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Le témoignage de l’Esprit (2° discours)

Tous droits réservés.
Edition numérique © Yves Petrakian, Juillet 2003




« L'Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Ro 8:16)



I

Voici une vérité dont on ne peut mettre en doute l'importance, si l'on croit aux Ecritures comme à la Parole de Dieu; une vérité qui n'y est pas révélée une fois seulement, ni obscurément, ni en passant; mais fréquemment et en termes exprès, mais solennellement et directement, comme exprimant l'un des privilèges distinctifs des enfants de Dieu.

Et il est d'autant plus nécessaire de l'expliquer et de la défendre qu'il y a ici danger des deux côtés. Si nous la rejetons, il est à craindre que notre religion ne dégénère en un pur formalisme, et «qu'ayant la forme de la piété,» nous n'en négligions, ou même n'en reniions la force.» Si nous l'admettons, mais sans la comprendre, il est à craindre que nous ne nous jetions dans tous les excès de l'exaltation. Il est donc nécessaire, au plus haut degré, de mettre en garde contre ces deux dangers ceux qui craignent Dieu, en leur donnant une explication et une confirmation scripturaire et rationnelle de cette vérité capitale.

Le besoin d'une telle exposition paraît d'autant plus grand qu'il existe si peu d'écrits sur la matière qui aient quelque clarté, à part quelques discours sur le côté défavorable de la question, et qui ont pour but de réduire à rien le témoignage direct du Saint-Esprit. Ces discours ont été occasionnés, on ne peut en douter, surtout par les rêveries indigestes, antiscripturaires et irrationnelles d'autres interprètes auxquels s'appliquaient ces paroles : «Ils n'entendent point ce qu'ils disent, ni les choses qu'ils assurent comme certaines.»

C'est surtout l'affaire des chrétiens qu'on appelle méthodistes de comprendre, d'expliquer, de défendre nettement cette doctrine; car elle constitue une partie essentielle du témoignage que Dieu les a chargés de porter à tous les hommes. C'est par sa bénédiction sur leur étude de l'Écriture, confirmée par l'expérience de ses enfants, que cette grande vérité évangélique, si longtemps tenue sous le boisseau, a été remise en lumière.

II

Mais qu'est-ce que le témoignage de l'Esprit? C'est une attestation que l'Esprit lui-même donne personnellement à notre esprit, et conjointement avec notre esprit. Et qu'atteste-t-il ? Il atteste que nous sommes enfants de Dieu. Ce témoignage a pour résultat immédiat «les fruits de l'Esprit, savoir : la charité, la joie, la paix, la, patience, la douceur, la bonté ;» et même sans eux il ne peut continuer, car il est inévitablement détruit, non seulement par un péché quelconque de commission ou d'omission quant aux devoirs extérieurs connus, mais encore par toute infidélité intérieure, en un mot, par tout ce qui «contriste le Saint-Esprit de Dieu.»

J'écrivais, il y a bien des années : «Il est difficile d'expliquer les choses profondes de Dieu dans le langage des hommes. Il n'y a réellement pas de mots qui puissent rendre complètement ce que Dieu, par son Esprit, opère chez ses enfants mais peut-être puis-je dire (et je prie toute âme enseignée de Dieu de me corriger, s'il le faut, en adoucissant ou rendant plus énergiques mes expressions) : Le témoignage de l'Esprit est l'impression immédiate et directe de l'Esprit de Dieu sur mon âme, par laquelle il témoigne au dedans de moi que je suis enfant de Dieu; que Jésus-Christ m'a aimé et s'est donné pour moi, que tous mes péchés sont effacés, et que moi, oui, moi-même, je suis réconcilié avec Dieu.»

Après vingt années de réflexion, je ne trouve rien à rétracter dans ces paroles. Je ne vois même aucun changement à y faire qui puisse les rendre plus intelligibles. Tout ce que je puis dire, c'est que si quelque enfant de Dieu veut indiquer d'autres termes plus clairs ou plus conformes à la Parole de Dieu, je suis prêt à abandonner ceux-ci.

