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Le grand privilège de ceux qui sont nés de Dieu

Tous droits réservés.
Edition numérique © Yves Petrakian, Juillet 2003




« Quiconque est né de Dieu ne fait point le péché. » (1 Jn 3: 9)



On a souvent supposé qu'être né de Dieu et être justifié c'est tout un ; que les mots de justification et de nouvelle naissance ne sont que des désignations différentes d'une seule et même chose ; puisqu'il est certain, d'un côté, que quiconque est justifié est aussi né de Dieu ; et de l'autre, que quiconque est né de Dieu est aussi justifié ; et que ces deux grâces de Dieu sont données simultanément au croyant. A l'instant où ses péchés sont effacés, il est aussi né de nouveau.

Mais bien qu'il soit reconnu que la justification et la nouvelle naissance sont inséparables quant au temps, il est pourtant facile de les distinguer et de reconnaître que ce sont deux choses très différentes quant à leur nature. La justification n'implique qu'un changement relatif, la nouvelle naissance implique un changement réel. En nous justifiant, Dieu fait quelque chose pour nous ; en nous régénérant il fait l'oeuvre en nous. La justification change nos relations avec Lui, en sorte que d'ennemis nous devenons enfants ; la nouvelle naissance change le fond de notre âme, en sorte que de pécheurs nous devenons saints. Celle-là nous rend la faveur de Dieu, celle-ci son image. L'une ôte la coulpe, l'autre la puissance du péché : ainsi donc, unies quant au temps, elles n'en sont pas moins pleinement distinctes.

Bien des auteurs qui ont traité ce sujet sont tombés dans les idées les plus confuses pour n'avoir pas discerné combien est grande la différence entre la nouvelle naissance et la justification, surtout lorsqu'ils ont voulu expliquer et définir le grand privilège que l'apôtre attribue ici aux enfants de Dieu :

«Quiconque est né de Dieu ne fait point le péché.» Pour nous faire une juste idée de ce privilège, il peut être nécessaire de considérer : 1 ° quel est le vrai sens de cette expression : «Quiconque est né de Dieu ;» puis 2° de rechercher dans quel sens l'apôtre dit : «qu'il ne fait point le péché.»

I

Considérons d'abord quel est le vrai sens de cette expression : «Quiconque est né de Dieu.» L'idée générale que nous en donnent tous les passages de l'Ecriture où elle se trouve, c'est que cette expression ne désigne pas seulement le baptême, ou un changement extérieur quelconque, mais qu'elle suppose un grand changement intérieur, opéré dans l'âme par la puissance du Saint-Esprit; un changement dans toute notre manière d'être ; car, du moment que nous sommes nés de Dieu, les conditions de notre vie sont changées; nous sommes, pour ainsi dire, dans un monde nouveau.

Le choix même de cette expression se comprend facilement. Quand ce grand changement s'opère, on peut dire, à proprement parler, que nous naissons de nouveau, tant est grande la ressemblance entre les circonstances de la naissance naturelle et celles de la naissance spirituelle. Cette ressemblance est telle que considérer les circonstances de la naissance naturelle est le moyen le plus simple de comprendre la naissance spirituelle.

L'enfant qui n'est point encore né subsiste, il est vrai, par l'air. aussi bien que tout être vivant, mais il ne le sent pas plus qu'il ne sent autre chose, si ce n'est d'une façon très imparfaite. Il n'entend que peu ou point, les organes de l'ouïe étant encore fermés. Il ne voit rien, car ses yeux sont fermés et il est environné d'épaisses ténèbres. A mesure que le temps de sa naissance approche, il y a, sans doute, en lui quelques mouvements qui le distinguent d'une masse inerte ; mais les sens lui manquent; ces avenues de l'âme sont encore tout entièrement fermées. Il n'a, en conséquence, presque aucun rapport avec ce monde visible, ni aucune connaissance, aucune conception, aucune idée des choses qui s'y passent.

S'il est étranger au monde visible, ce n'est pas qu'il en soit éloigné (il en est très près : il en est entouré dé tous côtés) ; mais, c'est d'un côté, parce qu'il est privé des sens qui, en s'éveillant dans l'âme, peuvent seuls le mettre, en communication avec le monde matériel, et de l'autre à cause de ce voile épais qui l'en sépare et à travers lequel il ne peut rien distinguer.

