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Le Sermon sur la Montagne, discours 6

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Edition numérique © Yves Petrakian, Juillet 2003




« Prenez garde de ne pas faire votre aumône devant les hommes afin d'on être vus; autrement vous n'en aurez pas de récompense de votre Père qui est aux cieux. Quand donc tu feras l'aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme font les hypocrites, dans les synagogues et dans les rues, afin qu'ils eu soient honorés des hommes. Je vous dis en vérité qu'ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu fais l'aumône, que la main gauche ne sache pas ce que fait ta droite; afin que ton aumône se fasse eu secret; et ton Père qui te voit dans le secret te le rendra publiquement. Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment à prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues afin d'être vus des hommes. Je vous dis en vérité qu'ils reçoivent leur récompense. Mais toi quand tu pries, entre dans ton cabinet et ayant fermé la porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret; et ton Père qui te voit dans le secret te le rendra publiquement. Or quand vous priez n'usez pas de vaines redites comme les païens; car ils croient qu'ils seront exaucés en parlant beaucoup. Ne leur ressemblez donc pas; car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. Vous donc priez ainsi : Notre Père qui es aux cieux, ton nom soit sanctifié; ton règne vienne; ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Pardonne-nous nos péchés comme aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; et ne nous induis point dans la tentation, mais délivre-nous du malin; car à toi appartient le règne, la puissance et la gloire à jamais. Amen. Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs offenses, votre Père ne vous pardonnera pas non plus les vôtres. » (Mat 6:1-15)



Dans le chapitre qui précède Notre Seigneur a décrit, sous ses divers aspects, la religion du coeur. Il a mis devant nous ces dispositions d'âme qui constituent le vrai christianisme, cette sainteté intérieure; «sans laquelle personne ne verra le Seigneur,» ces affections qui, provenant de la foi en Christ, sont essentiellement bonnes et agréables à Dieu. Passant maintenant aux actions, il va nous montrer que toutes, et même les plus indifférentes, peuvent aussi être rendues saintes et bonnes, même aux yeux de Dieu, par une pure et sainte intention. Hors de là, tout ce qu'on peut faire est sans valeur, il le déclare à plusieurs reprises; mais toute oeuvre extérieure ainsi consacrée à Dieu est d'un grand prix devant lui.

Cette pureté d'intention, il en montre la nécessité d'abord pour les oeuvres qu'on considère comme religieuses et qui le sont en effet lorsqu'elles procèdent d'une intention droite. Les unes sont appelées communément oeuvres de piété, et les autres oeuvres de charité ou de miséricorde. Entre celles-ci, il nomme particulièrement l'aumône; pour celles-là la prière et le jeûne. Mais les directions qu'il donne sur ces deux chefs s'appliquent également à toute oeuvre, soit de piété, soit de charité.

I

Et d'abord, par rapport aux oeuvres de charité :

«Prenez garde,» dit-il, «de ne pas faire votre aumône devant les hommes, afin d'en être vus; autrement vous n'en aurez point de récompense de votre Père qui est aux cieux.» -- «De ne pas faire votre aumône;» -- l'aumône seule est nommée, mais il faut sous-entendre toute oeuvre de charité, tout don, toute parole, toute action profitable au prochain, d'où le prochain peut tirer quelque avantage pour son corps ou pour son âme : nourrir les affamés, vêtir ceux qui sont nus, recueillir ou aider les étrangers, visiter les prisonniers, les malades, consoler les affligés, instruire les ignorants, reprendre les pécheurs, exhorter et encourager les justes, toutes ces choses et les autres semblables sont comprises dans cette instruction.

«Prenez garde de ne pas faire votre aumône devant les hommes, afin d'en être vus.» Ce qui est ici défendu, ce n'est pas de faire le bien en présence des hommes, être vus d'eux n'est pas ce qui rend une oeuvre meilleure ou plus mauvaise; -- mais c'est de faire le bien devant eux, afin d'en être vus, dans ce but, dans cette intention seule. Je dis seule, car ce pourrait être, à bon droit, une partie de notre intention; telle action, dont nous désirons qu'elle soit vue, peut néanmoins être agréable à Dieu. Notre intention peut être que notre lumière luise devant les hommes, si notre conscience nous rend témoignage par le Saint-Esprit qu'en nous proposant de leur faire voir nos bonnes oeuvres, notre but est «qu'ils glorifient notre Père qui est aux cieux.» Mais gardez-vous de faire la moindre chose en vue de votre propre gloire, gardez-vous de laisser à l'amour de la louange la moindre part dans vos oeuvres de charité. Si vous cherchez votre gloire, si vous avez en vue l'honneur qui vient des hommes, tout ce que vous pouvez faire est sans valeur, ce n'est point fait pour Dieu, il ne l'accepte point; vous n'en aurez pas de récompense de votre Père qui est aux cieux.