Qu'on veuille bien, cependant, remarquer que par là je n'entends point que ce témoignage de l'Esprit s'exprime par une voix extérieure, ni même toujours, quoique cela puisse avoir lieu quelquefois, par une voix intérieure. Je ne suppose pas non plus que ce soit toujours (quoique cela puisse souvent être le cas), en appliquant au coeur un ou plusieurs textes de l'Ecriture. Mais l'Esprit agit sur l'âme par son influence immédiate et par une opération puissante, quoique inexplicable; de telle manière que les vents et les vagues s'apaisent et qu'il se fait un grand calme, le coeur se reposant doucement dans les bras de Jésus, et le pécheur recevant une pleine conviction que Dieu n'est plus irrité, que toutes ses iniquités sont pardonnées, que tous ses péchés sont couverts.

Quel est donc, à cet égard, le problème à résoudre Ce n'est point s'il y a un témoignage de l'Esprit, ni si l'Esprit rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. On ne peut le nier sans contredire nettement les Ecritures, sans accuser de mensonge le Dieu de vérité. Qu'il y ait donc un témoignage de l'Esprit, c'est ce qui est concédé par tous les partis.

Il ne s'agit pas non plus de savoir s'il y a un témoignage, une attestation indirecte que nous sommes enfants de Dieu. Ce témoignage revient à peu près, sinon tout à fait, au témoignage d'une bonne conscience devant Dieu ; c'est le résultat rationnel de la réflexion sur ce que nous sentons dans nos âmes. C'est, rigoureusement parlant, une conclusion tirée en partie de la Parole de Dieu, en partie de notre propre expérience. La Parole de Dieu dit que quiconque a les fruits de l'Esprit est enfant de Dieu; l'expérience ou le sentiment intérieur me dit que j'ai les fruits de l'Esprit, et de là je conclus rationnellement, que je suis donc enfant de Dieu. Chacun est d'accord là-dessus, et ce n'est pas non plus l'objet de la controverse.

Nous ne soutenons d'ailleurs pas qu'il puisse y avoir un témoignage réel de l'Esprit sans les fruits de l'Esprit. Nous soutenons, au contraire, que du témoignage de l'Esprit naissent immédiatement les fruits de l'Esprit; sans doute pas toujours au même degré, même dans la première force du témoignage et encore moins après. La joie et la paix n'ont pas un niveau fixe, ni l'amour non plus ; le témoignage lui-même varie également en force et en clarté.

Mais le point en question, c'est de savoir s'il existe ou non un témoignage direct de l'Esprit; s'il y a un témoignage de l'Esprit en dehors de celui qui résulte de la conscience des fruits de l'Esprit.

III

Je crois qu'il y a un tel témoignage, car c'est ce que dit évidemment le texte : «L'Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.» Il indique évidemment deux témoins qui attestent ensemble le même fait : l'Esprit de Dieu et notre esprit. Le prédécesseur de l'évêque actuel de Londres, dans son sermon sur ce texte, paraît surpris qu'on puisse en douter, tant la chose est manifeste. «Or l'un de ces témoignages, dit l'évêque, savoir celui de notre esprit, c'est la conscience de notre sincérité.» On pourrait dire un peu plus clairement : C'est la conscience des fruits de l'Esprit. Notre esprit sentant en lui-même ces fruits, «la charité, la joie, la paix, la patience, la douceur, la bonté,» conclut aisément de ces prémisses que nous sommes enfants de Dieu.

Il est vrai que cet homme distingué suppose que l'autre témoignage est «la conscience de nos bonnes oeuvres.» C'est là le témoignage du Saint-Esprit, nous assure-t-il, mais c'est déjà impliqué dans le témoignage de notre esprit, et la sincérité, même dans le sens ordinaire des mots, s'étend jusque-là. Quand l'apôtre dit : «Ce qui fait notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience, que nous nous sommes conduits, dans le monde, en simplicité et en sincérité devant Dieu», -- le mot sincérité se rapporte sans doute au moins autant aux actions et aux paroles qu'aux dispositions du coeur Il n'y a donc toujours là qu'un seul témoignage, et la conscience de nos bonnes oeuvres n'est qu'une forme de la conscience de notre sincérité. Mais le texte parle de deux témoignages; l'un des deux est donc évidemment autre chose que la conscience de nos bonnes œuvres ou de notre sincérité, ces deux choses étant évidemment renfermées dans le témoignage de notre esprit.