Mais l'enfant n'est pas plutôt venu au monde, qu'il entre dans une existence toute nouvelle. Il sent maintenant l'air qui l'environne et qui, a chaque expiration, se répand en lui de tous côtés, pour entretenir la flamme de la vie : et il en tire un accroissement continuel de force, de mouvement, de sensations; ses sens physiques étant tous éveillés maintenant et mis en rapport avec leurs objets.

Ses yeux sont maintenant ouverts pour saisir la lumière qui, l'inondant silencieusement, lui fait connaître, en se manifestant elle-même, une variété infinie d'objets qui lui étaient naguère entièrement inconnus. Ses oreilles sont ouvertes et les sons les plus divers y retentissent. Chaque sens est exercé sur ce qui lui convient ; et le monde visible pénétrant librement par ces avenues de l'âme, elle acquiert de plus en plus la connaissance des choses sensibles, de toutes les choses qui sont sous le soleil.

Il en est de même de la naissance de l'enfant de Dieu. Avant que ce grand changement s'opère, quoique subsistant par Celui «en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être,» il ne discerne point Dieu, il n'a pas le sentiment, la conscience intime de sa présence. Il n'a point conscience de ce divin souffle de vie, sans lequel il ne pourrait subsister un moment ; et les choses de Dieu lui sont étrangères et ne font aucune impression sur son âme. Dieu ne cesse de l'appeler d'en haut, mais il n'entend point : «comme l'aspic sourd qui n'écoute point la voix des enchanteurs, du charmeur expert en charmes.» Il ne voit point les choses de l'esprit de Dieu ; car les yeux de son entendement sont fermés et son âme entière est couverte et environnée de ténèbres. Il peut sans doute avoir quelques lueurs, quelques faibles commencements de mouvement et de vie spirituelle ; mais n'ayant point encore les sens spirituels qui seuls peuvent lui faire saisir les choses spirituelles, il ne «discerne point les choses de l'Esprit de Dieu ;» «et il ne peut les connaître, parce que c'est spirituellement qu'on en juge.»

De là vient qu'il est presque absolument étranger au monde invisible et qu'il en soupçonne à peine l'existence. Non qu'il en soit éloigné, il en est, au contraire, enveloppé, environné de toutes parts. L'autre monde, comme on l'appelle, n'est pas loin de chacun de nous : il est au-dessus, au-dessous de nous et à nos côtés, mais il est vrai que l'homme naturel ne le discerne point; soit parce qu'il lui manque les sens spirituels, par lesquels seuls on discerne les choses de Dieu : soit à cause du voile épais qui l'en sépare et qu'il ne peut percer.

Mais quand il est né de Dieu, né de l'Esprit, comme les conditions de son existence sont changées ! Son âme entière sent et discerne Dieu, et il peut dire, par une sûre expérience : «Tu m'environnes, soit que je marche, soit que je m'arrête ;» je te retrouve dans toutes tes voies ; «tu me tiens serré par derrière et par-devant, et tu as mis sur moi ta main.» Le souffle de Dieu pénètre immédiatement dans l'âme; nouvellement née ; et ce souffle de Dieu retournes à Dieu; sans cesse reçu par la foi, sans cesse il retourne à Dieu par l'amour, par la prière, la louange, l'action de grâces ; car l'amour, la louange, la prière, sont le souffle de toute âme vraiment née de Dieu. Et par cette respiration d'un nouveau genre qui entretient la vie spirituelle, cette même vie s'accroît; jour après jour, avec la force, le mouvement, la sensibilité spirituelle, tous les sens de l'âme étant maintenant éveillés et capables de discerner ce qui est bien ou mal spirituellement.

Les yeux de son entendement» sont «ouverts maintenant, et «il voit Celui qui est invisible.» Il voit «quelle est l'infinie grandeur de sa puissance» et de son amour envers ceux qui croient. Il voit que Dieu est miséricordieux envers lui, qu'il est réconcilié par le Fils de son amour. Il discerne clairement et l'amour par lequel Dieu pardonne et toutes «ses grandes et précieuses promesses». «Dieu qui, au commencement, dit que la lumière sortît des ténèbres, a répandu et répand «sa lumière» dans son coeur, pour «l'éclairer de la connaissance de la gloire de Dieu, en la face de Jésus-Christ.» Maintenant les ténèbres sont passées et il demeure dans la lumière de la face de Dieu.

