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Travailler à son salut

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Edition numérique © cmft, janvier 2008



« Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, car c’est Dieu qui produit en vous et la volonté et l’exécution, selon son bon plaisir. » (Phil 2:12-13)


Quelques grandes vérités, telles que l’existence et les attributs de Dieu, et la différence entre le bien et le mal moral, étaient connues, en partie, au monde païen : on en trouve des traces dans toutes les nations ; de sorte que l’on peut dans un certain sens, dire à tout enfant d’homme : Il t’a déclaré, ô homme, ce qui est bon ; et qu’est-ce que l’Eternel demande de toi, sinon de faire ce qui est droit, d’aimer la miséricorde, et de marcher dans l’humilité avec ton Dieu ? Le Seigneur a plus ou moins fait connaître cette vérité à tout homme qui vient au monde ; et ainsi tous ceux qui n’ont pas de loi écrite, sont loi à eux-mêmes : Ils montrent que l’œuvre de la loi (sa substance, bien que ce n’en soit pas la lettre) est écrite dans leurs cœurs, par la même main qui l’écrivit jadis sur des pierres ; leur conscience leur rendant témoignage s’ils se conduisent ou non conformément à cette loi.

Mais il y a deux grands chefs de doctrines, qui contiennent plusieurs vérités de la plus importante nature, et qu’ignoraient totalement les païens éclairés de l’ancien monde comme les ignorent aussi les païens éclairés qui vivent maintenant sur la surface de la terre : je veux parler de ces doctrines qui concernent le Fils éternel de Dieu, se donnant pour être la propitiation des péchés des hommes, et l’Esprit de Dieu, renouvelant la créature à l’image du Créateur selon laquelle elle fut créée. Car après toutes les peines que se sont données des hommes ingénieux et savants (en particulier le célèbre chevalier de Ramsay) pour trouver quelques traits de ces vérités parmi les immenses décombres des auteurs païens, la ressemblance trouvée est si faible, qu’une imagination très vive peut seule l’apercevoir ; de plus cette ressemblance , toute faible qu’elle est, ne se trouve que dans les écrits d’un très petit nombre d’auteurs, les plus avancés et les plus profonds de leur siècle ; tandis que les foules incalculables qui les entouraient, peu avancées par la connaissance de leurs philosophes, ignoraient aussi profondément ces vérités que les brutes qui périssent.

Il est certain que ces vérités, n’avaient jamais été connues du vulgaire, de la généralité des hommes, avant qu’elles fussent mises au jour par l’Évangile. En dépit de quelques rayons de lumière, qui brillaient çà et là, toute la terre était couverte de ténèbres, jusqu’à ce que le Soleil de justice se levât et dissipât les ombres de la nuit : depuis cette époque une vive lumière brille autour de ceux qui, auparavant, étaient assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Et des milliers d’hommes ont connu dans tous les âges, que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périt point, mais qu’il eut la vie éternelle ; et par les oracles de Dieu qui leur ont été confiés, ils ont aussi connu que Dieu nous a donné son saint Esprit, qui produit en nous et la volonté et l’exécution, selon son bon plaisir.

Les paroles de l’Apôtre, qui précèdent ce verset, sont bien remarquables : — qu’il y ait donc en vous le même sentiment qui a été en Jésus-Christ, lequel étant en forme de Dieu, (la nature incommunicable de Dieu) n’a point regardé comme une usurpation (mais comme son droit indisputable) d’être égal à Dieu. Le mot exprime la plénitude et la suprême élévation de la divinité ; il est opposé aux deux mots anéanti et abaissé. Il s’est anéanti lui-même, en voilant aux yeux des hommes sa divine plénitude, ayant pris ainsi la forme de serviteur, fait à la ressemblance des hommes, homme comme eux ; — et s’étant trouvé en figure comme un homme, comme un homme ordinaire ; — il s’est abaissé lui-même, encore davantage, et a été obéissant à Dieu, quoique son égal, jusqu’à la mort, à la mort même de la croix : — Le plus grand exemple possible et d’humiliation et d’obéissance.