Quel est donc l'autre témoignage? Le verset qui précède le montrerait aisément, si notre texte n'était pas suffisamment clair : «Vous n'avez pas reçu un esprit de servitude, mais l'Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba, Père.» C'est cet Esprit qui rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

Voyez encore le texte parallèle (Gal 4,6.) «et parce que vous êtes enfants, Dieu a envoyé dans vos coeurs l'Esprit de son Fils, lequel crie : Abba, Père !» N'est-ce pas là quelque chose d'immédiat ou de direct, qui ne résulte ni de la réflexion, ni de l'argumentation ? Et cet Esprit ne crie-t-il pas dans nos coeurs Abba, Père ! dès l'instant qu'il est donné, avant toute réflexion sur notre sincérité, avant tout raisonnement ? N'est-ce pas là le sens clair et naturel des mots, qui se présente dès l'abord à celui qui les lit ou les entend ? Ainsi donc ces textes, dans leur sens le plus simple, décrivent un témoignage direct du Saint-Esprit.

Ce témoignage de l'Esprit de Dieu doit nécessairement précéder celui de notre esprit. Car avant de nous sentir saints de coeur et de vie, il faut que nous le soyons. Mais pour être saints, il nous faut aimer Dieu, car l'amour est la source de toute sainteté, et nous ne pouvons l'aimer que lorsque nous savons qu'Il nous aime. Or nous ne pouvons connaître l'amour de Dieu pour nous, avant que le Saint-Esprit ne rende témoignage de cet amour à notre esprit ; jusque-là nous ne pouvons y croire, nous ne pouvons dire : «Si je vis, je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et, qui s'est donné Lui-même pour moi.»

C'est alors seulement que notre âme coupable,
Eprouve la vertu de son sang précieux,
Qu'elle peut s'écrier, en sa joie ineffable :
Mon Seigneur et mon Dieu!

Puisque ce témoignage du Saint-Esprit précède tout amour pour Dieu et toute sainteté, il précède aussi nécessairement le sentiment intérieur que nous en avons.

Et c'est ici proprement que cette doctrine scripturaire vient trouver sa confirmation dans l'expérience des enfants de Dieu; non pas dans l'expérience de deux ou de trois, ou d'un petit nombre, mais d'une grande multitude que personne ne peut compter. Elle a été confirmée, dans ce siècle et dans tous les siècles, dans la vie et dans la mort, par une nuée de témoins. Elle est confirmée par votre expérience et par la mienne. L'Esprit lui-même rendit témoignage à mon esprit que j'étais enfant de Dieu, il m'en donna l'évidence, et je m'écriai aussitôt : «Abba, c'est-à-dire Père!» Et je le fis, comme vous aussi, préalablement à toute réflexion ou à toute assurance quant aux fruits de l'Esprit. Ce fut du témoignage une fois reçu que découlèrent ces fruits de l'Esprit : l'amour, la joie, la paix et tous les autres. Dieu me dit : Tes péchés sont remis, Jésus est ton Sauveur ! J'écoutai, et le ciel descendit dans mon coeur !