«Quand donc tu feras l'aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme font les hypocrites, dans les synagogues et dans les rues, afin qu'ils en soient honorés des hommes.» Le mot synagogue, ne désigne pas ici un lieu de culte, mais tout endroit où la foule s'assemble, comme la place publique, le marché. C'était parmi les Juifs riches et surtout parmi les Pharisiens une chose ordinaire que de faire sonner la trompette devant eux, dans les lieux de la ville les plus fréquentés, quand ils voulaient faire de grandes aumônes. Le prétexte était de convoquer les pauvres pour les recevoir; mais leur but réel était de s'attirer les louanges des hommes. Ne leur ressemblez pas. Ne faites pas sonner la trompette devant vous. Fuyez l'ostentation. Recherchez cet honneur qui ne vient que de Dieu. Ceux qui cherchent l'honneur des hommes, reçoivent leur récompense. Ils n'auront de Dieu aucune louange.

«Mais quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite.» Expression proverbiale qui veut dire ; Fais le bien aussi secrètement qu'il sera compatible avec son accomplissement même, et avec son accomplissement le plus efficace, car il faut qu'il s'accomplisse, soit en secret, soit en public. Si vous êtes pleinement persuadé dans votre esprit qu'en ne cachant pas le bien que vous faites, d'autres pourront être encouragés, ou vous pourrez vous-même en faire d'autant plus, alors ne le cachez pas; alors que votre lumière» paraisse et «éclaire tous ceux qui sont dans la maison.» Mais hormis ces cas où la gloire de Dieu et le bien des hommes demandent le contraire, agissez d'une façon aussi secrète et aussi privée que la chose pourra l'admettre, «afin que ton aumône se fasse en secret, et ton père qui te voit dans le secret te récompensera publiquement,» peut-être déjà dans ce monde (il y en a des exemples dans tous les âges), mais infailliblement dans le monde à venir, devant la grande assemblée des hommes et des anges.

II

Des oeuvres de charité ou de miséricorde notre Seigneur passe à ce qu'on appelle oeuvres de piété. «Quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment à prier en se tenant debout dans les synagogues et au coin des rues, afin d'être vus des hommes. -- «Ne sois pas comme les hypocrites.» L'hypocrisie, le manque de sincérité, voilà donc la première chose dont nous devons nous garder en priant. Ayez soin de ne rien dire contre votre pensée. Prier, c'est élever son âme à Dieu; sans cela les plus pelles paroles ne sont qu'hypocrisie. Songe donc, quand tu veux prier, à n'avoir qu'un dessein, celui d'élever ton coeur à Dieu, de «répandre ton âme en sa présence;» et ne sois pas comme les hypocrites qui aiment à prier et qui ont l'habitude de le faire «en se tenant debout dans les synagogues, dans les lieux publics, aux coins des rues, parmi la foule, afin d'être vus des hommes;» c'est le seul dessein, le seul but de leurs prières. Je vous dis en vérité qu'ils reçoivent leur récompense, ils n'en doivent point attendre de votre Père qui est aux cieux.

Toutefois ce désir de la gloire humaine n'est pas le seul qui nous prive des récompenses de Dieu, et qui prive nos oeuvres de sa bénédiction. La pureté d'intention n'est pas moins détruite par toute autre vue temporelle. Prononcer des prières, assister au culte ou soulager les pauvres pour un gain ou un intérêt quelconque, ce n'est pas d'un fêtu plus estimable aux yeux de Dieu que de le faire par vaine gloire. Tout motif étranger à l'éternité, tout autre dessein que celui de glorifier Dieu ou de faire en son nom du bien aux hommes, fait de l'action la plus belle en apparence, une abomination devant Lui.

