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Le Sermon sur la Montagne, discours 4

Tous droits réservés.
Edition numérique © Yves Petrakian, Juillet 2003




« Vous êtes le sel de la terre; mais si le sel pend sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne vaut plus rien qu'à être jeté dehors et à être foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde; une ville située sur une montagne ne peut être cachée ; Et on n'allume point une chandelle pour la mettre sous un boisseau, mais on la met sur un chandelier et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les Cieux. » (Mat 5:13-16)




La beauté de la sainteté, de cet homme intérieur qui vit dans un coeur renouvelé à l'image de Dieu, doit nécessairement frapper tout oeil que Dieu a ouvert, toute intelligence qu'il a éclairée. L'ornement d'un coeur doux, humble et aimant doit attirer au moins l'approbation de ceux qui sont capables, à quelque degré, de discerner le bien et le mal spirituels. Dès le moment où les hommes commencent à sortir des ténèbres qui couvrent le monde insouciant et étourdi, ils ne peuvent que s'apercevoir combien c'est une chose désirable d'être ainsi transformés à l'image de Celui qui nous a créés. Cette religion intérieure porte si visiblement l'empreinte de Dieu, qu'une âme ne peut douter de sa ressemblance divine, à moins d'être totalement plongée dans le péché. Nous pouvons dire de cette religion, dans un sens secondaire, ce qui est dit du Fils de Dieu lui-même; elle est «la splendeur de la gloire du Seigneur et l'image empreinte de sa personne;» le rayonnement de sa gloire éternelle, si adouci cependant et si modéré, que même les enfants des hommes peuvent ici voir Dieu et vivre. Elle est la marque caractéristique, l'empreinte vivante de la personne de Celui qui est la source de la beauté et de l'amour, l'origine de toute excellence et de toute perfection.

Si donc la religion ne consistait qu'en cela, les hommes dont nous parlons ne pourraient douter de son excellence, ils ne feraient aucune difficulté de la chercher de toute l'ardeur de leur âme. Mais pourquoi, disent-ils, est-elle embarrassée d'autres choses? Quelle nécessité de la surcharger d'oeuvres et de souffrances C'est là ce qui ramollit la vigueur de l'âme et la fait retomber vers la terre. N'est-ce pas assez de «s'étudier à la charité,» de planer sur les ailes de l'amour? Ne peut-il suffire d'adorer Dieu, qui est Esprit, avec l'esprit et l'entendement, sans nous encombrer de choses extérieures et même sans y songer du tout? Ne vaut-il pas mieux que toutes nos pensées soient absorbées par de hautes et célestes contemplations, et que sans nous préoccuper de ce qui est extérieur, nous ayons seulement communion avec Dieu dans nos coeurs?

C'est ainsi qu'ont parlé plusieurs hommes éminents, nous donnant le conseil de cesser toute action extérieure, de nous retirer absolument du monde, de laisser en arrière notre corps; de nous séparer totalement des objets des sens; de ne plus nous inquiéter de la religion extérieure, mais de pratiquer toutes les vertus dans notre volonté, comme étant de beaucoup la voie la plus excellente, la plus profitable aux progrès de notre âme et la plus agréable à Dieu.

Il n'était pas besoin de signaler à notre Sauveur ce chef-d'oeuvre de la sagesse d'en bas, la plus belle de toutes les inventions au moyen desquelles Satan ait jamais perverti les voies droites de notre Seigneur. Et quels instruments n'a-t-il pas su mettre ainsi à son service, en différents temps, pour manier cette grande arme de l'enfer contre quelqu'une des plus importantes vérités de Dieu! -- des hommes qui auraient pu «séduire les élus mêmes, s'il était possible,» des hommes de foi et d'amour, qui, pour un temps, en ont séduit et entraîné un grand nombre, à toutes les époques, les faisant tomber dans ce piége doré dont ils n'ont échappé qu'à grand' peine, y laissant tout, sauf leur vie.

Mais le Seigneur a-t-il négligé de nous prémunir suffisamment contre cette agréable séduction? Ne nous a-t-il pas fourni une armure à l'épreuve des coups de Satan «transformé en ange de lumière?» Oui, certainement; de la manière la plus claire et la plus forte, il commande ici la religion d'activité et de souffrance qu'il vient de décrire. Qu'y a-t-il de plus complet et de plus simple que les paroles qui suivent immédiatement ce qu'il vient de dire des oeuvres et des souffrances?

«Vous êtes te sel de la terre, mais si le sel perd sa saveur, avec, quoi la lui rendra-t-on? Il ne vaut plus rien qu'à être jeté dehors et à être foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde; une ville située sur une montagne ne peut être cachée, et on n'allume point une chandelle pour la mettre sous un boisseau, mais on la met sur un chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et qu'ils glorifient votre. Père qui est dans les cieux.»

Pour expliquer complètement ces paroles importantes et leur donner toute leur force, je tâcherai de montrer d'abord que le christianisme est essentiellement une religion sociale et que le changer en une religion solitaire, c'est le détruire; -- secondement : que cacher cette religion est aussi impossible que contraire aux intentions de son Auteur. -- Je répondrai, en troisième lieu, à quelques objections, et je terminerai par une application pratique.

Premièrement, je veux montrer que le christianisme est essentiellement une religion sociale, et que le transformer en une religion solitaire c'est, en réalité, le détruire.