Mais cette confirmation n'est pas seulement dans l'expérience des enfants de Dieu, -- qui viennent par milliers déclarer que jamais ils n'eurent l'assurance de la faveur de Dieu avant que le témoignage ne leur en fût donné directement par l'Esprit, mais elle est encore dans l'expérience de tous ceux qui sont convaincus de péché, et qui sentent que la colère de Dieu pèse sur eux. A tous ceux-ci il ne faut rien moins qu'un témoignage direct de son Esprit, pour croire qu'il est apaisé envers leurs injustices, et qu'il «ne se souvient plus de leurs péchés.» Dites à l'un d'eux Vous connaîtrez que vous êtes enfant de Dieu, en réfléchissant sur ce qu'Il a opéré en vous, sur votre amour, votre joie, votre paix ; ne vous répondra-t-il pas aussitôt : Tout ce que je connais par là, c'est que je suis enfant du diable? Je n'ai pas plus d'amour pour Dieu que le démon ; mon coeur charnel est inimitié, contre Dieu. Je n'ai pas la joie du Saint-Esprit; mon âme est accablée d'une tristesse mortelle, Je n'ai point de paix ; mon coeur est une mer en tourmente ; en moi, tout est orage et tempête. -- Et comment est-il possible que ces mêmes âmes soient consolées, si ce n'est, non par le témoignage de leur bonté, de leur sincérité, de la conformité de leur coeur et de leur vie aux Ecritures, mais par l'assurance divine que Dieu justifie le méchant? qu'il justifie celui qui, tant qu'il n'est pas justifié, est méchant, dépourvu de toute vraie sainteté; celui qui ne fait pas les oeuvres, qui n'en peut raire de bonnes, jusqu'à ce qu'il se sache accepté par Dieu, non à cause des oeuvres de justice qu'il a faites, mais par la pure et libre grâce de Dieu, uniquement à cause de ce que le Fils de Dieu a fait et souffert pour lui. Et pourrait-il en être autrement, puisque l'homme est justifié par la foi, sans les oeuvres de la loi? Dès lors quel mérite peut-il se reconnaître au dedans ou au dehors, avant sa justification ? Que dis-je ? N'avoir rien pour payer nos dettes, c'est-à-dire, savoir qu'il n'habite en nous aucun bien, que nous sommes dépourvus, au dedans et au dehors, de tout mérite, n'est-ce pas la condition essentielle, absolument nécessaire pour que nous soyons «justifiés gratuitement par grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ ?» Depuis que le Sauveur est venu dans le monde, qui fut jamais justifié, qui pourra jamais l'être, à moins qu'il ne dise:

Je renonce à jamais à plaider devant Toi,
J'étais damné, Seigneur, mais tu mourus pour moi...

Quiconque donc renie ce témoignage, renie, par le fait, la justification par la foi. Il s'ensuit ou qu'il n'a jamais éprouvé cette grâce, qu'il n'a jamais été justifié, ou «qu'il a oublié, comme dit saint Pierre, la purification de ses anciens péchés,» l'expérience qu'il fit alors lui-même, la manière dont Dieu opéra dans son âme quand ses péchés précédents furent effacés. Il n'est pas jusqu'à l'expérience des enfants du monde qui ne confirme ici celle des enfants de Dieu. Il en est plusieurs qui voudraient plaire à Dieu; il en est qui font de grands efforts pour-lui être agréables; mais tous ensemble ne s'accordent-ils pas à traiter d'absurde l'assurance actuelle du pardon des péchés? Qui d'entre eux prétend jamais à rien de pareil ? Et pourtant il en est plusieurs qui ont conscience de leur sincérité ; plusieurs, sans aucun doute, qui ont, à quelque degré, le témoignage de leur propre esprit, la conscience de leur droiture. Mais cela ne leur donne pas le sentiment d'être pardonnés ; ils ne savent pas pour cela s'ils sont enfants de Dieu. Et même, plus ils sont sincères, plus l'incertitude où ils sont sur ce point les rend en général inquiets ; preuve évidente qu'à cet égard le simple témoignage de notre esprit ne peut suffire, et qu'il faut que Dieu nous témoigne directement par son Esprit que nous sommes ses enfants.

IV

Mais à cela on a fait nombre d'objections dont il peut être utile d'examiner les principales.

1. On a dit : «L'expérience ne suffit pas a prouver une doctrine qui n'est pas fondée sur l'Ecriture.» Vérité indubitable et vérité importante, mais qui n'a rien à faire ici ; au contraire, c'est à bon droit que l'expérience est invoquée à l'appui de cette doctrine, puisqu'on a vu qu'elle est fondée sur l'Ecriture.