Ses oreilles sont ouvertes maintenant, et Dieu ne l'appelle plus en vain. Il entend, il suit la vocation céleste, il connaît la voix de son Berger. Tous ses sens spirituels étant éveillés, il est positivement en relation avec le monde invisible, et sans cesse il fait de nouveaux progrès dans la connaissance des choses qu'il n'était point entré dans son coeur de concevoir. Il sait maintenant ce qu'est la paix de Dieu, ce qu'est la joie du Saint-Esprit, ce qu'est l'amour de Dieu répandu dans les coeurs de ceux qui croient en Lui par Jésus-Christ. Débarrassé du voile qui interceptait auparavant la lumière et la voix, la connaissance et l'amour de Dieu, celui qui est né de l'Esprit demeure dans l'amour; «il demeure en Dieu et Dieu en lui.»

II

Après avoir vu ce que signifie cette expression : «quiconque est né de Dieu,» il nous reste, en second lieu, à examiner en quel sens l'apôtre dit que «celui qui est né de Dieu ne fait point le péché.»

Or celui qui est né de Dieu, de la manière que nous avons décrite, qui continuellement reçoit de Dieu dans son âme le souffle de vie, l'influence de l'Esprit de grâce, et qui la reporte continuellement vers Dieu; celui qui croit et qui aime, qui, par la foi, a le sentiment continuel de l'action de Dieu sur son esprit, et, par une sorte de réaction spirituelle, lui rend incessamment cette grâce en amour, en louanges, en prières ; celui-là seulement ne fait point de péché «pendant qu'il se conserve ainsi» lui-même ; mais tant que cette «semence demeure en lui, il ne peut pécher, parce qu'il est né de Dieu.»

Par le péché j'entends ici le péché extérieur, dans le sens ordinaire du mot; une transgression actuelle et volontaire de la loi, de la loi révélée et écrite, de tout commandement de Dieu, reconnu pour tel au moment même où on le transgresse. Mais quiconque est né de Dieu, tant qu'il demeure dans la foi et dans l'amour, dans l'esprit de prière et d'action de grâces, ne commet ni ne peut commettre ainsi le péché. Tant que, de cette manière, il est dans la foi et dans l'amour de Dieu par Christ, et qu'il répand son âme en sa présence, il ne peut transgresser volontairement aucun commandement de Dieu ; cette semence qui demeure en lui, cette foi qui produit l'amour, la prière, l'action de grâces, l'oblige à s'abstenir de choses qu'il sait être une abomination devant Dieu.

Mais ici se présente immédiatement une difficulté, une difficulté telle que plusieurs l'ont trouvée insurmontable, et qu'elle les a induits à nier la claire affirmation de l'apôtre et à faire bon marché du privilège des enfants de Dieu.

En effet, nous voyons ceux que nous ne pouvons nier avoir été vraiment nés de Dieu (puisque l'Esprit de Dieu dans sa parole leur a rendu son témoignage infaillible) ; nous les voyons non seulement pouvoir commettre, mais commettre réellement le péché et même des péchés grossiers. Nous les voyons transgresser des lois divines claires et manifestes, en disant ou faisant ce qu'ils savaient être défendu de Dieu.

Ainsi David était incontestablement né de Dieu, avant d'être oint roi sur Israël. Il savait en qui il avait cru ; «il était fort dans la foi, donnant gloire à Dieu.» «L'Eternel est mon berger» dit-il, «je n'aurai point de disette. Il me fait reposer dans les parcs herbeux et il me conduit le long des eaux tranquilles. Même quand je marcherai par la vallée de l'ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi (Ps 23)». Il était rempli d'amour et il s'écrie : «Je veux t'aimer, mon Dieu, ma force. Le Seigneur est mon rocher, la corne de mon salut et mon refuge (Ps 18:1,2)». C'était un homme de prière, qui répandait son âme en tout temps devant son Dieu, il abondait dans la louange et les actions de grâces: «Ta louange,» dit-il, «sera continuellement dans ma bouche (Ps 34:1)» ; «tu es mon Dieu fort, je te célébrerai; tu es mon Dieu, je t'exalterai (Ps 118:28).» Il était né de Dieu, et pourtant il put commettre, il commit le péché; que dis-je ? l'horrible péché d'adultère et de meurtre.