Après leur avoir proposé l’exemple de Christ, l’Apôtre exhorte les Philippiens à s’assurer le salut que Christ leur a procuré : — C’est pourquoi travaillez à votre salut avec crainte et tremblement ; car c’est Dieu qui produit en vous et la volonté et l’exécution, selon son bon plaisir.

Nous pouvons observer dans ces mots significatifs :
1. Cette grande vérité, que nous ne devons jamais perdre de vue, savoir : que c’est Dieu qui produit en nous la volonté et l’exécution, selon son bon plaisir :
2. La leçon que nous devons en tirer : — travailler à notre salut avec crainte et tremblement ;
3. La liaison qui existe entre cette vérité et cette leçon : — C’est Dieu qui produit cela en vous ; donc travaillez à votre salut.

I.
Nous avons à observer premièrement, cette importante et grande vérité, que nous ne devons jamais perdre de vue, savoir : que c’est Dieu qui produit en nous la volonté et l’exécution, selon son bon plaisir. On peut rendre le sens de ces mots plus clair, par cette petite transposition : c’est Dieu qui, selon son bon plaisir, produit en vous la volonté et l’exécution ; ainsi transposés, ces mots lient la phrase : selon son bon plaisir, au mot : produit, — éloignent ainsi toute idée de mérite en l’homme, et rendent à Dieu toute la gloire de son œuvre. Autrement nous aurions quelque sujet de nous vanter, comme si c’était quelque mérite, quelque bonté en nous ou quelque bonne action faite par nous, qui avait d’abord excité Dieu à opérer ; mais cette expression met fin à toute vanterie, et montre clairement que le motif qui porte Dieu à agir n’a pris source qu’en lui, qu’en sa pure grâce, qu’en sa miséricorde non méritée.

C’est seulement cela qui le porte à produire en l’homme l’exécution et la volonté. Ces deux mots sont susceptibles de deux interprétations qui sont incontestablement vraies : — premièrement, la volonté peut signifier l’ensemble de la religion intérieure ; l’exécution, l’ensemble de la religion extérieure ; et si on leur donne ce sens, ils impliquent que c’est Dieu qui produit la sainteté intérieure et extérieure ; deuxièmement, la volonté peut s’entendre de tout bon désir ; l’exécution, de tout ce qui en résulte ; et cette phrase signifie alors que c’est Dieu qui nous inspire tout bon désir, et qui les amène à un bon résultat.

Les mots τò θελει̃ν et τò ενεργει̃ν paraissent favoriser cette dernière interprétation : car τò θελει̃ν que nous traduisons par volonté, implique évidemment tout bon désir ; et τò ενεργει̃ν, que nous traduisons par exécution, implique aussi clairement tout ce pouvoir d’en haut, toute cette énergie qui produit en nous toute bonne disposition et nous rend capable de toute bonne parole et œuvre.

Rien ne peut détruire l’orgueil en l’homme, comme une profonde conviction de ces vérités. Car si nous comprenons bien que nous avons reçu tout ce que nous avons, nous glorifierions-nous, comme si nous ne l’avions pas reçu ? Si nous savons et si nous éprouvons que le premier mouvement bon, ainsi que le pouvoir qui le conduit à une fin, vient d’en haut ; si c’est Dieu qui non seulement nous communique tout bon désir, mais qui l’accompagne, l’observe, sans quoi ce désir s’éteint ; — il s’ensuit évidemment que celui qui se glorifie, doit se glorifier au Seigneur.

