande qui périt, (cela entre fort peu dans ces motifs), mais pour celle qui est éternelles. — Or n’est-ce pas là une plus excellente voie ?

2. De quelle manière, vous demanderai-je encore, conduisez-vous vos affaires humaines ? Je l’espère; vous faites avec activité tout ce que vous trouvez à faire, vous rendez la justice à chacun, vous vous conduisez à l’égard de tout homme comme vous désireriez que l’on se conduisit à votre égard. Cela est bien ; mais un chrétien est appelé à faire ajouter la piété à la justice, à mêler la prière du cœur à ses œuvres. Sans cela toute activité et toute justice ne font que montrer le chrétien sous le jour d’un honnête païen ; mais il y en a beaucoup de ceux qui professent le christianisme, qui ne dépassent pas les bornes d’un honnête paganisme.

3. Enfin dans quel esprit vous livrez-vous à vos affairés ? Est-ce dans un esprit mondain ou dans un esprit chrétien ? Je crains que des milliers de ceux qui sont appelés de bons chrétiens ne comprennent pas la question. — Si vous agissez dans l’esprit de Christ, c’est en vue de la gloire de Dieu que vous travaillez toujours et, en toutes circonstances ; vous travaillez dans une disposition de renoncement à vous-même, sacrifiant votre volonté à la volonté de Dieu, et ayant toujours en vue, non les plaisirs, votre aise, la fortune ou tout autre chose de la terre, mais la gloire de Dieu. — Or, quelqu’un peut-il nier que, pour conduire ses affaires humaines, ce soit là la plus excellente voie ?


IV. 1. Mais ces tentes d’argile, que nous traînons avec nous, exigent des soins continuels, sans lesquels elles retourneraient à la poudre d’où elles ont été tirées, plus vite que la nature ne le veut. A ce but une nourriture journalière est nécessaire. Parmi les païens, c’était l’usage, quand ils étaient sur le point de prendre leur repas, de répandre un peu de vin en l’honneur des dieux, quoique ces dieux ne fussent que des démons, comme l’apôtre le fait très bien observer. — Il paraît, dit un écrivain moderne, que cet usage existait aussi jadis en Angleterre ; et nous voyons encore souvent des personnes, avant leur dîner, couvrir leur visage de leur chapeau, et murmurer tout bas des mots, que l’on ne peut entendre à la vérité. — Mais supposez que chaque chef de famille, avant tous les repas, implorât sincèrement la bénédiction de Dieu sur les aliments placés sur sa table, et, après le repas, rendît grâces au Dispensateur de tous ces bienfaits, — ne serait-ce pas là une voie plus excellente que cet usage, ou cette farce religieuse qui ne signifierait rien, si elle n’était pas une insulte contre Dieu.

2. Quant à la quantité des aliments, les personnes pieuses en général ne mangent pas avec excès, au moins jusqu’au point de se rendre malade. Assez ordinairement on prend ses repas avec une gaîté innocente, ce qui, dit-on, aide à la digestion. Jusques là tout va bien. Si un homme ne prend que cette portion de nourriture qui est utile à la santé de son corps et de son âme, il n’y a point de raison de le blâmer. Je ne pourrais pas, quoiqu’il vienne d’un homme pieux, vous donner ce conseil de M. Herbert : — En prenant ta nourriture dis-toi qu’elle n’est que poussière : puis, sur chaque morceau que tu prends, dis : je le confie à la poudre. — Ce conseil est trop sombre et s’accorde peu avec cette gaîté qui convient à un repas de chrétiens. Permettez-moi d’expliquer ma pensée par ce fait. Un roi de France, étant un jour à la chasse, dépassa sa cour, qui, après l’avoir cherché pendant plusieurs heures, le trouva dans une chaumière, mangeant un morceau de pain et de fromage. Dès qu’il vit ses courtisans, il s’écria : où donc ai-je vécu toute ma vie ? Je n’ai jamais goûté une nourriture si excellente ! — Sire, répondit une des personnes présentes, c’est parce que vous n’avez jamais eu une sauce aussi bonne ; parce que vous n’avez jamais su ce que c’est que d’avoir faim. — La faim sans doute est un bon assaisonnement ; mais il en est un meilleur, c’est la reconnaissance. Oui, la nourriture qui a ce sel est la plus douce. Et pourquoi n’en feriez-vous pas l’épreuve à chaque repas ? — Alors vous n’attendriez pas la mort, pour avoir la vie éternelle, chaque morceau que vous prendriez en serait un signe. L’Auteur de votre être vous donne dans cette nourriture, non seulement un préservatif contre la mort, mais un signe que dans peu de temps la mort sera engloutie dans la victoire.