Même après que le Saint-Esprit eut été plus abondamment répandu et que «la vie et l'immortalité eurent été manifestées par l'Evangile,» nous trouvons encore de pareils exemples écrits, sans doute, pour notre instruction. Ainsi celui qui (probablement pour avoir vendu ses biens et en avoir appliqué le prix au soulagement de ses frères) fut surnommé par les apôtres eux-mêmes Barnabas, c'est-à-dire fils de consolation (Act 4:36,37), qui était si estimé à Antioche, qu'il fut choisi d'entre tous les disciples pour porter avec Saul les aumônes destinées aux frères de Judée (Act 11:29,30) ; ce Barnabas qui, à son retour de Judée, fut mis à part solennellement par le Saint-Esprit, d'entre les autres prophètes et docteurs, «pour l'oeuvre à laquelle Dieu l'avait appelé (Act 13:1,4)» pour accompagner parmi les Gentils, le grand apôtre, et pour être, en tout lieu, son compagnon d'oeuvre, fut néanmoins si peu conciliant dans la contestation qu'il eut avec Paul au sujet de Jean surnommé Marc, qui les avaient quittés dès la Pamphylie et ne les avait pas accompagnés dans l'oeuvre, qu'il abandonna lui-même cette oeuvre pour prendre Marc, et fit voile pour l'île de Chypre, quittant celui à qui il avait été associé par une direction si immédiate du Saint-Esprit (Act 15:35,39).

Mais l'exemple que Paul nous rapporte dans l'Épître aux Galates est encore plus étonnant que ceux-là. «Quand Pierre,» nous dit-il, «vint à Antioche,» -- Pierre, déjà avancé en âge, le zélé Pierre, le premier des apôtres, est l'un de ces trois qui avait été distingués par le Seigneur, -- «je lui résistai en face, parce qu'il méritait d'être repris. Car avant que quelques-uns fussent venus de la part de Jacques, il mangeait avec les Gentils: -- les païens convertis, ayant été spécialement enseigné de Dieu qu'il ne devait «tenir aucun homme pour impur ou souillé (Act 10:28).» -- «Mais dès qu'ils furent venus, il se retira et se sépara des Gentils, craignant ceux de la circoncision. Et les autres Juifs usaient aussi de la même dissimulation que lui, de sorte que Barnabas même se laissait entraîner à dissimuler comme eux. Mais quand je vis qu'ils ne marchaient pas de droit pied selon la vérité de l'Evangile, je dis à Pierre, en présence de tous : Si toi qui es Juif, vis comme les Gentils et non comme les Juifs» - non selon les prescriptions extérieures de la loi, «pourquoi obliges-tu les Gentils à judaïser (Gal 2:11) ?» Nous avons donc ici un péché évident, incontestable, commis par un homme qui était sans aucun doute enfant de Dieu. Mais comment concilier cela avec le sens littéral de cette assertion de saint Jean, que «celui qui est né de Dieu ne fait point le péché ?»

Je réponds : Ce que nous avons déjà avancé, c'est qu'aussi longtemps que «celui qui est né de Dieu se conserve lui-même» -- (et il le peut par la grâce de Dieu) -- «le malin ne le touche point;» mais que s'il ne se conserve pas lui même, s'il ne demeure pas dans la foi, il peut pécher aussi bien qu'un autre homme. Il est dès lors aisé de comprendre comment, malgré la chute de tel de ces enfants de Dieu, la grande vérité déclarée par l'apôtre demeure ferme et inébranlable. Il ne se conserva point par cette grâce qui lui était suffisante pour se garder. Il tomba par degrés, d'abord dans un péché intérieur négatif, ne «rallumant» pas «le don de Dieu» qui était en lui, négligeant de veiller, de prier et de «courir vers le prix de sa vocation céleste ;» puis dans un péché intérieur positif, inclinant vers le mal, ouvrant son coeur à quelque mauvais penchant, perdant bientôt sa foi, sa vue du pardon et de la grâce de Dieu, et par suite son amour ; alors devenu faible comme un autre homme, il put commettre même le péché extérieur et grossier.