Par christianisme, j'entends cette manière d'adorer Dieu, qui est révélée à l'homme par Jésus-Christ. Quand je dis que c'est essentiellement une religion sociale, je veux dire non seulement qu'elle ne peut subsister aussi bien sans société, mais même qu'elle ne peut pas subsister du tout, sans que l'on vive et que l'on converse avec d'autres hommes; pour le montrer, je me bornerai aux considérations qui découlent du discours même qui nous occupe; et, si je prouve ce point, il sera indubitablement établi que faire du christianisme une religion solitaire, c'est le détruire.

Ce n'est pas que nous voulions condamner d'aucune manière l'habitude de passer fréquemment de la société dans la solitude ou la retraite. C'est là une chose non seulement permise, mais convenable et même nécessaire, comme le témoigne l'expérience de chaque ,jour, pour tout homme qui est déjà ou désire être réellement chrétien. Il est presque impossible que nous puissions passer une journée en rapports continuels avec les hommes, sans souffrir quelque perte dans nos âmes, et sans attrister en quelque mesure le Saint-Esprit de Dieu. Nous avons besoin, chaque jour, de nous retirer du monde, au moins chaque matin et chaque soir, pour converser avec Dieu, pour communiquer plus librement avec notre Père, qui est dans le secret. Et même un homme d'expérience ne peut condamner des temps de retraite plus prolongés, en tant qu'ils n'impliquent aucune négligence des devoirs attachés à la position dans laquelle la Providence de Dieu nous a placés dans le monde.

Mais cette retraite ne doit pas absorber tout notre temps; ce serait détruire et non avancer la vraie religion; car, que la religion décrite par notre Seigneur dans tes paroles précédentes ne puisse subsister sans société, sans que l'on vive et que l'on converse avec les autres hommes, c'est ce qui est manifeste par cette considération, que plusieurs de ses branches les plus essentielles n'ont aucune raison d'être, si nous n'avons point de relations avec le monde.

Il n'y a point de disposition, par exemple, plus essentielle au christianisme que la débonnaireté. Or, quoique cette disposition, en tant qu'elle comprend la résignation à la volonté de Dieu ou la patience dans la douleur et la maladie, puisse subsister dans un désert, dans la cellule d'un ermite, dans une solitude complète; cependant, en tant qu'elle comprend tout aussi nécessairement la douceur, l'affabilité, le long support, elle ne peut exister, elle n'a de place sous le ciel que lorsque nous avons des relations avec d'autres hommes; en sorte qu'essayer de la transformer en une vertu solitaire, c'est par le fait, l'effacer de dessus la terre.

Une autre branche également nécessaire du vrai christianisme, c'est le désir de procurer la paix, de faire du bien. Le plus fort argument que l'on puisse présenter pour établir que c'est là un caractère tout aussi essentiel qu'aucune autre partie de la religion de Jésus-Christ; -- c'est que notre Seigneur l'a inséré ici dans ce plan qu'il nous a tracé des principes fondamentaux de sa religion. Mettre de côté ce caractère, serait donc insulter tout aussi audacieusement à l'autorité de notre souverain Maître, que de rejeter la miséricorde, la pureté de coeur, ou toute autre partie de la religion qu'il a instituée. Mais ce caractère du christianisme est évidemment mis de côté par ceux qui nous appellent au désert, qui recommandent la solitude complète aux petits enfants et aux jeunes gens, aussi bien qu'aux pères en Christ. Car, qui voudra soutenir qu'un chrétien solitaire -- (comme on dit, quoique ce ne soit guère moins qu'une contradiction dans les termes) -- puisse être un homme miséricordieux, c'est-à-dire un homme qui saisit toute occasion de faire toute sorte de bien à tous ses semblables? N'est-il pas de la dernière évidence que cette partie fondamentale de la religion de Jésus-Christ ne peut absolument subsister sans société, sans que l'on vive et que l'on converse avec les autres hommes?

«Mais ne vaut-il pas mieux,» demandera naturellement quelqu'un, «ne vivre qu'avec des gens de bien, avec ceux-là seulement que nous savons être débonnaires et miséricordieux, saints de coeur et saints de vie? Ne vaut-il pas mieux éviter toute conversation et tout rapport avec des hommes, d'un caractère opposé, qui n'obéissent, qui ne croient peut-être point à l'Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ?» Le conseil que saint Paul adresse aux chrétiens de Corinthe, peut sembler favorable à ce point de vue : «je vous ai écrit dans ma lettre de n'avoir aucune communication avec les impudiques (1Co 5:9).» Et sans aucun doute, on ne peut conseiller à personne de s'allier aux impudiques ou à tout autre ouvrier d'iniquité, pour avoir avec eux une familiarité particulière ou une amitié intime. Contracter ou conserver de l'intimité avec de telles personnes ne peut, en aucune manière, être convenable pour un chrétien; ces relations l'exposeraient nécessairement à une foule de piéges et de dangers, dont il ne pourrait avec raison espérer d'être délivré.

