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Le but de la venue de Christ

No. 62 – Le but de la venue de Christ
1 Jean 3 :8
1781

Tous droits réservés.
Édition numérique © cmft, octobre 2017



« Le fils de Dieu a paru pour détruire les œuvres du diable. » (1 Jean 3,8)


1. Plusieurs écrivains remarquables tant païens que chrétiens, ont mis en jeu, dans tous les temps, toute leur force et tout leur art pour peindre la beauté de la vertu, et pour représenter sous les plus vives couleurs la laideur du vice, qu’ils ont envisagé quelquefois dans ses formes générales, et quelquefois dans ses formes les plus ordinaires à leur temps et à leur pays. Ils se sont donnés la même peine pour placer, sous le jour le plus vrai, le bonheur qui accompagne la pratique de la vertu, et la misère qui résulte infailliblement du vice. Or, l’on doit avouer que des ouvrages de ce genre ne sont pas sans utilité : ils ont probablement servi à porter quelques personnes à désirer et à rechercher la vertu, ils ont parfois arrêté quelques autres dans la carrière du vice, et peut-être même les en ont retirés pour quelque temps. Mais le changement opéré par ces moyens est rarement profond et universel ; il est encore moins durable : avant peu de temps il s’évanouit comme une vapeur du matin. De tels motifs sont beaucoup trop faibles pour nous faire surmonter toutes les tentations qui nous entourent : tout ce que l’on peut dire sur la beauté de la vertu, sur la laideur et les mauvais fruits du vice, ne peut pas résister à un appétit désordonné, et peut encore moins le vaincre ou le guérir : une seule passion favorite brise bientôt toutes ces barrières.

2. Il est donc absolument nécessaire, si nous voulons abandonner le vice ou marcher d’un pas ferme dans la pratique de la vertu, que nous ayons de meilleures armes : sans cela nous pourrons voir ce qui est bien, mais nous ne le ferons pas. Plusieurs païens sérieux étaient profondément convaincus de cette vérité : leur cœur tenait ce langage de Medée : « Video meliora, proboque, deteriora sequor » ; paroles entièrement conformes à ces expressions de l’Apôtre, lorsqu’il fait parler un homme qui est convaincu de péché, mais qui ne peut pas encore le vaincre : ‘je ne fais pas le bien que je voudrais faire ; mais je fais le mal que je ne voudrais pas faire.’ Le philosophe romain pouvait même s’apercevoir de l’impuissance de l’esprit humain ; il y a, dit-il, dans tout homme, cette faiblesse, (il aurait pu dire cette triste maladie) —« gloriae sitis », la soif de la gloire. La nature nous montre la plaie sans nous en montrer le remède.

3. Et il n’est pas étonnant qu’ils aient en vain cherché ce remède ; car ils le recherchaient là où il n’est pas, en eux-mêmes, dans leur raison, dans la philosophie, toutes choses qui ne sont que des roseaux cassés, que de la fumée. La véritable cause de leur désappointement, c’est qu’ils ne le cherchaient pas en Dieu. — En Dieu ? Non ; ils repoussaient ce grand remède ; car, quoique Cicéron, un de leurs oracles, ait une fois approché de cette vérité dans cet aveu ; « Nemo unquam vir magnus sine afflatu divino fuit », nul grand homme n’a jamais existé sans l’inspiration divine ; cependant dans le même ouvrage il se contredit, et renverse tout à fait cet aveu, en faisant cette question : « Quis pro virtute aut sapientia gratias dedit Deis unquam ? » qui a jamais rendu grâces aux dieux pour ses vertus et sa sagesse ? Le poète romain est encore, si cela est possible, plus positif : après avoir mentionné plusieurs bénédictions temporelles, il ajoute naïvement : ‘nous demandons à Dieu ce qu’il peut nous donner, — la vie, la fortune, — mais c’est à nous de nous rendre vertueux.’ (Haec satis est orare Jovem, qui donat et aufert : det vitam, det opes : aequum mi animam ipse parabo.)