«Mais des fous; des visionnaires qui se sont dits prophètes et toutes sortes d'exaltés ont cru éprouver ce témoignage.» -- Il est vrai, et plusieurs peut-être l'éprouvèrent en effet, quoique sans le conserver longtemps ; mais s'ils ne l'éprouvèrent pas, il n'en résulte nullement que d'autres ne l'aient point éprouvé. De ce qu'un fou peut s'imaginer être roi, il ne résulte pas qu'il n'y ait point de rois.

«Il en est même, dit-on, parmi les grands avocats de cette doctrine, qui ont fort décrié la Bible.» -- Peut-être, mais non par une conséquence nécessaire : des milliers d'âmes plaident pour elle, qui ont la plus grande estime pour la Bible. -- «Oui, mais par là plusieurs sont tombés dans une fatale illusion, et ont endurci leur coeur contre toute conviction.» -- Peut-être, mais une doctrine scripturaire ne doit pas être considérée comme mauvaise, pour l'abus qu'en font les hommes à leur propre perdition.

On dit encore : «Mais on ne peut contester que le témoignage de l'Esprit, ce sont les fruits de l'Esprit.» Nous le contestons; des milliers d'âmes le contestent et même le nient formellement : mais passons. -- «Si ce témoignage suffit, ajoute-t-on, pourquoi en chercher un autre ? Mais il nous suffit, sauf dans deux cas :

1° Dans l'absence totale des fruits de l'Esprit.» -- Or nous avons vu qu'il y a absence de ces fruits, au moment où le témoignage direct est premièrement donné.

2° «Lorsqu'on n'aperçoit point ces fruits ; mais prétendre alors à ce témoignage, c'est prétendre être dans la faveur de Dieu, sans le savoir.» -- Oui, sans le savoir alors autrement que par le témoignage direct que Dieu donne. Car c'est là ce que nous soutenons ; nous soutenons que le témoignage direct peut briller clairement, même pendant que le, témoignage indirect est couvert d'un nuage.

2. On a dit en second lieu : «Le but du témoignage en question serait de prouver que notre profession de christianisme est sincère. Mais il ne le prouve pas.» -- Je réponds que ce n'est pas là le but. Ce témoignage précède toute profession, si ce n'est la profession de notre perdition; de notre culpabilité. Son but, c'est de donner au pécheur l'assurance d'être enfant de Dieu, l'assurance d'être «justifié gratuitement par grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ.» Et ceci, loin de supposer que ses pensées, ses paroles et ses actions étaient déjà conformes à la règle des Ecritures, suppose juste le contraire, suppose qu'il était entièrement pécheur, dans son coeur et dans ses actions. Car sans cela Dieu justifierait les justes, ce seraient leurs bonnes oeuvres qui leur seraient imputées à justice. Et je crains bien que l'idée de la justification par les oeuvres ne soit à la base de toutes ces objections ; car si quelqu'un croit de coeur que Dieu justifie en imputant la justice sans les oeuvres, il n'hésitera. point à admettre que le témoignage du Saint-Esprit en précède les fruits.

3. On a dit : «Nous trouvons dans l'un des Évangiles, que Dieu donnera le Saint-Esprit à tous ceux qui le lui demandent; et dans un autre Évangile, dans le passage parallèle, il est dit que Dieu leur donnera de bonnes choses, ce qui prouve de reste que l'Esprit rend témoignage par le don de «ces bonnes choses.» Mais rien ne prouve qu'il soit question dans ces textes du témoignage de l'Esprit. Qu'on le démontre un peu mieux, et nous répondrons.