Mais l'apôtre ne nous défend point absolument tout rapport avec les hommes qui ne connaissent pas Dieu «Autrement, dit-il, il vous faudrait sortir du monde;» ce qu'il ne pourrait jamais leur conseiller. Mais il ajoute: «si quelqu'un qui se nomme frère,» qui fait profession d'être chrétien, «est impudique, ou avare, ou idolâtre, ou médisant, ou ivrogne, ou ravisseur,» je vous ai écrit de ne point vous associer avec lui, et même de ne pas «manger avec un tel homme.» Ce qui implique nécessairement la rupture de toute familiarité, de toute intimité avec lui. «Toutefois,» dit ailleurs l'apôtre (2Th 3:15), «ne le regardez pas comme un ennemi, mais avertissez le comme un frère,» montrant clairement par là que, même dans un cas pareil, nous ne devons pas renoncer à toute relation avec lui. Il n'y a donc ici aucune recommandation de nous séparer complètement des méchants, et ces paroles mêmes nous enseignent précisément le contraire.

Combien plus trouvons-nous encore le même enseignement dans les paroles de Jésus ! Il est si loin de nous commander de rompre tout commerce avec le monde, que même d'après son exposition du christianisme, sans ces relations nous ne pouvons pas être chrétiens du tout. Il serait aisé de montrer qu'il est absolument nécessaire d'entretenir quelques rapports même avec les méchants et les impies afin de mettre pleinement en action toutes les dispositions qui nous sont dépeintes comme la voie du royaume, et que cela est indispensable à l'exercice complet de la pauvreté d'esprit, de l'affliction, et de tous les sentiments qui ont leur place marquée dans la vraie religion de Jésus-Christ. Cela est indispensable à l'existence même de plusieurs de ces dispositions; par exemple, de cette débonnaireté, qui au lieu d'exiger «oeil pour oeil, dent pour dent,» ne résiste point au mal, mais plutôt «si quelqu'un frappe à la joue droite, présente aussi l'autre;» -- de cette miséricorde par laquelle nous aimons nos ennemis, nous bénissons ceux qui nous maudissent, nous faisons du bien à ceux qui nous haïssent et nous prions pour ceux qui nous outragent et nous persécutent; -- et enfin à l'existence de ce mélange d'amour et de saintes dispositions qu'exerce et développe la souffrance endurée pour la cause de la justice. Bien évidemment, toutes ces vertus ne pourraient exister, si nous ne devions avoir de commerce qu'avec de vrais chrétiens.

Et véritablement, si nous devions nous séparer complètement des pécheurs, comment nous serait-il possible de répondre à ce caractère que nous attribue notre Seigneur dans ces paroles : Vous chrétiens, vous qui êtes humbles, doux et sérieux, vous qui avez faim et soif de la ,justice, de cet amour de Dieu et de l'homme qui fait du bien à tous et qui supporte le mal, «vous êtes le sel de la terre.» C'est dans votre nature même d'assaisonner tout ce qui vous entoure. C'est dans la nature de la saveur divine qui est en vous, de se communiquer à tout ce que vous touchez, de se répandre de toutes parts sur tous ceux au milieu desquels vous vivez. C'est là le grand motif pour lequel la providence de Dieu vous a tellement mêlés aux autres hommes, afin que toute grâce que vous recevez de Dieu puisse être, par votre moyen, communiquée aux autres; que toutes vos saintes dispositions, que toutes vos paroles et vos oeuvres puissent aussi avoir de l'influence sur les autres hommes. Par ce moyen, sera arrêtée dans une certaine mesure la corruption qui est dans le monde, et une petite portion de l'humanité, au moins, pourra être sauvée de la contagion générale et rendue sainte et pure devant Dieu.

Afin de nous exciter à répandre partout, avec plus de zèle, le sel de la sainteté, notre Seigneur nous montre l'état déplorable de ceux qui ne communiquent pas la religion qu'ils ont reçue, ce que, à la vérité, ils ne peuvent manquer de faire, aussi longtemps qu'elle demeure dans leur coeur. «Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne vaut plus rien qu'à être jeté dehors et à être foulé aux pieds par les hommes.» Si vous qui étiez saints et célestes, et par conséquent zélés pour les bonnes oeuvres, n'avez plus ce sel en vous-mêmes, et ne pouvez donc plus le communiquer aux autres, si vous êtes devenus insipides, insouciants sur votre salut et inutiles aux autres, avec quoi vous salera-t-on? Comment recouvrer votre piété? Quelle ressource y a-t-il pour vous? Quelle espérance? Le sel qui a perdu sa saveur, peut-il la recouvrer? Non, il ne «vaut plus rien qu'à être jeté dehors, comme la boue dans les rues, et foulé aux pieds par les hommes;» c'est ainsi que le chrétien qui a perdu le sel de la sainteté s'expose à être couvert d'une infamie éternelle. Si vous n'aviez jamais connu le Seigneur, si vous n'aviez point été unis à lui, il pourrait y avoir de l'espérance; mais que pouvez-vous répondre à cette déclaration solennelle, tout-à-fait parallèle à celle que nous venons d'entendre? Le Père retranche «tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi. Celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit. Si quelqu'un ne demeure pas en moi» ou ne porte pas de fruit, il sera jeté dehors comme le sarment; il sèche, puis on le ramasse,» non pour le replanter, mais «pour le jeter au feu (Jea 15:2,5,6).»