«Mais toi, quand tu pries, entre dans ton cabinet, et ayant fermé la porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret.» Il y a un temps pour glorifier Dieu publiquement, un temps où tu dois le prier, le louer «dans la grande assemblée.» Mais s'agit-il de lui exposer plus particulièrement tes besoins, «le soir, le matin, ou à midi,» entre dans ton cabinet et fermes-en la porte. Choisis le lieu le plus retiré (seulement pas de négligence, sous prétexte que tu n'aurais ni cabinet ni lieu de retraite; prie si tu le peux, sans témoins, mais si tu ne le peux, ne manque pas de prier); répands ainsi tout ton coeur devant ton Père qui est dans le secret, et ton Père, qui te voit dans le lieu secret, te le rendra publiquement.

Mais «quand vous priez» même en secret «n'usez point de vaines redites, comme font les païens;» de vaines redites, c'est-à-dire de beaucoup de paroles sans aucun sens, la vaine répétition des mêmes choses. Ne pensez pas que le succès de vos prières dépende de leur longueur, comme font les païens : «car ils croient qu'ils seront exaucés en parlant beaucoup.»

Deux choses sont ici condamnées : non pas proprement la longueur des prières, pas plus que leur brièveté, mais d'abord: la longueur insipide, parler beaucoup avec peu ou point de pensées; l'usage, non pas de toute répétition (car le Seigneur lui-même pria trois fois répétant les mêmes paroles), mais de répétitions vaines comme celles des païens qui disent et redisent les noms de leurs dieux; comme celles des papistes et des chrétiens de nom qui récitent toujours les mêmes prières sans avoir le sentiment de ce qu'ils expriment; -- en second lieu, croire être exaucé en parlant beaucoup, s'imaginer que Dieu mesure les prières à leur longueur, et qu'il prend surtout plaisir à celles qui contiennent le plus de mots et qui résonnent le plus longtemps à ses oreilles. Ce sont là des traits de superstition et de folie que tous ceux qui portent le nom de Christ devraient bien laisser aux païens, sur lesquels n'a jamais brillé la glorieuse lumière de l'Évangile.

«Ne leur ressemblez donc pas.» Vous qui avez goûté la grâce de Dieu en Jésus-Christ, vous êtes pleinement persuadés que «votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous le lui demandiez;» et le but de vos prières n'est pas de l'en instruire, mais plutôt de vous instruire vous-mêmes, de fixer plus profondément dans vos coeurs le sentiment de vos besoins et de la dépendance où vous êtes sans cesse de Lui; ce n'est pas de l'incliner, Lui qui est toujours plus prompt à donner que vous à demander, mais plutôt de vous incliner vous-mêmes à recevoir volontiers et avec empressement les grâces qu'il vous a préparées.

III

Après avoir enseigné la vraie nature et le but de la prière, notre Seigneur joint l'exemple au précepte et nous donne ici surtout comme modèle (vous donc priez ainsi) cette forme divine de prière dont ailleurs (Lu 11:2), il commande aussi l'usage des propres termes.

Remarquons en général : 1° que cette prière contient tout ce que nous pouvons raisonnablement ou innocemment demander. De toutes les choses que nous avons besoin de demander à Dieu ou que, nous pouvons lui demander sans l'offenser, il n'en est aucune qui n'y soit directement ou indirectement comprise; 2° qu'elle contient tout ce que nous pouvons raisonnablement ou innocemment désirer : tout ce qui est pour la gloire de Dieu, tout ce qui peut être nécessaire ou utile, non seulement pour nous-mêmes, mais encore pour toute créature au ciel ou sur la terre. Et, dans le fait, nos prières sont la vraie pierre de touche de nos désirs. Ce qui ne peut avoir place dans nos désirs ne doit pas non plus avoir place dans nos prières. Remarquons, en troisième lieu, qu'elle contient tous nos devoirs envers Dieu et envers les hommes, exprimant ou impliquant nécessairement tout ce qui est pur et saint, tout ce que Dieu requiert des fils des hommes, tout ce qui est agréable à ses yeux, tout ce par quoi nous pouvons être utiles à notre prochain.