3. Les heures de nos repas sont en général des moments de conversation, car il est naturel de rafraîchir nos esprits, tandis que nous faisons du bien à nos corps. Considérons quelques instants de quelle manière les chrétiens en général causent entre eux ? Quels sont les sujets les plus ordinaires de leurs conversations ? Si ces sujets sont innocents, comme on devrait l’espérer ; s’il n’y a rien de profane, de faux, nul manque de charité, point de médisance, de faux rapports dans leurs entretiens, ils ont sujet de louer Dieu qui les a préservés de ce mal. Cependant l’ordre qui nous est donné de bien régler nos conversations implique plus, pour que vous observiez cet ordre, il faut I.° que votre conversation soit bonne, c’est-à-dire, que le sujet en soit bon, et ne soit pas emprunté des moindres événements qui ont lieu : car qu’avez-vous à faire avec les rois et les cours ? — Votre vocation n’est pas de vous occuper de guerre, de vous mêler des affaires politiques, si ce n’est dans quelques circonstances graves, qui exigent de vous que vous reconnaissiez la miséricorde ou la justice de Dieu. Il faut sans doute que vous parliez quelquefois des choses du monde : autrement vous devriez sortir de ce monde, mais vous ne devez en parler que tout autant que cela est nécessaire ; puis retournez à un sujet plus excellent. — En second lieu, pour que votre conversation soit bonne, il faut qu’elle soit édifiante, propre à faire du bien à vous et à ceux qui vous écoutent. — En troisième lieu, vous devez veiller non seulement à ce qu’elle intéresse, mais surtout à ce qu’elle communique la grâce à ceux qui vous entendent. Or n’est-ce pas là une plus excellente voie, une meilleure manière de converser que celle mentionnée plus haut et appelée innocente ?


V. 1. Nous venons de voir ce que c’est que cette voie plus excellente dans ce qui regarde nos affaires et nos conversations. Mais nous ne pouvons pas toujours être occupés de nos affaires : notre corps, ainsi que noire esprit, demande un peu de repos ; des moments de relâche sont nécessaires. Il faut que je dise bien clairement ma pensée sur ce sujet, parce que c’est un point que l’on a bien mal compris.

2. Il y a des distractions de plusieurs espèces. Les unes sont particulières à l’homme, comme la chasse, la pêche et ne conviennent pas aux femmes. Les autres sont en usage parmi les deux sexes, comme les bals, les mascarades, le spectacle ; il y en a enfin qui ne sont pratiquées que dans des maisons particulières, comme les cartes, la musique et la danse, à quoi l’on peut ajouter la lecture des romans, des tragédies, des journaux et de la poésie à la mode.

3. Quelques distractions, jadis très à la mode, sont tombées maintenant dans le discrédit. Ainsi la noblesse comme le peuple, paraît ne plus goûter le combat d’ours, les spectacles des boxeurs, la lutte aux bâtons ; même le combat des coqs ne serait plus en usage en Angleterre s’il n’était pas encore patronisé par deux ou trois nobles seigneurs.

4. Il suffit de dire que ces restes de barbarie gothique sont la honte, je ne dirai pas de la religion, mais de la nature humaine. On ne peut blâmer aussi fortement les amusements des champs. Que ceux qui n’ont rien de mieux à faire, courent après les renards et les lièvres ! Et quant aux courses de chevaux, il n’est pas nécessaire d’en dire grand-chose, jusqu’à ce qu’un homme de sens ose plaider en leur faveur. Il semble que l’on peut mieux défendre la présence à une tragédie sérieuse : pour moi, je ne voudrais pas assister, avec une conscience tranquille, à la représentation d’une tragédie, surtout dans un théâtre anglais, vrai repaire du vice et de la débauche ; mais il est possible que d’autres personnes le fassent. Je n’en dirai pas autant des bals, qui, bien qu’ils jouissent d’une meilleure réputation que les mascarades, ont la même tendance, sans qu’on puisse le nier. — C’est encore le cas de tous les lieux publics de danse, qui doivent certainement exercer la même influence, à moins que l’on n’ait dans le monde chrétien les mêmes précautions que les païens avaient : on sait que parmi ceux-ci les hommes dansaient avec les hommes, les femmes avec les femmes, et toujours dans des salles séparées ; tel était l’usage de l’ancienne Grèce, et pendant plusieurs siècles même de Rome où l’on prenait pour une femme sans honneur toute personne du sexe que l’on avait vue danser avec un homme. Quant au jeu de cartes, j’en dis ce que j’ai dit du théâtre : je ne pourrais pas m’amuser ainsi avec une conscience libre ; mais je ne suis pas obligé de condamner ceux qui ne pensent pas comme moi : je les laisse entre les mains de leur juge.

5. Supposons toutefois que toutes ces choses, ainsi que la lecture des romans, des tragédies, des journaux, soient des récréations innocentes ; n’y a-t-il pas cependant pour ceux qui aiment Dieu, de meilleurs moyens de récréation : Les hommes riches veulent-ils se divertir en plein air ? Ils peuvent le faire en cultivant leurs terres, par des plantations et des améliorations ; ils peuvent encore visiter ceux d’entre leurs voisins qui sont sages, instruits ; ils peuvent aussi visiter les pauvres, les malades, les orphelins et ceux qui sont dans l’affliction. — Veulent-ils se récréer chez eux ? Ils peuvent lire des mémoires intéressants, des vers pieux et élégants, ou quelque livre de science naturelle. Si vous en avez le loisir, vous pouvez vous récréer en faisant de la musique ou des expériences de physique. Mais par-dessus tout, quand vous aurez appris l’usage de la prière, vous éprouverez que, comme l’atmosphère qui nous entoure toujours, de même la prière se mêle à toutes vos jouissances, à toutes vos actions, et se trouve toujours sur vos lèvres. Alors vous pourrez dire hardiment : « pour moi point d’heures de mélancolie, de malaise, pas d’heure perdue ; pour moi qui ne vis que pour servir Dieu et connaître Jésus, le vide de la vie a disparu ! »