Sans doute, Dieu est rempli de pitié et de miséricorde envers ceux qui n'ont jamais goûté la bonne parole. Mais la justice seule se dresse devant ceux qui ont goûté que le Seigneur est bon, et qui se sont ensuite détournés du saint commandement qui leur avait été donné. «Car il est impossible que. ceux qui ont été une fois illuminés (Heb 6:4 et suiv.),» dans les coeurs desquels Dieu a une fois fait briller sa lumière, pour les éclairer par la connaissance de la gloire de Dieu en la présence de Jésus-Christ; «qui ont goûté te don céleste» de la rédemption par son sang et du pardon des péchés; «et qui ont été fait participants du Saint-Esprit,» de l'humilité, de la douceur, de l'amour de Dieu et des hommes, répandus dans leurs coeurs par le Saint-Esprit qui leur a été donné; «s'ils retombent» (dans l'original il n'y a pas une supposition, mais la déclaration pure et simple d'un fait), «soient renouvelés à la repentance, puisque, autant qu'il est en eux, ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu et l'exposent à l'ignominie.»

Mais pour que personne ne puisse se méprendre sur le sens de cette terrible déclaration, il faut remarquer soigneusement quels sont ceux dont il est ici parlé, savoir ceux et ceux-là seulement qui ont goûté le don céleste et qui ont été faits ainsi participants du Saint-Esprit, de sorte que tous ceux qui n'ont point expérimenté ces choses, ont ici complètement hors de question. -- Quelle est cette rechute dont il est ici parlé? C'est une apostasie absolue et complète. Un croyant peut tomber sans cependant tomber aussi profondément que l'indique l'Apôtre; il peut tomber et se relever encore, et s'il tombe même dans le péché, son état, quelque terrible qu'il soit, n'est pas désespéré. Car «nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le Juste, et c'est lui qui est la propitiation pour nos péchés.» Mais surtout qu'il prenne garde de peur que son coeur «ne s'endurcisse par la séduction du péché;» de peur qu'il ne s'enfonce de plus en plus dans le mal, jusqu'à ce qu'il soit complètement retombé, et devenu comme le sel qui a perdu sa saveur. «Car, si nous péchons ainsi volontairement après avoir reçu la connaissance expérimentale de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, et il n'y a plus rien à attendre qu'un jugement terrible et un feu ardent qui doit dévorer les adversaires.»

Mais en admettant que nous ne devons pas nous séparer complètement des hommes du monde, et que nous sommes appelés à leur communiquer le sel de la piété que Dieu a produite dans nos coeurs, cependant ne pouvons-nous le faire d'une manière insensible? Ne pouvons-nous point exercer sur eux cette sainte influence d'une manière secrète et presque imperceptible, en sorte qu'on pourra à peine reconnaître quand et comment elle agit, -- de même que le sel donne sa saveur aux choses qu'il assaisonne, sans bruit et sans rien qui attire l'attention? Et si cela peut se faire, quoique nous ne sortions pas du monde, nous pouvons cependant y demeurer cachés, gardant ainsi notre religion pour nous-mêmes, sans offenser ceux que nous ne pouvons secourir.

Ces plausibles raisonnements de la chair et du sang ne pouvaient échapper à notre Sauveur, et il en a donné une complète réfutation dans les paroles qui nous restent à examiner. En les expliquant, je m'efforcerai de montrer, comme je me suis proposé de le faire, en second lieu, qu'aussi longtemps que la vraie religion demeure dans nos coeurs, la cacher, est aussi impossible qu'absolument contraire aux intentions de son grand Auteur.

Et, d'abord, il est impossible, pour quiconque la possède, de cacher la religion de Jésus-Christ. Notre Seigneur met cette vérité au-dessus de toute contradiction par une double comparaison : «Vous êtes la lumière du monde. Une ville, située sur une montagne, ne peut être cachée.» Vous chrétiens, vous êtes la lumière du monde, soit par vos dispositions, soit par vos actions. Votre sainteté vous rend aussi remarquables que le soleil au milieu du ciel. Comme vous ne pouvez sortir du monde, vous ne pouvez non plus y demeurer sans exciter l'attention de toute l'humanité. Vous ne pouvez fuir loin des hommes, et, pendant que vous vivez au milieu d'eux, il est impossible de cacher votre humilité, votre douceur, et tous les autres sentiments par lesquels vous aspirez à être parfaits comme votre Père qui est dans les cieux est parfait. L'amour ne peut pas plus se cacher que la lumière, surtout quand il se manifeste par l'action, quand vous vous exercez au travail de l'amour, à toute sorte de bienfaisance; on pourrait tout autant songer à cacher une ville qu'un chrétien; oui, on pourrait tout aussi bien cacher une ville située sur une montagne qu'un ami de Dieu et de l'homme, saint, zélé et actif.

Il est vrai que les hommes qui aiment mieux les ténèbres que la lumière, parce que leurs oeuvres sont mauvaises, feront tout ce qu'ils pourront pour prouver que la lumière qui est en vous n'est que ténèbres. Ils diront du mal, toute sorte de mal, faussement contre vous; ils vous accuseront de l'impossible, de ce qui est précisément l'opposé de tout ce que vous êtes et de tout ce que vous faites. Mais votre patiente persévérance dans le bien, votre support débonnaire de toutes choses pour l'amour du Seigneur, votre joie calme et humble au milieu des persécutions, vos efforts infatigables pour surmonter le mal par le bien, ne vous rendront que plus visibles et plus remarquables que vous ne l'étiez déjà.