4. Les meilleurs d’entre les païens cherchaient la vertu en partie en Dieu, en partie en eux-mêmes, ou la cherchaient en ces dieux qui, n’étant que des démons, ne pouvaient pas rendre leurs adorateurs meilleurs que ce qu’ils étaient. — Si faible était la lumière que possédaient les hommes les plus éclairés, jusqu’à ce que la vie et l’immortalité ‘fussent mises en évidence par l’Évangile’, jusqu’à ce que ‘le fils de Dieu eut apparu pour détruire les œuvres du diable’.
Quelles sont ces œuvres du diable, ici mentionnées ? — Comment le fils de Dieu a-t-il paru pour les détruire ? Et comment, de quelle manière, et par quels degrés les détruit-il ? — Nous allons considérer tour-à-tour ces trois importantes questions.


I. [1.] Les paroles qui suivent et précèdent le texte nous indiquent quelles sont ces œuvres du diable : — ‘Vous savez que Jésus-Christ est paru pour ôter nos pèches : — quiconque demeure en Lui ne pèche point ; quiconque pèche, ne l’a point vu, ni ne l’a point connu. — Celui qui fait le péché est du diable ; car le diable pèche dès le commencement. Or, le fils de Dieu a paru pour détruire les œuvres du diable. Quiconque est né de Dieu, ne fait point le péché’ ; — il résulte de l’ensemble de tous ces passages que les œuvres du diable, dont il est parlé dans le texte, sont le péché et les fruits du péché.

2. Mais comme la sagesse de Dieu a dissipé les nuages qui ont couvert si longtemps notre terre, et a mis une fin aux puériles conjectures que les hommes faisaient sur ces questions, il peut être utile de se faire une idée plus claire de ces œuvres du diable. Tout autant que les oracles de Dieu nous en instruisent. Il est vrai que le but du Saint-Esprit a été de former notre foi, et non de satisfaire à notre curiosité ; c’est pourquoi, le récit qu’il nous a donné dans les premiers chapitres de la Genèse est très court ; toutefois il est si clair que nous pouvons en apprendre tout ce qu’il nous importe de savoir.

3. Voici donc ce sujet envisagé dès son principe : — Le Seigneur Dieu créa l’homme à son image, à son imago naturelle ; c’est-à-dire, le créa esprit, comme Dieu est esprit ; lui donna une intelligence, la faculté essentielle d’un esprit. Et il est probable qu’à cette époque l’esprit humain, comme celui des anges, discernait la vérité naturellement, par intuition. Par suite il donna à chaque créature, dès qu’il la vit, un nom qui convenait à sa nature particulière. Cependant ses connaissances étaient limitées, parce qu’il était une créature : l’ignorance était plus ou moins sa portion, sans qu’il eut toutefois d’erreurs : il ne paraît pas qu’il erra sur quoique ce soit. Mais il était capable de se tromper, et d’être trompé, quoiqu’il n’y fut pas nécessairement obligé.

4. L’homme était encore doué d’une volonté, de diverses affections, (lesquelles ne sont pas autre chose que la volonté se manifestant de différentes manières) afin qu’il put aimer, désirer, ce qui est bon, et en faire la cause de ses joies : s’il n’avait pas reçu ces dons, son intelligence lui aurait été inutile. — Il était encore doué de liberté, du pouvoir de choisir le bien et de rejeter le mal : s’il n’avait pas possédé ce pouvoir, son intelligence et sa volonté lui auraient été encore inutiles. L’homme, sans cette liberté, aurait été si loin d’être un agent libre, qu’il n’aurait même pas été agent ; car un être qui n’est pas libre est purement passif, sans la plus petite activité. Vous tenez une épée dans vos mains. Un homme plus fort que vous, saisit votre main, et vous force à blesser une troisième personne. En ce cas vous n’êtes pas plus agent que votre épée. Dans tous les cas possibles ce serait la même chose : celui qui n’est pas libre n’est plus un agent ; c’est un être passif.

5. Il parait donc que tout esprit, comme tel, doit être doué d’intelligence et parlant de volonté et d’une certaine mesure de liberté, — et que ces trois facultés existent toujours dans une nature intelligente. Observez qu’une liberté forcée, nécessairement déterminée, n’est pas une liberté ; c’est une contradiction dans les termes, c’est comme si l’on disait une liberté non libre, ce qui est un pur non-sens.