II.
Nous passons au second point : si Dieu opère en vous, travaillez donc à votre salut. Le mot grec traduit par : travaillez, implique que l’on fait la chose avec énergie ; à votre salut, car c’est vous-mêmes qui devez faire cela, ou bien ce ne sera jamais fait. Votre salut : le salut commence par ce qui est appelé ordinairement, et avec raison, la grâce prévenante ; et renferme le premier désir de plaire à Dieu, le premier rayon de lumière sur sa volonté, et la première conviction fugitive d’avoir péché contre lui. Tout cela implique un certain mouvement vers la vie, un certain degré de salut, le commencement d’une délivrance accordée à un cœur aveugle, endurci, insensible à Dieu et aux choses spirituelles. Le salut est continué par la grâce qui persuade, qui produit une plus grande connaissance de nous-mêmes, et une délivrance plus parfaite de l’endurcissement du cœur. Après cela, nous faisons l’expérience du salut, à proprement parler, chrétien : par grâce, par la foi nous sommes sauvés ; lequel consiste en deux parties : la justification et la sanctification. Par la justification, nous sommes sauvés de la culpabilité du péché et rétablis dans la faveur de Dieu ; par la sanctification, nous sommes délivrés de la puissance du péché, rétablis à l’image de Dieu. Toute l’expérience, aussi bien que l’Écriture, montre que ce salut est instantané et progressif. Il commence, au moment que nous sommes justifiés, par un amour pour Dieu et pour l’homme, humble, doux, patient ; puis il croît jusqu’à ce que le cœur soit purifié de tout péché, et rempli d’amour pour Dieu et l’homme, semblable au grain de moutarde, qui d’abord est la plus petite des semences, mais qui par la suite jette de larges branches, et devient un grand arbre. Et cet amour augmente même, jusqu’à ce que nous croissions en toutes choses en celui qui est notre chef, et que nous atteignions à la mesure de la parfaite stature de Christ. Mais comment devons-nous travailler à notre salut ? L’Apôtre répond : avec crainte et tremblement. Cette expression se trouve dans un autre passage de l’apôtre Paul, qui peut jeter du jour sur notre texte : — serviteurs, obéissez à ceux qui sont vos maîtres selon la chair, selon l’ordre actuel des choses, tout en sachant que dans peu de temps le serviteur n’aura plus de maître, — avec crainte et tremblement. C’est une expression proverbiale, qui ne peut pas être prise à la lettre ; car quel maître pourrait tolérer, et à plus forte raison exiger, que son serviteur se tînt en sa présence craintif et tremblant ? Les mots qui suivent ce passage, détruisent d’ailleurs ce sens : dans la simplicité de votre cœur, avec le vrai désir de faire la volonté de Dieu ; ne les servant point seulement sous leurs yeux, comme cherchant à plaire aux hommes ; mais comme serviteurs de Christ, faisant de bon cœur la volonté de Dieu, c’est-à-dire, faisant ce qu’ils font parce que c’est la volonté de Dieu, et le faisant, par conséquent, de tout leur cœur. Il est facile de voir que ces fortes expressions de l’Apôtre impliquent clairement deux choses : 1. que l’on doit faire tout avec énergie, avec le plus grand soin ; ce qui semble se rapporter aux mots, μετὰ φóβου, avec crainte ; 2. que l’on doit le faire avec diligence, avec exactitude et ponctualité ; ce qui se rapporte assez probablement aux derniers mots, μετὰ τρóμου, avec tremblement.

Nous pouvons facilement appliquer cela à l’œuvre de notre salut, la grande affaire de la vie : de la même manière, et avec les mêmes dispositions que les domestiques chrétiens servent leurs maîtres terrestres, les Chrétiens doivent servir leur Maître qui est au ciel, c’est-à-dire qu’ils doivent le servir, premièrement, avec énergie, avec le plus grand soin ; et deuxièmement en toute diligence, avec exactitude et ponctualité.