Tant il est impossible d'empêcher que notre religion ne soit vue, à moins de la jeter au loin! Tant il est inutile de songer à cacher la lumière, à moins de l'éteindre! A coup sûr, une religion secrète et inaperçue ne peut être la religion de Jésus-Christ; toute religion qu'on peut cacher, n'est pas le christianisme. Si un chrétien pouvait se cacher, il ne pourrait plus se comparer à une ville située sur une montagne, à la lumière du monde, au soleil qui brille du haut des cieux et qui est vu par tout le monde ici-bas. Que la pensée de cacher cette lumière n'entre donc jamais dans le coeur de celui que Dieu a renouvelé dans son esprit et dans son entendement, qu'il ne songe pas à garder sa religion pour lui-même; qu'il considère qu'il est non seulement impossible de cacher le vrai christianisme, mais aussi qu'un pareil dessein est absolument contraire à l'intention de son divin Fondateur.

C'est ce qui ressort clairement des paroles suivantes «On n'allume point une chandelle pour la mettre sous un boisseau;» c'est comme s'il avait dit : De même que les hommes n'allument point une chandelle pour la couvrir et la cacher, de même Dieu n'illumine point une âme par sa glorieuse connaissance et son amour, afin qu'on cache et qu'on dissimule cette lumière, soit par une fausse prudence, soit par honte ou par humilité volontaire, afin qu'on la cache, soit dans un désert, soit dans le monde, en évitant les hommes ou en conversant avec eux. «Mais on met la chandelle sur un chandelier et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.» De la même manière, c'est l'intention de Dieu que tout chrétien soit exposé aux regards, afin qu'il puisse manifester visiblement la religion de Jésus-Christ.

C'est ainsi que dans tous les temps Dieu a parlé au monde, non seulement par des préceptes, mais aussi par des exemples. Il ne s'est laissé sans témoins dans aucune des nations auxquelles l'Évangile est parvenu, sans quelques hommes qui aient rendu témoignage à sa vérité par leurs vies aussi bien que par leurs paroles. Ils ont été «comme des lampes qui éclairaient dans des lieux obscurs;» et, de temps en temps, ils ont été les moyens d'en éclairer quelques autres, de conserver un résidu, une petite postérité qui a été comptée parmi ceux qui servent le Seigneur. Ils ont retiré quelques pauvres brebis des ténèbres du monde et ont guidé leurs pas dans le chemin de la paix.

On pourrait s'imaginer que, lorsque l'Écriture et la raison s'accordent à parler d'une manière si claire et si expresse, il est difficile de leur opposer quoi que ce soit, au moins avec quelque apparence de vérité. Mais ceux qui pensent ainsi, connaissent peu les profondeurs de Satan. En dépit de l'Écriture et de la raison, il y a des prétextes si plausibles en faveur d'une religion solitaire, et de la fuite du chrétien loin du monde, ou au moins pour qu'il se cache au milieu du monde, qu'il nous faut toute la sagesse de Dieu pour discerner le piège, et toute sa puissance pour y échapper, tant sont nombreuses et fortes les objections qu'on élève contre un christianisme social, actif et qui se montre à découvert.

Répondre à ces objections, c'est le troisième point que je me suis proposé. Et, d'abord, on a souvent objecté que la religion ne consiste point dans l'extérieur, mais dans le coeur, dans le fond de l'âme; que c'est l'union de l'âme avec Dieu, la vie de Dieu dans l'âme de l'homme; que toute cette piété du dehors est sans valeur, vu que Dieu «ne prend point plaisir aux sacrifices,» au service extérieur, mais qu'un coeur pur et saint est le sacrifice que Dieu ne méprise point.

Je réponds : Il est très vrai que c'est dans le coeur, dans le fond de l'âme que se trouve la racine de la religion; qu'elle est l'union de l'âme avec Dieu, la vie de Dieu dans l'âme de l'homme. Mais si cette racine est réellement dans le coeur, il ne peut se faire qu'elle ne pousse des branches. Ces branches sont les diverses parties de l'obéissance extérieure, qui sont de la même nature que la racine et qui, par conséquent, sont non seulement des marques et des indices, mais encore des parties essentielles de la piété.

Il est vrai aussi qu'une religion simplement extérieure, qui n'a point de racines dans le coeur, n'est d'aucune valeur; que Dieu ne prend point plaisir à un tel service extérieur, pas plus qu'aux sacrifices juifs, et qu'un coeur saint et pur est le sacrifice auquel il prend toujours plaisir. Mais il prend aussi plaisir à tout service extérieur qui part du coeur, au sacrifice de nos prières, soit en public, soit en particulier, de nos louanges et de nos actions de grâces; a u sacrifice de nos biens, consacrés humblement et sans réserve à son service et à sa gloire; au sacrifice de nos corps, qu'il réclame en particulier, et que l'apôtre nous exhorte «par les compassions de Dieu, à lui offrir en sacrifice vivant, saint, et qui lui soit agréable.»

Une seconde objection, liée de près à la première, c'est que l'amour est tout en tous; qu'il est l'accomplissement de la loi, «le but du commandement,» de tout commandement de Dieu; que tout ce que nous faisons, tout ce que nous souffrons, si nous n'avons pas la charité ou l'amour, ne nous sert de rien; et que c'est pour cela que l'apôtre nous enseigne à nous «étudier à la charité,» ce qu'il appelle«la voie la plus excellente.»