On peut y distinguer trois parties : l'introduction ou invocation, les demandes et la doxologie ou conclusion. L'invocation «Notre Père qui es aux cieux» pose le fondement de toute prière; car elle renferme ce qu'il nous faut savoir de Dieu pour le prier avec assurance, et elles nous indique dans quelles dispositions nous devons approcher de Dieu pour que nos prières, comme notre vie, lui soient agréables.

«Notre Père.» S'il est père, il est bon pour ses enfants; il les aime. C'est là la première, la grande raison pour prier. Dieu a la volonté de bénir : réclamons sa bénédiction. «Père,» c'est-à-dire Créateur : l'auteur de notre être, qui nous tira de la poudre de la terre, qui souffla en nous une respiration de vie, et nous fûmes faits âmes vivantes. Mais, puisqu'il nous a faits, prions, il ne refusera rien de bon à l'oeuvre de ses mains. «Père,» c'est-à-dire Conservateur : celui qui, jour par jour, soutient la vie qu'il a donnée, dont le constant amour nous donne à cette heure, comme à chaque moment, la vie, la respiration et toutes choses. Allons donc d'autant plus hardiment à Lui et «nous obtiendrons miséricorde, nous trouverons grâce et nous serons secourus dans le temps convenable.» «Père,» surtout Père de notre Seigneur Jésus-Christ et de tous ceux qui croient en Lui; «qui nous justifie gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus,» qui a «effacé tous nos péchés et guéri toutes nos infirmités,» qui nous a reçus pour ses enfants par adoption et par grâce; qui, parce que nous sommes enfants, a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son Fils, criant Abba, Père; qui nous a régénérés par une semence incorruptible et fait de nouvelles créatures en Jésus-Christ. C'est pourquoi nous savons qu'il nous exauce toujours ; c'est pourquoi nous le prions sans cesse. Parce que nous aimons, nous prions, et nous l'aimons «parce qu'il nous a aimés le premier.»

«Notre Père;» non pas seulement mon Père à moi qui maintenant le prie, mais notre Père, dans le sens le plus étendu : le Dieu et «Père des esprits» de toute chair, le Père des anges et des hommes (les païens mêmes le reconnaissaient pour tel), le Père de l'univers et de toutes les familles du ciel et de la terre.

Il n'y a donc chez lui «aucune acception de personnes.» Il aime tous ceux qu'il a faits.» Il est bon pour tous, et ses compassions s'étendent sur toutes ses oeuvres.» Et son affection, «il la met en ceux qui le craignent et qui s'attendent à sa bonté,» en ceux qui se confient en Lui par «le Fils de son amour,» sachant qu'ils sont acceptés dans le Bien-Aimé.» Mais si Dieu nous a ainsi aimés, aimons-nous les uns les autres, aimons tous les hommes, car «Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.»

«Qui es aux cieux;» haut et élevé. «Dieu sur toutes choses, béni éternellement,» qui de la voûte des cieux où tu es assis, contemples toutes choses au ciel et sur la terre, dont l'oeil embrasse toute la sphère des êtres créés et même de la nuit incréée, «à qui sont connues de toute éternité, d'éternité en éternité, toutes tes oeuvres «et toutes les oeuvres de toute créature, qui contrains les armées des cieux, aussi bien que les fils des hommes, à s'écrier pleins d'admiration et d'étonnement : ô profondeur ! «profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu !» «Qui es aux cieux,» toi le «Seigneur et le Maître,» qui surveilles et gouvernes toutes choses, toi le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul et bienheureux Potentat, toi qui es ceint de force pour faire tout ce qu'il te plaît, le Tout-Puissant. «Aux cieux,» dans les lieux les plus hauts. Le ciel est ton trône; c'est là surtout que réside ta gloire, mais non pas là seulement, car tu remplis le ciel et la terre, toute l'étendue de l'espace. Les cieux et la terre sont pleins de ta gloire. Gloire soit à toi, ô Dieu très-haut! «Servons donc l'Éternel avec crainte et réjouissons-nous avec tremblement.» Soit que nous parlions, pensions ou agissions, faisons-le toujours comme sous le regard et en la présence immédiate du Seigneur notre Roi.