Appliquons ceci à l'exemple de David. David était né de Dieu, et par la foi, il voyait Dieu. Il l'aimait en sincérité. Il pouvait vraiment dire : «Quel autre que toi ai-je au ciel ? Voici, je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en toi.» Mais il y avait toujours dans son coeur cette corruption de nature qui est la semence de tout mal.

«Il se promenait sur la plate-forme du palais royal (2Sa 11:2),» louant, peut-être, le Dieu qu'aimait son âme, quand ses regards tombèrent sur Bathscébah. Ici s'élève une tentation, une pensée tendant au mal. L'Esprit de Dieu ne manque pas de l'en convaincre il distingue, sans doute, cette voix bien connue, mais il ne chasse point cette pensée, et la tentation commence à le dominer. Son esprit en est souillé; il voit encore Dieu, mais déjà plus obscurément. Il l'aime encore, mais non pas au même degré, ni avec la même ardeur. Cependant l'Esprit de Dieu, quoique contristé, continue à le reprendre ; et sa voix, quoique toujours plus faible, lui dit encore tout bas : «Le péché est à la porte ; regarde vers moi et sois sauvé !» Mais fermant l'oreille, il regarde, non point vers Dieu, mais vers l'objet défendu, jusqu'à ce qu'enfin la nature l'emporte sur la grâce et allume la convoitise dans son âme.

L'oeil de son âme se referme maintenant, et Dieu disparaît. La foi, communication divine et surnaturelle avec Dieu, et l'amour de Dieu, cessent en même temps ; il se précipite comme un coursier dans la bataille, et, de gaîté de coeur, il commet le péché grossier.

Vous voyez ici le passage graduel de la grâce au péché : la semence divine et victorieuse de la foi et de l'amour demeure dans l'homme qui est né de Dieu. Par la grâce, «il se garde lui-même et ne peut faire le péché.» Une tentation s'élève ; que ce soit du monde, de la chair ou du diable, peu importe. L'Esprit de Dieu l'avertit que le péché est à la porte et lui recommande plus expressément la vigilance et la prière. Il cède, en quelque mesure, à la tentation qui commence à lui plaire. Il a contristé le Saint-Esprit, sa foi devient plus faible et son amour se refroidit. L'Esprit le reprend avec plus de force : «C'est ici le chemin, marches-y.» Il se détourne de cette voix qui le blesse et prête l'oreille à la voix du tentateur qui lui plaît. La convoitise naît et grandit dans son âme jusqu'à en chasser la foi et l'amour ; dès lors il est capable de commettre le péché grossier ; car Dieu s'est retiré de lui.

Prenons un autre exemple : l'apôtre Pierre était rempli de foi et du Saint-Esprit ; et par là se conservant lui-même, il avait une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes.

Marchant ainsi dans la simplicité et dans la sincérité devant Dieu, «il mangeait avec les Gentils avant que des messagers vinssent de la part de Jacques,» sachant que rien de ce que Dieu a purifié n'est impur ou souillé.

Mais «lorsqu'ils furent venus,» la tentation s'éleva en lui «de craindre ceux de la circoncision» (c'est-à-dire les Juifs convertis qui étaient zélés pour la circoncision et les autres rites mosaïques) et d'estimer la faveur et la gloire venant de ces hommes plus que la gloire de Dieu.

L'Esprit de Dieu l'avertit de l'approche du péché; néanmoins il céda, en quelque mesure, à cette crainte coupable, et sa foi et son amour furent en proportion affaiblis.

Dieu lui reprocha de donner lieu au diable; mais refusant d'écouter le bon Berger, il s'abandonna à cette crainte servile et éteignit l'Esprit.

Dieu disparut alors, la foi et l'amour s'éteignirent, et il commit le péché extérieur: ne marchant pas «de droit pied, selon la vérité de l'Evangile,» il se sépara de ses frères en Christ, et par son exemple, si ce n'est même par ses avis, il contraignit les Gentils de judaïser, de se remettre de nouveau sous ce joug de servitude dont Jésus-Christ les avait affranchis. Il est donc incontestable que celui qui est né de Dieu, se gardant lui-même, ne commet ni ne peut commettre le péché ; et néanmoins, s'il ne se garde point lui-même, il peut commettre, de gaîté de coeur, toutes sortes de péchés.