6. On peut encore observer, ce qui est très important, que là où il n’y a point de liberté, il ne peut y avoir ni bien ni mal moral, ni vice ni vertu. Le feu nous chauffe ; cependant il n’est pas capable de vertu. Il nous brûle ; cependant cela ne constitue pas un vice. La vertu n’est possible que tout autant qu’un être intelligent connaît, aime et choisit ce qui est bon ; et de même le vice n’est possible que tout autant que cet être intelligent connaît, aime et choisit ce qui est mal.

7. En outre Dieu créa l’homme à sa ressemblance morale : il le créa être juste et saint, tout aussi bien qu’être intelligent ; ses affections, comme son intelligence, étaient sans tâche, parfaites dans leur espèce ; elles étaient toutes bien réglées. — Comme agent libre, il choisissait toujours ce qui était bon, suivant en cela les directions de son entendement. Dans cette voie, il était ineffablement heureux ; il demeurait en Dieu et Dieu en lui ; il jouissait avec le Père et le Fils, par l’Esprit éternel, d’une communion ininterrompue ; et sa conscience lui rendait certainement témoignage que toutes ses voies étaient bonnes et agréables au Seigneur.

8. Toutefois sa liberté, comme je l’ai déjà fait observer, renfermait nécessairement le pouvoir de choisir le bien ou le mal. On a douté, à la vérité, si l’homme, qui connaissait le mal, pouvait alors le préférer au bien. Mais on ne peut pas douter qu’il ne pût se tromper et prendre le mal pour le bien : il n’était pas infaillible, et par conséquent il n’était pas impeccable. C’est là la solution de cette grande et difficile question : comment le mal est-il venu dans le monde ? Il est venu de Lucifer ; il est l’œuvre du diable ; car le diable dit l’Apôtre, pèche dès le commencement, c’est-à-dire, a été le premier pécheur de l’univers, l’auteur du péché, le premier être qui, en abusant de sa liberté, a introduit le mal dans la création. — Ce chef des archanges fut tenté en lui-même de se croire plus qu’il n’aurait dû le faire ; il s’abandonna volontairement à cette tentation ; il tomba d’abord dans l’orgueil et puis dans l’amour de sa propre volonté ; il se dit à lui-même : je m’assiérai sur les côtés du Nord ; je serai semblable au Très-Haut. — Il ne tomba pas seul ; mais il entraîna après lui une troisième partie des étoiles du ciel, qui par suite perdirent leur gloire, leur bonheur et furent repoussées de leur premier séjour.

9. Plein de colère et enviant le bonheur des créatures que Dieu avait appelées nouvellement à l’existence, il n’est pas étonnant qu’il désira et essaya de les en priver. Pour arriver à ce but, il se cacha sous la forme d’un serpent, le plus subtil et le plus rusé des animaux, et à cause de cela le moins sujet à être soupçonné : il y a des personnes qui ont même supposé, non sans motif, que le serpent était alors doué de raison et de parole. Si Ève ne lui avait pas connu ces facultés, serait-elle jamais entrée en conversation avec lui ? N’aurait-elle pas été plus effrayée que déçue, ce qu’elle fut, comme le fait observer l’Apôtre ? Pour la tromper, Satan mêla la vérité avec le mensonge : ‘Dieu n’a-t-il pas dit : vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin’ ; puis, il lui persuada de ne pas croire Dieu, de supposer que la menace ne se réaliserait pas. Alors elle s’abandonna à la tentation : — aux convoitises de la chair ; car l’arbre était bon ; —- aux convoitises des yeux, car il était doux à voir ; et à l’orgueil de la vie, car le désir de devenir sage, et par conséquent d’être honoré, en faisait manger. L’incrédulité produisit l’orgueil : elle se crut plus sage que Dieu ; elle pensa pouvoir trouver un meilleur chemin à la félicité que celui que Dieu lui avait enseigné. L’incrédulité produisit encore une coupable indépendance : Ève était résolue à suivre sa volonté, et non celle du Dieu qui l’avait créée. Enfin elle produisit des désirs insensés, et consomma son œuvre par un péché extérieur : ‘Ève prit du fruit et en mangea.’