«Ton nom soit sanctifié.» Voici la prière proprement dite ; et telle est la première des six demandes dont elle se compose. Le nom de Dieu, c'est Dieu lui-même, c'est sa nature en tant qu'elle peut être révélée à l'homme. Il embrasse donc, avec son existence, tous ses parfaits attributs : son éternité particulièrement signifiée par son nom incommunicable de Jéhovah; c'est-à-dire, comme le traduit l'apôtre Jean, «l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin, celui qui est, qui était et qui sera ;» son existence absolue et indépendante, exprimée par cet autre grand nom: «Je suis celui qui suis !» sa toute-présence, et sa toute-puissance, car il est le seul principe actif du monde matériel, inerte par lui-même, et la seule source de l'activité de toutes les créatures visibles ou invisibles qui n'agissent, et même n'existent que par l'impulsion incessante de sa toute-puissance. Ce nom comprend sa sagesse, clairement établie par l'ordre divin des choses visibles; sa trinité dans l'unité, et son unité dans la trinité, révélées dès la première ligne de la Bible (au commencement, Barah Eloïm, (Ge 1:1) littéralement, Dieux créa, un verbe au singulier avec un sujet pluriel), et confirmées par toute la suite de ses communications aux prophètes et aux apôtres; sa pureté, sa sainteté essentielles, et, par dessus tout, son amour qui est proprement la splendeur de sa gloire.»

Par ces mots «que ton nom soit sanctifié» ou glorifié, nous demandons que Dieu soit reconnu tel qu'il est par tous les êtres capables de le connaître et avec les sentiments qui conviennent à cette connaissance; en d'autres termes, qu'il soit dûment honoré, craint, aimé de tous, dans les cieux en haut et ici-bas sur la terre, par l'universalité des anges et des hommes que, dans ce but, il a créés capables de le connaître et de l'aimer pour l'éternité.

«Ton règne vienne.» Cette seconde demande est intimement liée à la première. Pour que le nom de Dieu soit sanctifié, nous demandons que son règne vienne. Ce règne vient pour une âme lorsqu'elle se repent et croit à l'Évangile, et lorsque Dieu lui enseigne à se connaître elle-même, puis à connaître Christ et Christ crucifié. Comme la vie éternelle, «c'est de connaître Dieu et Jésus-Christ qu'il a envoyé,» de même le royaume de Dieu est commencé sur la terre et établi dans le coeur du croyant, le Seigneur Dieu tout-puissant règne, alors qu'il est connu en Jésus-Christ. Il se revêt de son pouvoir vainqueur pour se soumettre toutes choses. Il entreprend et poursuit dans l'âme son oeuvre de conquête jusqu'à ce qu'il ait «tout mis sous ses pieds et amené toute pensée captive à l'obéissance de Christ.» Quand donc il donnera à son Fils «pour son héritage les nations et pour sa possession les bouts de la terre,» quand tous les royaumes s'inclineront devant lui et que tous les peuples le serviront, quand la montagne de la maison de l'Éternel, l'Église de Christ, sera établie par-dessus les montagnes, quand la plénitude des Gentils y sera entrée et que tout Israël sera sauvé, alors on verra que le Seigneur est Roi et qu'il s'est revêtu de magnificence, se montrant à toute âme d'homme comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Il sied à ceux qui «aiment son avènement,» de prier qu'Il hâte ce temps, afin que ce règne de grâce vienne promptement absorber tous les pouvoirs terrestres, et que tous les hommes le reçoivent pour roi, croient en son nom et soient ainsi remplis de justice, de joie et de paix de sainteté et de bonheur, jusqu'à ce que d'ici-bas ils soient transportés dans son royaume céleste pour y régner avec Lui aux siècles des siècles.

Car lorsque nous disons «que ton règne vienne,» nous avons en vue cette dernière fin, nous demandons ce royaume éternel, ce règne glorieux des cieux, qui est la suite et l'accomplissement du règne de grâce sur la terre. Et par conséquent, cette demande aussi bien que la précédente est offerte pour toutes les créatures intelligentes, qui sont toutes intéressées à ce grand avènement, à ce renouvellement final où Dieu mettant fin à la misère, au péché, aux infirmités, à la mort, ramenant tout sous son sceptre, établira le royaume qui doit durer dans tous les siècles.