Mais quels sont les degrés que l’Écriture nous prescrit de suivre, quand nous travaillons à notre salut ? Le prophète Esaïe répond d’une manière générale, quant aux premiers pas à faire : — Cessez de mal faire et apprenez à bien faire : si vous désirez que Dieu opère en vous cette foi, qui est le canal du salut présent et éternel, fuyez, par la grâce qui vous est déjà donnée, tout péché, comme la présence d’un serpent ; évitez soigneusement toute œuvre et paroles mauvaises ; même abstenez-vous de toute apparence de mal. Et apprenez à bien faire : soyez zélé pour les bonnes oeuvres, pour les œuvres de piété et de charité; suivez le culte domestique ; priez en particulier ; jeûnez en secret, et votre Père qui vous voit vous récompensera publiquement ; sondez les Ecritures : écoutez-les quand on les lit en public, lisez-les dans votre particulier, et méditez-les ; quand l’occasion s’en présentera, participez à la sainte cène : faites cela en mémoire de Christ, et il vous visitera à sa table ; conversez avec les enfants de Dieu, et que vos entretiens soient assaisonnés avec grâce ; autant que cela vous est possible, faites du bien à tous les hommes, à leurs âmes et à leurs corps ; et soyez ainsi fermes, inébranlables, vous appliquant toujours avec un nouveau zèle à l’œuvre du Seigneur. Il ne vous reste plus qu’à renoncer à vous-mêmes et à vous charger de votre croix de jour en jour ; renoncez à tout plaisir qui ne vous prépare pas à trouver votre plaisir en Dieu, et saisissez avec avidité toute occasion de vous approcher de Dieu, fut-elle une croix, un fardeau pour la chair et le sang. De cette manière, après avoir la rédemption par le sang de Christ, vous vous avancerez vers la perfection, jusqu’à ce que, marchant dans la lumière comme il est dans la lumière, vous soyez mis à même de témoigner qu’il est fidèle et juste, non seulement pour pardonner vos péchés, mais aussi pour vous purifier de toute injustice.

III.
Mais, dira quelqu’un, quelle liaison y a-t-il entre la première et la dernière partie du texte ? Plutôt ne se contredisent-elles pas positivement ? Si c’est Dieu qui produit en nous la volonté et l’exécution, pourquoi faut-il que nous travaillions à notre salut ? Son opération ne rend-elle pas notre œuvre inutile, impraticable ? Car, si nous nous reconnaissons que Dieu fait tout, que nous reste-t-il à faire ?

C’est ainsi que la chair et le sang raisonnent; ce raisonnement est d’abord très plausible, mais il n’est pas solide, comme cela paraîtra, si nous examinons le sujet plus sérieusement : nous verrons qu’il n’existe aucune opposition entre les deux parties de la phrase : Dieu opère ; donc, travaillez, mais qu’il y a une parfaite liaison ; et cela, à deux égards : premièrement Dieu opère ; donc, vous pouvez travailler ; deuxièmement, Dieu opère, c’est pourquoi vous devez travailler.

Premièrement, Dieu opère en vous, c’est pourquoi, vous pouvez travailler : autrement cela vous serait impossible ; s’il n’opérait pas, vous ne pourriez pas travaillera votre propre salut : il est impossible, quant aux hommes, dit le Seigneur, qu’un riche entre dans le royaume des cieux ; que tout homme entre dans ce royaume à moins que Dieu n’opère en lui. Puisque tous les hommes sont par nature, non seulement malades, mais morts dans leurs pèches et dans leurs fautes, il leur est impossible de rien faire de bien, jusqu’à ce que Dieu les ressuscite d’entre les morts. Lazare ne put sortir du tombeau, que lorsque le Seigneur lui eut rendu la vie ; de même il nous est impossible de sortir de nos péchés, ou de faire le plus petit mouvement vers cela, jusqu’à ce que le Seigneur, qui a tout pouvoir au ciel et sur la terre, appelle nos âmes à la vie.

Cela cependant n’excuse pas ceux qui continuent à vivre dans le péché, et qui en jettent le blâme sur leur Créateur, en disant : c’est Dieu seul qui doit nous réveiller ; car nous ne pouvons pas nous réveiller nous-mêmes.— En avouant même que toutes les âmes des hommes soient mortes par nature, cela ne les excuse pas, puisqu’il n’y a pas un seul homme qui soit dans un état de simple nature, et qui soit, à moins qu’il n’ait éteint l’Esprit, totalement dénué de la grâce de Dieu. Nul homme n’est privé de ce que l’on appelle ordinairement la conscience naturelle, que l’on appellerait avec plus de raison la grâce prévenante, parce qu’elle n’est pas le fruit de la nature ; tout homme a un plus ou moins grand degré de cette grâce, qui n’attend pas l’appel de l’homme ; chacun, tôt ou tard, éprouve quelques bons désirs, quoique la plupart des hommes les étouffent avant qu’il puissent jeter de profondes racines, ou produire quelque fruit important. Chacun possède quelques rayons de cette lumière, qui tôt ou tard et plus ou moins, éclaire tout homme qui vient au monde. Et chacun, à moins qu’il n’appartienne à cette petite classe d’hommes dont la conscience est cautérisée, se sent plus ou moins inquiet, quand il agit contre la lumière de sa conscience ; de manière qu’aucun homme ne pèche parce qu’il n’a pas de grâce, mais parce qu’il ne met pas à profit la grâce qu’il a.