10. Ève en donna ensuite à son mari, qui en mangea. Et dans ce jour, dans ce moment même, il mourut : la vie de Dieu s’éteignit dans son âme ; il perdit la vraie image de Dieu : la justice et la sainteté. Il devint impur, malheureux, plein de péché, de culpabilité et de craintes dévorantes. Séparé de Dieu, et ne le considérant que comme un juge irrité, il eut peur. Mais comme son entendement devait s’être obscurci pour lui faire penser qu’il pourrait se cacher de devant la face de l’Éternel parmi les arbres du jardin ! — C’est ainsi que son âme était entièrement morte à Dieu. — Dès ce jour-là aussi son corps commença à mourir, devint la proie de la faiblesse, de la souffrance, de la maladie, les avant-coureurs de la mort du corps, laquelle conduit naturellement à la mort éternelle.


II. Le péché et ses fruits, telles sont les œuvres du diable, envisagées dans leur ordre et leur liaison. Nous allons considérer, en second lieu, comment le fils de Dieu a paru pour les détruire.

1. Il a apparu comme le fils unique de Dieu, égal au Père en gloire, devant les habitants des cieux, dans tous les âges. Tous ces hôtes des cieux chantèrent de joie, quand ils lui entendirent prononcer ces paroles : ‘que la lumière soit et la lumière fut’, quand il créa les vents dans l’espace, et qu’il déplia les cieux comme un rideau. L’ancienne église croyait même universellement que personne n’avait vu, ne pouvait voir Dieu le Père ; — que de toute éternité il habitait une lumière inaccessible ; — et que ce n’est que par le fils de son amour qu’il s’est révélé à ses créatures.

2. Il n’est pas facile de déterminer comment le fils de Dieu apparut à nos premiers parents dans le paradis. On suppose en général, et avec assez de probabilité, qu’il leur apparut sous la forme d’un homme, et qu’il leur parla face à face. Cependant je ne peux pas admettre le rêve ingénieux de M. Watts sur la glorieuse humanité de Christ, qu’il suppose avoir existée avant le commencement du monde, et qu’il pense avoir été douée de qualités étonnantes. Je crois même cette hypothèse très dangereuse, en ce qu’elle détruit la force de plusieurs passages par lesquels on avait cru auparavant prouver la divinité du Fils. Et je crains que ce fut là le grand moyen par lequel ce grand homme abandonna la foi jadis donnée aux saints, s’il l’abandonna jamais, et si ce beau soliloque imprimé dans ses œuvres posthumes, dans lequel il supplie le Fils de ne pas être mécontent, s’il ne le croit pas co-égal et co-éternel avec le Père, est authentique.

3. Ne pouvons-nous pas aussi croire qu’il se manifesta sous la même forme, dans les âges suivants, à Énoch, tandis que celui-ci marchait avec Dieu ; — à Noé, avant et après le déluge ; — à Abraham, à Isaac, à Jacob, en plusieurs occasions ; — et pour ne pas mentionner d’autres personnes, à Moïse ? Cela paraît le sens naturel de ces mots : ‘mon serviteur Moïse est fidèle dans toute ma maison ; je parle avec lui bouche à bouche, et il me voit en effet, non point obscurément, ni par aucune représentation de l’Éternel.’

4. Mais toutes ces choses n’étaient que des types d’une manifestation plus importante. Ce fut dans la plénitude des temps, (dans le moyen âge du monde, comme l’a prouvé amplement un homme célèbre) que Dieu ‘introduisit dans le monde son Fils premier né’. Ce Fils, né d’une femme, ‘par la vertu du Très-Haut qui la couvrit de son ombre’, fut ensuite manifesté aux bergers, au pieux Siméon, à Anne la prophétesse, et à ‘tous ceux de Jérusalem qui attendaient la délivrance de Jérusalem’.

5. Quand il fui assez âgé pour accomplir ses devoirs de prêtre, il se montra à Israël, prêchant l’Évangile du royaume de Dieu en tous lieux et dans toutes les villes. Et pendant quelque temps il fut glorifié par tous ceux qui l’entendaient, lesquels reconnaissaient qu’il parlait comme jamais homme n’avait parlé, avec autorité, avec la sagesse et la puissance de Dieu. De nombreux signes et de grandes œuvres, le manifestèrent, ainsi que font sa vie : car il est le seul être né de femme qui n’eut jamais connu le péché ; qui, de son enfance à sa mort, fit tout bien, faisant toujours, non pas sa volonté mais la volonté de Celui qui l’avait envoyé.