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel;» c'est ce qui arrivera nécessairement partout où viendra le règne de Dieu, où Dieu habitera dans l'âme par la foi, où Christ régnera dans le coeur par l'amour.

Plusieurs, je le crois, ne voient dans ces paroles qu'une expression de résignation ou que le désir de se soumettre à la volonté de Dieu, quelle qu'elle puisse être. Et c'est là sans doute une disposition excellente, un don très précieux de la grâce. Mais ce n'est pas de cette disposition qu'il s'agit ici, au moins directement. C'est pour une conformité active bien plus que passive à sa volonté, que nous prions, quand nous disons : «Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.»

Comment est-elle faite, dans le ciel, par les anges dont les choeurs joyeux environnent son trône? Ils la font de bon cœur. Ils aiment ses commandements et prennent plaisir à ses paroles. C'est leur nourriture, leur breuvage que de lui obéir; c'est leur gloire et leur joie. lis la font continuellement; il n'y a pas d'interruption dans leur libre service. De nuit comme de jour et à toute heure (pour parler un langage humain, car dans l'éternité il n'est proprement question ni de jour, ni de nuit, ni d'heures), ils sont occupés sans relâche à accomplir ses commandements, à exécuter ses desseins et ses conseils. Ils la font parfaitement. Le péché leur est étranger. Il est vrai que «les étoiles ne sont pas pures devant Lui,» même les «étoiles du matin qui chantent de joie en sa présence;» devant Lui, c'est-à-dire comparés avec Lui, les anges mêmes ne sont pas purs. Mais ce n'est pas à dire qu'ils aient en eux-mêmes quelque impureté. Non, sans doute, Ils sont au contraire sans tâche, parfaitement dévoués à sa volonté et obéissants en toutes choses.

En d'autres termes, on peut dire que les anges de Dieu font sa volonté toute entière, qu'ils ne font rien d'autre, rien dont ils n'aient la pleine certitude que c'est sa volonté; que de plus, ils font ce que Dieu veut, comme il le veut, de la manière qui lui plaît et non d'une autre, enfin qu'il font sa volonté seulement parce que c'est sa volonté, c'est là la seule raison qui les fait agir; ils n'obéissent par aucun autre motif.

Ainsi donc, demander «que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel,» c'est demander que tous les habitants de la terre, que tous les membres de la famille humaine fassent la volonté de leur Père céleste aussi volontairement, aussi continuellement, aussi parfaitement que les saints anges, et que «le Dieu de paix par le sang de l'alliance éternelle les rende accomplis en toutes sortes de bonnes oeuvres, pour faire sa volonté» et qu'il fasse lui-même en eux tout «ce qui lui est agréable.»

Ou, en d'autres termes, c'est demander que nous et tous les hommes nous fassions toute la volonté de Dieu et rien de plus, que nous la fassions de la manière qu'il veut, et qu'enfin nous fassions cette volonté parce que c'est sa volonté, sans avoir d'autre raison, d'autre motif dans tout ce que nous pouvons faire, dire ou penser.

«Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien.» Ce qui précède était pour tous les hommes; maintenant nous prions pour nos propres besoins, sans que nous devions toutefois, même en ceci, prier exclusivement pour nous-mêmes, car cette demande et chacune des suivantes peut s'appliquer à tout le corps de Christ sur la terre.

Par «le pain» il faut comprendre tout ce qui est nécessaire tant pour nos âmes que pour nos corps. Nous ne l'entendons pas seulement du pain matériel, ou, comme dit le Seigneur, de «la nourriture qui périt,» mais bien plus encore du pain spirituel qui est la grâce de Dieu, ou «la viande permanente en vie éternelle.» Plusieurs des anciens Pères voyaient encore ici le pain de la sainte Cène, auquel participait chaque jour toute l'Église de Christ, et qui jusqu'à ce que «l'amour de plusieurs se fût refroidi,» fût considéré comme le grand canal par lequel son Esprit se communique à tous les enfants de Dieu.

«Notre pain quotidien.» Le mot grec que nous rendons par quotidien est diversement expliqué par les commentateurs: mais il paraît désigner ce qui est suffisant pour aujourd'hui et ainsi pour chaque jour successivement. C'est le sens le plus naturel et c'est ce qu'expriment les principales traductions.