III

Des considérations qui précèdent, nous pouvons apprendre :

1 ° à résoudre une question qui a souvent embarrassé des âmes sincères. Le péché précède-t-il ou suit-il la perte de la foi ? Un enfant de Dieu perd-il sa foi pour avoir péché ? Ou faut-il qu'il perde sa foi avant de pouvoir pécher ? -- Je réponds : Il faut bien que quelque péché d'omission, pour le moins, précède la perte de la foi ; quelque péché intérieur : mais le péché extérieur ne peut être commis que s'il a perdu la foi.

Plus un croyant examinera son coeur, plus il sera convaincu que la foi, opérant par la charité, exclut tout péché, intérieur ou extérieur, de l'âme qui veille et prie. Mais qu'alors même nous sommes sujets à la tentation, surtout du côté des péchés qui nous enveloppaient autrefois aisément ; que si l'oeil de l'âme se fixe avec amour sur Dieu, la tentation s'évanouit bientôt ; mais que si, au contraire, comme le dit saint Jacques, nous sommes «tirés et amorcés» loin de Dieu «par notre propre; convoitise,» la convoitise, après avoir conçu; enfante le péché, et ayant, par ce péché intérieur, détruit notre foi, elle nous précipite si bien dans les pièges du diable, que nous sommes capables de commettre toutes sortes de péchés extérieurs.

2° Nous pouvons apprendre, en second lieu, de ce qui a été dit, ce qu'est la, vie de Dieu dans l'âme d'un croyant ; en quoi elle consiste et ce qu'elle suppose nécessairement. Elle suppose nécessairement l'inspiration continue du Saint-Esprit; la pénétration du souffle de Dieu dans l'âme et le retour continuel de ce souffle vers Dieu ; une action continuelle de Dieu sur l'âme et la réaction de l'âme sur Dieu ; la présence non interrompue du Dieu d'amour; manifestée au coeur et perçue par la foi, et un retour non interrompu d'amour, de louanges et de prières, par lequel nous offrons toutes nos pensées, nos affections, nos paroles et nos oeuvres, en sacrifice saint et agréable à Dieu par Jésus-Christ.

Et c'est ce qui nous montre : 3° l'absolue nécessité de cette, réaction de l'âme (s'il nous est permis de l'appeler ainsi) pour que la vie divine s'y maintienne. Car il est évident que Dieu ne continue pas à agir sur l'âme; si l'âme ne réagit sur Dieu. Il nous prévient sans doute par les marques de sa bonté. Il nous aime le premier et se manifeste à nous. Quand nous sommes encore loin, il nous appelle, et fait luire sur nous sa lumière. Mais si nous n'aimons point alors Celui qui nous aima, le premier, si nous n'écoutons pas sa voix, si nous détournons de lui nos yeux, pour ne point voir la, lumière qu'il répand sur nous, son Esprit ne conteste point toujours; il se retire par degrés et nous abandonne à nos propres ténèbres. Son souffle ne continue point en nous si notre âme cesse de le lui renvoyer, si nous cessons de lui offrir, par notre amour, nos prières et nos actions de grâces, le sacrifice qui lui est agréable.

4° Apprenons enfin à suivre cette recommandation du grand apôtre: «Ne t'élève point par orgueil, mais crains.» Craignons le péché, plus que la mort ou l'enfer. Redoutons d'une crainte, non servile, mais jalouse, de nous appuyer sur la tromperie de nos propres coeurs. «Que celui qui est debout prenne garde qu'il ne tombe.» Celui même qui maintenant est affermi dans la grâce et dans la foi qui surmonte le monde peut néanmoins tomber dans le péché intérieur, et par là faire naufrage quant à la. foi Et qu'il est facile, dès lors; au péché extérieur de reprendre son empire ! Toi donc, homme de Dieu, veille pour entendre toujours la voix de Dieu. Veille pour prier sans cesse ; répands en tous temps, en tous lieux, ton coeur en sa présence ! Ainsi tu pourras toujours croire, toujours aimer et ne jamais «faire le péché.»