6. Par-dessus tout voici l’agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde : c’est là la plus glorieuse manifestation qu’il eut donnée de lui-même. Comme il apparut admirable aux anges et aux hommes, lorsqu’il ‘fut froissé pour nos forfaits’, lorsqu’il porta nos péchés en son corps sur la croix, et que, se donnant lui-même en rançon pour les péchés du monde, il s’écria : tout est accompli, inclina sa tête et rendit l’esprit ! — Il suffit de mentionner les apparitions suivantes : sa résurrection d’entre les morts, son ascension, son élévation dans cette gloire dont il jouissait avant la création du monde, et l’envoi de son Esprit au jour de la Pentecôte ; apparitions si bien décrites dans ces paroles très connues du psalmiste : ‘tu es monté en haut, tu as mené captifs les prisonniers, tu as pris des dons pour les distribuer entre les hommes, et même entre les rebelles, afin qu’’ils demeurent dans le lieu de l’Éternel notre Dieu.’

7. Cette dernière phrase : ‘afin qu’ils demeurent dans le lieu de l’Éternel notre Dieu’ a rapport à une autre manifestation du fils de Dieu, qui a lieu dans le cœur du pécheur. Quand il parlait de ce sujet à ses disciples peu avant sa mort, un d’eux lui demanda tout de suite : ‘Seigneur, d’où vient que tu te feras connaître à nous, et pas au monde ?’ — C’est en nous rendant capables de croire en son nom ; car lorsque nous pouvons dire avec confiance : ‘mon Seigneur, mon Dieu’, alors il est manifesté intérieurement à nos cœurs ; alors chacun de nous peut dire avec assurance : ‘si je vis encore dans ce corps mortel, je vis dans la foi au fils de Dieu qui m’a aimé, et qui s’est donné soi-même pour moi.’ Et c’est en se manifestant ainsi à nos cœurs qu’il détruit efficacement les œuvres du diable.


III. 1. Nous avons à considérer de quelle manière, et par quels degrés il détruit actuellement ces œuvres. Et, d’abord, comme Satan commença son œuvre dans le cœur d’Ève en lui inspirant de l’incrédulité, de même le Fils de Dieu commence son œuvre dans nos cœurs en nous rendant capables de croire en Dieu. Il ouvre et éclaire les yeux de notre entendement. Il commande à la lumière de jaillir au milieu des ténèbres, et il enlève le voile que le Dieu de ce monde avait placé sur nos cœurs. Alors nous voyons, non par voie de raisonnement, mais comme par intuition, que Dieu était en Christ, réconciliant le monde à soi, en ne leur imputant point leurs péchés. Alors nous savons que nous sommes les enfants de Dieu par la foi, que nous avons la rédemption par son sang, savoir, la rémission des péchés. — Étant ainsi justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, — une paix qui nous rend capables d’être contents dans toute position, qui nous délivre de tout doute, de toute crainte, de toute anxiété, et surtout de cette crainte de la mort par laquelle tous nous étions toute notre vie assujettis à la servitude.

2. En même temps le fils de Dieu frappe à la racine de cette grande œuvre du diable, — l’orgueil, en faisant humilier le pécheur devant le Seigneur, et en le remplissant de honte et de confusion, Il frappa à la racine toute indépendance coupable, en rendant le pécheur capable de dire : non pas ma volonté, mais ta volonté, Seigneur ! Il détruit l’amour du monde, en délivrant ceux qui croient en Lui de tout désir vain et insensé, de la convoitise de la chair, de la convoitise des yeux et de l’orgueil de la vie. Il les empêche de chercher le bonheur dans les créatures et de l’attendre d’elle : de même que Satan tourna le cœur de l’homme du créateur pour le diriger vers la créature, de même le fils de Dieu détourne le cœur de la créature et le dirige vers Dieu. C’est ainsi que, se manifestant lui-même, il détruit les œuvres du diable ; rétablissant le coupable, séparé de Dieu, dans la faveur divine ; lui procurant le pardon et la paix ; le rappelant, lui pécheur en qui rien de bon n’habite, à l’amour et à la sainteté ; lui donnant, à lui pécheur misérable et accablé, une joie ineffable, un véritable et solide bonheur.