«Donne-nous;» car c'est un don, une grâce et non un droit que nous réclamons. Nous ne méritons ni l'air qui nous fait vivre, ni la terre qui nous porte, ni le soleil, qui nous éclaire. Notre seul droit, nous l'avouons, c'est l'enfer. Mais Dieu nous aime d'un amour gratuit; c'est pourquoi nous le prions de nous donner ce que nous sommes aussi incapables de produire que de mériter de sa main.

Non que la bonté de Dieu ou sa puissance soit pour nous un motif de rester oisifs. Il veut plutôt qu'en toutes choses nous usions d'autant d'activité et nous employions d'aussi grands efforts que si notre succès devait être l'effet naturel de notre sagesse et de notre force; puis que nous attendions, comme n'ayant rien fait, toute bénédiction de «l'Auteur de tout don et de toute grâce excellente.»

«Aujourd'hui:» car nous n'avons pas à nous inquiéter du lendemain. C'est même dans ce but que notre Créateur tout sage a partagé le temps de notre vie en ces petites portions si distinctes, afin que chaque nouveau jour nous apparaisse comme le don nouveau d'une vie à consacrer à sa gloire et que chaque soirée soit pour nous comme une fin de vie au-delà de laquelle nous n'apercevions rien que l'éternité.

«Et pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.» Le péché étant le seul obstacle qui empêche les bontés de Dieu de se répandre sur toute créature, nous demandons maintenant que cet obstacle soit ôté pour que nous puissions attendre de Lui avec confiance toutes sortes de biens.

«Nos offenses.» Le texte dit proprement nos dettes, et cette manière de désigner nos péchés est fréquente dans les Écritures, chaque péché étant pour nous comme une nouvelle dette envers Dieu, à qui nous devons déjà, pour ainsi dire, «dix mille talents.» Que pourrons-nous donc lui répondre; s'il nous dit «Paie-moi ce que tu me dois?» Nous avons tout dépensé, il ne nous reste rien, nous sommes tout-à-fait, insolvables. Si donc Il voulait nous traiter suivant la rigueur de sa loi et les exigences, de sa justice, il devrait commander «qu'on nous liât pieds et mains et qu'on nous livrât aux exécuteurs des tourments.»

Par le fait nous sommes déjà liés pieds et mains par les chaînes de nos péchés. Ce sont là, par rapport à nous-mêmes, des chaînes de fer, des entraves d'airain. Ce sont des blessures dont le monde, la chair et le diable nous ont tout meurtris et déchirés. Ce sont des maladies qui épuisent notre sang et nos forces et qui nous entraînent aux régions du sépulcre. Mais considérés comme ils le sont ici, par rapport à Dieu, ce sont des dettes immenses et sans nombre. Nous sommes insolvables. Ah ! crions donc à Lui pour qu'il nous quitte gratuitement le tout.

«Pardonne-nous.» L'expression du texte implique à la fois pardon et délivrance. Ces deux choses, en effet, sont dans une telle relation que si nous obtenons la première, la seconde suit d'elle-même; si nos dettes nous sont quittées, les chaînes tombent de nos mains. Dès que par la grâce de Dieu en Christ nous recevons le pardon des péchés, nous recevons aussi une part avec ceux que sanctifie la foi en Lui. Le péché a perdu sa force. Il n'a «plus de domination sur ceux qui sont sous la grâce.» Puisqu'il «n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ,» ils sont affranchis du péché aussi bien que de la culpabilité. «La justice de la loi est accomplie en eux» et «ils ne marchent plus selon la chair, mais selon l'esprit.»

«Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.» Ici le Seigneur dit clairement à quelle condition et dans quel degré nous pouvons attendre le pardon de Dieu. Nos transgressions et péchés nous sont pardonnés si nous pardonnons, et comme nous pardonnons aux autres. Ce point est de la plus haute importance; et notre Seigneur tient si fort à nous l'inculquer et à ce que nous ne le perdions jamais de vue, que, non content de l'avoir inséré dans la prière même, il le répète deux fois aussitôt après. «Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs offenses, votre Père ne vous pardonnera pas non plus les vôtres. (Mat 5:14,15)» Ou bien il vous pardonnera comme vous aurez pardonné. En sorte que s'il reste quelque malice ou quelque amertume, quelque levain d'aigreur ou de colère, si ce n'est pas du fond du coeur, clairement, pleinement, que nous pardonnons les fautes du prochain, nous restreignons d'autant le pardon des nôtres. Dieu ne peut nous pardonner pleinement, et lors même qu'il nous montre quelque degré de miséricorde, nous ne lui permettons pas «d'effacer tous nos péchés et de pardonner toutes nos iniquités.»