Je réponds qu'il est indubitable que l'amour de Dieu et des hommes, provenant d'une foi sincère, est tout en tous, qu'il est l'accomplissement de la loi, le but de tout commandement de Dieu; il est vrai que, sans l'amour, tout ce que nous pouvons faire ou souffrir ne nous sert de rien. Mais il ne s'ensuit pas que l'amour soit tout, dans ce sens qu'il pourrait remplacer la foi ou les bonnes oeuvres. Il est «l'accomplissement de la loi,» non parce qu'il nous en débarrasse, mais parce qu'il nous contraint de lui obéir. Il est «le but du commandement,» parce que tout commandement y aboutit comme vers un centre. Sans aucun doute, tout ce que nous pouvons faire ou souffrir, sans amour, ne nous sert de rien; mais néanmoins rien de ce que nous faisons ou souffrons avec amour, ne fût-ce que d'endurer l'opprobre de Christ, ou de donner un verre d'eau froide en son nom, ne perdra sa récompense.

Mais l'apôtre ne nous dit-il pas de nous «étudier à la charité?» N'est-ce pas ce qu'il appelle «la voie la plus excellente?» -- Il est vrai qu'il nous ordonne de nous étudier à la charité, mais non pas à la charité seule. Ses paroles sont: «Etudiez-vous à la charité; désirez aussi avec ardeur les dons spirituels (1Co 14:1).» Oui, étudiez-vous à la charité et désirez de vous dépenser pour vos frères; étudiez-vous à la charité; et selon que vous en avez l'occasion, faites du bien à tous les hommes.

Dans le même verset où il désigne le chemin de l'amour comme «la voie la plus excellente,» il engage les Corinthiens à désirer, en outre, d'autres dons et même à les désirer avec ardeur. «Désirez avec ardeur, dit-il, des dons plus utiles, et je vais vous montrer la voie la plus excellente (1Co 12:31).» Plus excellente sans doute que les dons de guérir, de parler diverses langues, d'interpréter, qu'il mentionne dans les versets précédents, mais non pas plus excellente que la voie de l'obéissance. De celle-là, l'apôtre ne parle point, pas plus qu'il ne parle d'aucun acte extérieur de la religion, en sorte que ce texte est complètement étranger à la question actuelle.

Mais, même à supposer que l'apôtre ait voulu parler de la religion extérieure aussi bien que de la religion intérieure, et les comparer ensemble; à supposer que dans la comparaison, il ait hautement donné la préférence à la seconde sur la première; à supposer qu'il eût préféré, comme il le pouvait justement, un coeur aimant à quelque oeuvre extérieure que ce fût, il ne s'ensuivrait pas que nous dussions rejeter l'une ou l'autre de ces deux parties de la religion. Non, Dieu les a inséparablement unies dès le commencement du monde, et que l'homme ne sépare point ce que Dieu a uni.

Mais, «Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité.» Cela ne suffit-il point? Ne devons-nous pas appliquer à ce culte spirituel toute la force de notre âme? Cette préoccupation des choses extérieures, n'est-elle pas pour l'âme un embarras qui l'empêche de s'élever à de saintes contemplations? Ne ramollit-elle pas la vigueur de nos pensées? N'a-t-elle pas une tendance naturelle à surcharger et à distraire l'esprit? tandis que saint Paul «voudrait que nous fussions sans inquiétude, et attachés au service du Seigneur sans distraction.»

Je réponds : «Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité.» Cela est vrai, cela suffit, et nous devons employer à ce service toute la force de nos âmes. Mais je demanderai : Qu'est-ce donc qu'adorer Dieu, qui est Esprit, en esprit et en vérité? C'est sans doute l'adorer avec notre esprit, le servir d'une manière dont les esprits seuls sont capables. C'est croire en lui, comme en un être sage, juste et saint, dont les yeux sont trop purs pour voir le mal, et cependant pitoyable, miséricordieux, tardif à colère, pardonnant l'iniquité, le crime et le péché, jetant tous nos péchés loin de lui, et nous acceptant en son bien-aimé; c'est l'aimer, prendre plaisir en lui, le désirer de tout notre coeur, de toute notre pensée, de toute notre âme et de toute notre force; c'est imiter celui que nous aimons, en nous purifiant comme lui aussi est pur; c'est obéir à celui que nous aimons et en qui nous croyons, dans nos pensées, dans nos paroles, et dans nos actions. Par conséquent, l'une des parties du service que nous devons lui offrir et qui consiste à l'adorer en esprit et en vérité, c'est de garder ses commandements extérieurs. Ainsi donc, le glorifier dans nos corps aussi bien que dans nos esprits, accomplir nos oeuvres extérieures avec des coeurs élevés vers lui, faire de notre travail journalier un sacrifice à Dieu, acheter et vendre, manger et boire en vue; de sa gloire,- - c'est là adorer Dieu en esprit et en vérité, tout autant que de le prier dans un désert.