3. Mais il faut observer que le fils de Dieu ne détruit pas toute l’œuvre du diable dans le cœur de l’homme, tout aussi longtemps que celui-ci habite ce monde : il ne détruit pas la faiblesse du corps, la maladie, la souffrance, et mille infirmités inséparables de la nature ; il ne détruit pas cette faiblesse d’intelligence qui résulte de l’union de l’esprit avec le corps : en sorte que l’ignorance et l’erreur sont encore la portion de l’humanité ; ‘humanum est errare et nescire.’ Le Fils de Dieu ne nous confie dans notre état actuel, qu’une très petite partie de connaissance, de peur que notre savoir ne fut un obstacle à notre humilité, et que nous ne voulussions nous croire encore des dieux. C’est afin d’éloigner toute tentation à l’orgueil et toute pensée d’une coupable indépendance, (la chose sous le nom de liberté, si désirée par les hommes), qu’il nous laisse entourés de toutes ces infirmités, surtout de cette faiblesse d’intelligence, jusqu’à l’heure où cette sentence sera prononcée : ‘tu es poudre, et tu retourneras en poudre.’

4. Alors l’erreur, la souffrance, et toutes les infirmités corporelles cessent : la mort les engloutit ; et la résurrection détruira enfin la mort, le dernier ennemi de l’homme : quand nous entendrons la voix de l’Archange et la trompette de Dieu, alors cette parole de l’Écriture sera accomplie : la mort est engloutie pour toujours ; ce corps corruptible revêtira l’incorruptibilité, ce corps mortel revêtira l’immortalité, et le Fils de Dieu, apparaissant sur les nuages des cieux, détruira la dernière œuvre du diable.

5. Nous voyons ici, sous le point de vue le plus clair, ce que c’est que la vraie religion : c’est le rétablissement de l’homme, par Celui qui a brisé la tête du serpent, dans tout ce dont Satan l’avait privé ; un rétablissement dans la faveur et dans l’image de Dieu, ce qui implique non-seulement la délivrance de péché, mais aussi une participation à la plénitude de Dieu. Il est évident, si nous admettons les observations précédentes, que la religion chrétienne n’est pas autre chose que cela ; toute antre chose qui ne va pas jusque-là, est loin du but. — Mais comme ceci doit paraître un paradoxe ! Combien peu cela est compris -— dans le monde chrétien, même dans ce siècle de lumière, que l’on pense le plus éclairé de tous les siècles ! — Dans toutes nos découvertes, qui a découvert cela ? Peu de gens ! Et cependant si nous croyons la Bible, qui peut le nier ? Qui peut en douter ? Cela se voit dans la Bible depuis la première page jusqu’à la dernière, sans la plus petite interruption. Prenez donc garde de prendre tout autre chose pour la religion ! Ne pensez pas que des formes extérieures, que la pratique de quelques devoirs publics ou privés constitue la religion ! Ne supposez pas que la justice, l’honnêteté, et tout ce qui est appelé moralité, (quoique ces choses soient excellentes à leur place,) soient la religion ! Surtout n’imaginez pas que l’orthodoxie, des opinions saines, (ce qu’on appelle en général la foi) soient la religion ! De tous les rêves religieux, c’est le plus vain : c’est un rêve qui prend du chaume et du foin pour de l’or pur.

6. Oh ! Ne prenez pas tout autre chose inférieure à cela pour la religion de Christ ! N’en prenez pus une partie pour le tout ! Ne divisez pas ce que le Seigneur a uni ! Ne prenez pour la religion de Jésus pas autre chose que cette foi qui opère par la charité toute sainteté extérieure et intérieure. Ne vous contentez pas d’une religion qui n’implique pas la destruction de toutes les œuvres du diable, c’est-à-dire du péché. Nous savons que la faiblesse d’intelligence et mille infirmités existeront tout aussi longtemps que nous habiterons ce corps corruptible ; mais pour cela il n’est pas nécessaire que le péché reste : c’est là, dans toute la force du mot l’œuvre du diable que le Fils de Dieu est venue détruire dans cette vie actuelle ; il peut, il veut la détruire maintenant dans tous ceux qui croient en lui. Seulement ne rétrécissez pas sa charité ! Ne vous méfiez pas de son pouvoir ou de son amour ! Mettez les promesses à l’épreuve ! il a parlé ; et n’est-il pas disposé à accomplir ? — Venez seulement avec assurance au trône de la grâce, vous confiant à sa miséricorde ; et vous éprouverez qu’il peut toujours sauver ceux qui s’approchent de Dieu par Lui.