Mais s'il en est ainsi, que devient alors cette prière dans notre bouche quand nous l'offrons à Dieu sans pardonner du coeur à notre prochain ses offenses? Ce n'est rien moins qu'un défi ouvert par lequel nous bravons ses plus terribles jugements. «Pardonne-nous comme nous pardonnons,» c'est-à-dire, pour parler net : ne nous pardonne pas du tout; ne nous fais point de grâce ! Nous désirons que tu te souviennes de nos péchés et que ta colère demeure sur nous! Mais y pensez-vous, d'offrir à Dieu une telle prière? Et il ne vous a pas encore jetés en enfer ! Oh ! ne le tentez pas plus longtemps ! Dés maintenant, dès cette heure, par sa grâce, pardonnez comme vous voulez qu'il vous pardonne ! Dès cette heure, aie pitié de ton compagnon de service comme Dieu a eu et veut avoir pitié de toi !

«Et ne nous induis point en tentation, mais délivre-nous du malin.» «Ne nous induis point en tentation.» Le mot grec traduit par tentation signifie proprement une épreuve. Tel est aussi quelquefois le sens du mot dans notre langue, quoique plus souvent il exprime la sollicitation au mal. Saint Jacques l'emploie dans les deux sens. Dans le premier, quand il dit : «Heureux l'homme qui endure la tentation, car quand il aura été éprouvé» et trouvé fidèle «il recevra la couronne de vie. » Mais il ajoute aussitôt dans le second : «Que personne ne dise, lorsqu'il est tenté, c'est Dieu qui me tente; car, comme Dieu ne peut être tenté par aucun mal, aussi ne tente-t-il personne; mais chacun est tenté quand il est attiré (ou entraîné loin de Dieu) et amorcé par sa propre convoitise,» comme le poisson se laisse prendre par l'appât. C'est quand il est ainsi entraîné et amorcé qu'il entre proprement en tentation. C'est alors que la tentation le couvre comme une nuée et se répand sur toute son âme. Oh ! qu'il est difficile alors qu'il échappe ! C'est pourquoi nous supplions Dieu de ne pas «nous induire en tentation,» c'est-à-dire, «puisqu'il ne tente personne,» de ne pas souffrir que nous y soyons induits.

«Mais délivre-nous du malin,» du méchant. C'est ainsi qu'est désigné, dans un sens particulier, le «Prince et le Dieu de ce monde,» qui «agit avec puissance dans les enfants de rébellion.» Mais tous ceux qui, par la foi, sont enfants de Dieu, sont arrachés de ses mains. Il peut les attaquer et il le fera; mais il ne saurait les vaincre, à moins qu'ils ne trahissent leurs propres âmes. Il peut les tourmenter pour un temps, mais non les détruire; car ils ont Dieu pour eux qui ne manquera pas de «venger» à la fin «ses élus qui crient à Lui jour et nuit.» Seigneur! quand nous sommes tentés, ne permets pas que nous entrions en tentation ! Fraie-nous toi-même une porte d'issue, de sorte que le malin ne nous touche point!

La conclusion de cette divine prière, communément appelée doxologie, est une action de grâces solennelle, une confession sommaire des attributs et des oeuvres de Dieu, «car à Toi est le règne,» la souveraineté sur toutes tes oeuvres passées, présentes et futures; car «ton royaume est un royaume éternel et ta domination est d'âge en âge «la puissance,» la force par laquelle cette souveraineté s'exerce dans ton royaume éternel, par laquelle tu fais ce qu'il te plaît dans tous les lieux de ton empire; «et la gloire,» la louange que te doit toute créature pour ta puissance, pour la force de ton royaume et pour toutes les oeuvres merveilleuses que tu opères depuis l'éternité et que tu opéreras toujours, «aux siècles des siècles.» Amen! Ainsi soit-il!