VI. Il ne reste plus qu’un point à examiner, savoir l’usage de l’argent ; comment les chrétiens en général emploient-ils ce talent ? Et n’y a-t-il pas une plus excellente voie à cet égard ?

1. La plupart des chrétiens chaque année mettent de côté ordinairement une partie de leur revenu, qu’ils consacrent à des œuvres de charité. J’en ai connu qui disaient même comme Zachée : Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres. Oh ! qu’il plaise au Seigneur de multiplier ces amis, ces généreux bienfaiteurs de l’espèce humaine !

2. Outre cette classe de chrétiens, il en est des milliers qui donnent largement aux pauvres, surtout lorsqu’on leur représente avec force quelque cas de profonde détresse.

3. Je prie Dieu de vous bénir, vous tous qui agissez ainsi. — Ne soyez jamais las de faire le bien : veuille le Seigneur vous rendre au centuple le bien que vous faites ! — Toutefois je peux vous montrer ‘une voie plus excellente’.

4. Vous pouvez vous considérer comme un économe, à qui le maître de toutes choses a confié une partie de ses biens, pour que vous en disposiez selon sa volonté. Or sa volonté est que vous vous regardiez comme un membre d’une famille pauvre, laquelle doit être pourvue par une partie de ces biens qui vous ont été confiés. Vous avez sur les autres deux avantages : le premier consiste en ce qu’il est plus doux de donner que de recevoir ; le second en ce que vous avez le droit de vous servir avant de servir les autres. — C’est sous ce point de vue que vous devez vous regarder et regarder votre prochain. — Pour entrer dans quelques détails, si vous n’avez point de famille, donnez, après avoir pourvu à vos besoins, tout ce qui vous reste. C’était ainsi qu’agissaient tous les jeunes étudiants d’Oxford que l’on appelait méthodistes : l’un deux, par exemple, avait huit cents francs par an, il ne dépensait pour lui que six cents francs et donnait les autres deux cents francs. — L’année suivante son revenu fut de quinze cents francs ; il continua toujours à ne dépenser que six cents francs ; et le reste il le distribua à des pauvres. — La troisième année il eut deux mille deux cents francs ; il se contenta encore de six cents francs, et dépensa les autres seize cents francs en œuvres de charité. —Son revenu enfin augmenta encore ; mais, pour lui, ses dépenses furent les mêmes, et par conséquent ses dons furent plus larges et plus abondants. — Eh bien ! n’était-ce pas là une voie plus excellente ? — Secondement, si vous avez une famille, pesez bien devant Dieu ce qui est nécessaire à chacun de ses membres pour qu’il vive bien et selon la piété. Et en général ne leur donnez pas plus que ce que vous prenez pour vous-même. — Troisièmement, cela fait, prenez la résolution de ne plus amasser. Je vous conjure devant Dieu, de ne plus amasser. Comme la fortune vous vient, distribuez-la aussi, autrement vous vous amassez des trésors sur la terre, chose que le Seigneur défend aussi positivement que le meurtre et l’adultère ; donc, en agissant ainsi, vous vous amasseriez de la colère pour le jour de la colère et du juste jugement de Dieu.

5. Et, en supposant même que cela ne soit pas défendu, comment pouvez-vous, raisonnablement, dépenser votre argent d’une manière que Dieu peut ne pas bénir, au lieu de le dépenser d’une manière qu’il récompensera certainement. Vous n’aurez point de récompense dans le ciel pour ce que vous amassez, vous aurez une récompense, au contraire, pour tout ce que vous dépensez pour le bien. Tout ce que vous placez dans la banque terrestre est perdu, ne vous donnera point d’intérêt dans l’autre monde ; mais tout ce que vous distribuez aux pauvres est placé dans la la banque céleste et produira un glorieux intérêt, un intérêt qui ira en augmentant de siècle en siècle.

6. Que celui donc parmi vous qui est sage et doué d’intelligence se décide, dès ce jour, dès cette heure, avec le secours de Dieu, à choisir la plus excellente voie ; puis, qu’il y marche, pour ce qui regarde le sommeil, la prière, le travail, la nourriture, les récréations, les conversations, et surtout pour ce qui regarde l’usage de ce grand talent, — l’argent. — Dieu vous appelé ; que votre cœur lui réponde donc : avec ton secours, je n’amasserai plus de trésors sur la terre. Cette seule chose ferai-je, j’amasserai des trésors pour le ciel ; je rendrai à Dieu les choses qui sont à Dieu ; je lui donnerai tout mon cœur et tous mes biens !