C’est pourquoi, tout autant que Dieu opère en vous, vous êtes maintenant capables de travailler à votre salut. Puisqu’il opère en vous la volonté et l’exécution selon son bon plaisir, sans aucun mérite de votre part, il vous est possible d’accomplir toute justice, d’aimer Dieu, parce qu’il nous a aimés le premier, — et de marcher dans l’amour, selon le modèle de notre grand Maître. Certes, nous savons que ces paroles : sans moi vous ne pouvez rien faire, sont absolument vraies ; mais nous savons aussi que chaque croyant peut dire : Je peux toutes choses par Christ qui me fortifie.

Rappelons nous, cependant, que Dieu a uni ces deux choses dans l’expérience de chaque croyant ; et prenons garde de ne pas nous imaginer qu’elles doivent être séparées. Nous devons nous garder de cette fausse humilité qui, pour excuser notre désobéissance volontaire, nous enseigne à dire : oh ! Je ne peux rien faire, et qui s’arrête là, sans mentionner une seule fois la grâce de Dieu. Je vous en prie, pensez-y à deux fois. Considérez ce que vous dites. J’espère que vous n’êtes pas justes envers vous-mêmes ; car, s’il est vrai que vous ne puissiez rien faire, vous n’avez pas la foi. Et si vous n’avez pas la foi, vous êtes dans une déplorable condition : vous n’êtes pas dans un état de salut. Certes, ce n’est pas là le cas : vous pouvez faire quelque chose par Christ qui vous fortifie. Ranimez l’étincelle de grâce qui est maintenant en vous ; et il vous donnera plus de grâce.

Deuxièmement, Dieu opère en vous, c’est pourquoi vous devez travailler ; vous devez être ouvrier avec Lui (ces mots sont de l’Apôtre), ou il cessera d’opérer. Le Seigneur dispense ses grâces, en général, selon cette règle : à celui qui a, il sera donné ; mais à celui qui n’a rien, qui ne fait pas usage de la grâce qu’il lui a été déjà donnée, cela même qu’il a lui sera ôté. Saint Augustin, que généralement l’on suppose favoriser la doctrine opposée, présente cette bonne remarque : qui fecit nos sine nobis, non salvabit nos sine nobis, celui qui nous a faits sans nous, ne nous sauvera pas sans nous. Il ne nous sauvera pas, à moins que nous nous séparions de cette génération perverse, à moins que nous combattions, nous-mêmes, le bon combat de la foi et à moins que nous saisissions la vie éternelle, que nous nous efforcions d’entrer par la porte étroite, que nous renoncions à nous-mêmes, que nous nous chargions de notre croix, et que, par tous les moyens possibles, nous nous étudions à affermir notre vocation et notre élection.

Travaillez donc, frères, non point après la viande qui périt, mais après celle qui est permanente jusque dans la vie éternelle. Dites avec notre Seigneur, quoique dans un sens un peu différent : mon Père travaille jusqu’à maintenant, et je travaille aussi. Parce qu’il travaille en vous, ne vous relâchez point en faisant le bien ; continuez à marcher dans l’œuvre de la foi, dans la patience de l’espérance, dans le travail de notre charité, en vertu de la grâce de Dieu, laquelle vous prévient, vous accompagne et vous suit ; soyez fermes, inébranlables, vous appliquant toujours avec un nouveau zèle à l’œuvre du Seigneur. Et le Dieu de paix qui a ressuscité d’entre les morts, Jésus, le grand pasteur des brebis, vous rende accomplis en toute bonne œuvre, pour faire sa bonne volonté, en faisant en vous ce qui lui est agréable, par Jésus-Christ, auquel soit gloire aux siècles des siècles.