La contemplation n'est donc qu'une des manières de servir Dieu en esprit et en vérité. Nous y abandonner complètement, ce serait annuler plusieurs parties du culte spirituel, qui sont toutes également agréables à Dieu et également profitables à nos âmes, loin de leur être nuisibles. Car c'est une grande méprise de supposer que l'attention que réclament les oeuvres extérieures auxquelles la Providence de Dieu nous appelle, soit un embarras pour le chrétien et qu'elle l'empêche de chercher constamment Celui qui est invisible. L'ardeur de sa pensée n'en est pas refroidie; son esprit n'en est ni encombré ni distrait : il n'en éprouve aucune inquiétude pénible ou nuisible, lorsqu'il fait tout en vue du Seigneur, lorsqu'il a appris à tout faire, soit en paroles soit en oeuvres, au nom du Seigneur Jésus, ayant un seul des yeux de son âme occupé de suivre les choses extérieures, et l'autre immuablement fixé sur Dieu. Apprenez à connaître cette vie, vous pauvres reclus, afin que vous puissiez discerner clairement la petitesse de votre foi; et cessez de juger les autres par vous-mêmes, allez apprendre ce que signifie ceci :

«C'est toi, Seigneur, qui, dans ton tendre amour, portes toi-même tous mes fardeaux, qui élèves mon coeur vers les biens d'en haut et l'y tiens toujours fixé. Calme, je suis assis sur la roue du tumulte, seul au milieu de la multitude bruyante et affairée, attendant paisiblement à tes pieds jusqu'à ce que toute ta volonté soit accomplie.»

Mais la grande objection reste encore : «Nous en appelons, dit-on, à l'expérience. Notre lumière a brillé devant les hommes; pendant de longues années nous avons mis en oeuvres les moyens extérieurs, et ils ne nous ont servi de rien. Nous avons usé de toutes les ordonnances prescrites, mais sans nous en trouver mieux. Au contraire, nous étions pires, car nous nous imaginions être chrétiens à cause de ces oeuvres, tandis que nous ne savions même pas ce que signifie le christianisme.»

Je l'accorde; vous et des milliers d'autres, vous avez ainsi abusé des ordonnances de Dieu, confondant les moyens avec le but, supposant que l'accomplissement de telle ou telle oeuvre extérieure était la religion de Jésus-Christ ou pouvait la remplacer. Mais que l'abus disparaisse et que l'usage légitime demeure. Usez maintenant des moyens extérieurs, mais usez-en, ayant constamment en vue le renouvellement de votre âme dans la justice et la sainteté véritables.

Mais ce n'est pas tout; l'expérience montre également, affirment-ils, qu'essayer de faire du bien, c'est perdre sa peine. A quoi sert-il de nourrir ou de vêtir les corps des hommes, s'ils vont tomber dans le feu éternel? Et quel bien peut-on faire à leurs âmes? Si elles sont régénérées, c'est Dieu seul qui le fait. D'ailleurs tous les hommes sont ou bons, (au moins désireux de l'être,) ou obstinément méchants. Or, les premiers n'ont aucun besoin de nous; qu'ils demandent du secours à Dieu et ils l'obtiendront; quant aux seconds, ils refuseront toute aide de notre part; d'ailleurs, notre Seigneur lui-même nous défend «de jeter nos perles devant les pourceaux.»

Je réponds : 1° qu'ils soient finalement perdus ou sauvés, vous avez reçu le commandement exprès de nourrir ceux qui ont faim et de couvrir ceux qui sont nus. Si, pouvant le faire, vous ne le faites pas, quel que puisse être leur sort, le vôtre sera d'être jetés dans le feu éternel. 2° Quoique Dieu seul puisse changer les coeurs, c'est cependant généralement par le moyen de l'homme qu'il le fait. Notre part à nous, c'est d'accomplir la tâche qui nous est confiée, avec autant de zèle que si nous pouvions changer les coeurs nous-mêmes, et puis d'abandonner à Dieu le résultat. 3° Dieu, en réponse aux prières de ses enfants, les fait croître l'un par l'autre dans tous les dons de sa grâce; il nourrit et fortifie «tout le corps, par la liaison de ses parties qui communiquent les unes aux autres,» de sorte que «l'oeil ne peut pas dire à la main : je n'ai pas besoin de toi; ni aussi la tête aux pieds : je n'ai pas besoin de vous.» Enfin, comment savez-vous que les personnes auxquelles vous avez à faire sont des chiens ou des pourceaux? Ne les jugez pas d'avance. Que sais-tu, ô homme, si tu ne sauveras point ton frère? si comme instrument de Dieu tu ne sauveras point son âme de la mort? Quand il aura repoussé ton amour et blasphémé contre la bonne parole, il sera temps alors de t'abandonner à Dieu.

Nous avons essayé, ajoute-t-on; nous avons travaillé à réformer les pécheurs, et qu'avons-nous gagné? Il en est beaucoup sur lesquels nous n'avons pu faire aucune impression; et si quelques-uns se sont amendés pour un temps, leur piété n'a été que comme la rosée du matin, et bientôt ils sont redevenus aussi méchants et même pires qu'auparavant. En sorte que nous n'avons réussi qu'à leur faire du mal et à nous aussi, car nos esprits étaient troublés et découragés, peut-être même remplis de colère au lieu d'amour. Nous aurions donc mieux fait de garder notre religion pour nous-mêmes.»

Il est très possible qu'il en soit ainsi, que vous ayez essayé de faire du bien et que vous n'ayez pas réussi; il est très possible que ceux qui semblaient corrigés, se soient replongés dans le péché et que leur dernier état soit pire que le premier. Mais qu'y a-t-il là d'étonnant? Le serviteur est-il au-dessus de son Maître? Que de fois ne s'est-il pas efforcé de sauver les pécheurs, et ils ont refusé de l'écouter, ou, après l'avoir suivi pour un temps, ils sont retournés comme le chien à son vomissement! mais il n'a point cessé pour cela de s'efforcer de faire du bien; et vous ne devez pas cesser non plus, quel que soit votre succès. A vous de faire ce qui vous est commandé; le résultat est entre les mains de Dieu. Vous n'en êtes point responsables, laissez-le à Celui qui règle toutes choses avec justice. «Sème ta semence dès le matin, et ne laisse pas reposer tes mains le soir, car tu ne sais pas lequel réussira le mieux (Ecc 11:6).»

Mais ces tentatives agitent et inquiètent vos âmes. Peut-être ont-elles eu cet effet par cela même que vous vous êtes crus responsables du résultat, tandis qu'aucun homme ne l'est ni ne peut l'être; il se peut encore que vous n'ayez pas été sur vos gardes, vous n'avez pas veillé sur votre propre coeur. Mais ce n'est pas là une raison de désobéir à Dieu. Essayez de nouveau, mais essayez avec plus de prudence qu'auparavant. Faites le bien, comme vous devez pardonner, «non pas sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois.» Seulement que l'expérience vous rende plus sages; que chaque fois vos tentatives soient de plus en plus circonspectes. Soyez plus humbles devant Dieu, plus intimement convaincus que de vous-mêmes vous ne pouvez rien faire. Surveillez avec plus de soin votre propre esprit; soyez plus doux, plus vigilants dans la prière: Alors «jette ton pain sur la face des eaux, et après plusieurs jours tu le trouveras.»

Nonobstant tous ces prétextes plausibles, pour cacher votre piété, «que votre lumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.» C'est là l'application pratique que notre Seigneur lui-même fait des considérations précédentes.

«Que votre lumière luise ainsi,» -- votre humilité de coeur, votre douceur, votre sagesse, votre souci sérieux et profond pour les choses de l'éternité, et votre affliction sur les péchés et les misères des hommes; votre désir ardent de posséder l'entière sainteté et le parfait bonheur en Dieu; votre tendre bienveillance pour toute l'humanité et votre amour fervent pour votre Bienfaiteur suprême. Ne cherchez pas à cacher cette lumière, dont Dieu a éclairé votre âme, mais qu'elle luise devant les hommes, devant tous ceux au milieu desquels vous vivez, dans toutes vos conversations; qu'elle brille encore plus dans vos actions, dans tout le bien que vous pourrez faire à tous les hommes, enfin dans vos souffrances pour la justice, au milieu desquelles vous devez vous «réjouir et tressaillir de joie, sachant que votre récompense sera grande dans les cieux.»

«Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres;» -- tant un chrétien doit être loin d'avoir l'intention ou le désir de cacher sa piété! Au contraire, que votre désir soit, non de la cacher, non de la mettre sous un boisseau, mais de la mettre «sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.» Prenez garde seulement de ne pas chercher en cela votre propre gloire, de ne désirer aucun honneur pour vous-mêmes. Mais que votre seul but soit que ceux qui voient vos bonnes oeuvres puissent «glorifier votre Père qui est dans les cieux.»

Que ce soit là votre but unique et final en toutes choses. Avec cette réserve, soyez simples, francs, sans déguisement; que votre amour soit sans dissimulation; pourquoi cacher un amour pur et désintéressé? Qu'aucune fraude ne soit trouvée dans votre bouche; que vos paroles soient l'image sincère de votre coeur; qu'il n'y ait ni obscurité ni réserve dans votre conversation, ni déguisement dans votre conduite. Laissez cela à ceux qui ont d'autres desseins, des desseins qui ne peuvent supporter la lumière. Soyez simples et sans art devant les hommes, afin que tous puissent voir la grâce de Dieu qui est en vous. Et si quelques-uns endurcissent leurs coeurs, d'autres s'apercevront que vous avez été avec Jésus, et en retournant eux-mêmes au grand Évêque de leurs âmes, ils «glorifieront votre Père qui est dans les cieux.»

Avec ce seul objet en vue, la glorification de Dieu en vous par vos semblables, avancez en son nom et dans sa force toute puissante. N'ayez pas même honte d'être seul, pourvu que ce soit dans les voies de Dieu. Que la lumière qui est dans votre coeur brille en toute sorte de bonnes oeuvres, oeuvres de piété et oeuvres de miséricorde; et, afin d'accroître vos moyens de faire le bien, renoncez à toute superfluité, retranchez toute dépense inutile dans votre nourriture, votre ameublement, votre costume. Soyez un bon économe de tous les dons de Dieu, même de ses dons inférieurs. Renoncez à tout emploi de temps qui n'est pas nécessaire, retranchez toute occupation inutile ou frivole, et «fais selon ton pouvoir, tout ce que tu auras moyen de faire.» En un mot, sois rempli de foi et d'amour, fais le bien, supporte le mal, et en suivant cette voie «sois ferme, inébranlable, abondant toujours dans l'oeuvre du Seigneur, sachant que ton travail ne sera pas vain auprès du Seigneur.»