4. On objecte aussi : «Nous lisons dans l'Écriture : L'arbre se connaît par ses fruits ; éprouvez toutes choses; éprouvez les esprits; éprouvez-vous vous-mêmes.» Oui, sans doute. Que chacun donc s'éprouve soi-même, s'il croit avoir en lui ce témoignage, pour voir s'il vient de Dieu : il est de Dieu si les fruits en découlent; s'il en est autrement il ne vient pas de Dieu. Car certainement l'arbre sera connu par son fruit. -- «Mais la Bible n'en appelle jamais au témoignage direct.» Isolément, non sans doute, mais bien dans son union avec l'autre témoignage, comme déclarant avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Et qui prouvera qu'il n'est pas ainsi invoqué dans la suite même du texte qu'on cite : «Examinez-vous vous-mêmes, pour voir si vous êtes dans la foi ? Éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas vous-mêmes que Jésus-Christ est en vous ?» Il faudrait démontrer qu'il ne s'agit pas ici d'un. témoignage direct aussi bien qu'indirect; qu'est-ce qui prouve qu'ils ne devaient pas reconnaître cela, d'abord par un sentiment intérieur, puis par l'amour, la joie, la paix et les autres fruits de l'Esprit ?

«Mais la Bible en appelle constamment au témoignage qui résulte d'un changement intérieur et extérieur.» -- D'accord; et nous aussi nous en appelons constamment à ce changement, pour confirmer le témoignage de l'Esprit.

«Vous-mêmes, par tous les caractères que vous indiquez pour distinguer l'opération de Dieu des illusions, vous en appelez au changement intérieur et extérieur opéré en nous !» -- Ceci est encore incontestable.

5. Autre objection.

«Le témoignage, direct de l'Esprit ne nous met point à l'abri des plus grandes illusions. Quelle confiance mérite un témoignage sur lequel on ne peut s'assurer et qui doit chercher ailleurs qu'en lui-même la preuve de ce qu'il avance ?» -- Je réponds : Pour nous préserver de toute illusion, Dieu nous donne; de notre adoption un double témoignage. Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu, a joint. Réunis, les deux témoignages sont indubitables et l'on peut s'y fier entièrement. Ils sont de nature à inspirer la plus haute confiance et n'ont pas besoin de chercher ailleurs la preuve de ce qu'ils avancent.

«Quant au témoignage direct, il se borne à affirmer mais sans rien prouver.» -- Par deux témoins, toute parole sera, confirmée. Si, comme Dieu le veut, l'Esprit rend témoignage avec notre esprit, il donne pleinement la preuve que nous sommes enfants de Dieu.

6. On dit encore : «Vous accordez que le changement opéré est un témoignage suffisant, sauf dans des épreuves extraordinaires, telle que celle que Notre Seigneur endura sur la croix. Or, nul de nous ne peut être exposé à une semblable épreuve.» -- Mais vous et moi, comme tout enfant de Dieu, nous pouvons être éprouvés de telle sorte que, sans te témoignage direct de l'Esprit de Dieu, nous ne puissions conserver notre confiance filiale en Lui.

7. On dit enfin : «Les plus grands défenseurs de cette doctrine comptent parmi les hommes les plus orgueilleux et les moins charitables.» -- Il se peut que les plus ardents de ses défenseurs ne soient ni charitables ni humbles ; mais plusieurs de ses plus fermes appuis sont éminemment débonnaires et humbles de coeur, et d'ailleurs, à tous égards, les fidèles imitateurs de l'Agneau.

Les objections qui précédent sont les plus considérables que j'aie entendues, et elles contiennent, je crois, tout le nerf du débat. Néanmoins je m'assure que l'homme calme; et impartial qui voudra les peser et les comparer avec les réponses, verra aisément que loin de la détruire elles n'affaiblissent en aucune manière l'évidence de cette grande vérité que l'Esprit de Dieu témoigne directement aussi bien qu'indirectement que nous sommes enfants de Dieu.

V

Résumons-nous : Le témoignage de l'Esprit est une impression intérieure sur l'âme des croyants, par laquelle l'Esprit de Dieu témoigne directement à leur esprit qu'ils sont enfants de Dieu. Et la question n'est pas de savoir s'il y a un témoignage de l'Esprit, mais s'il y en a un direct, différent de celui qui résulte de la conviction d'avoir les fruits de l'Esprit. Nous croyons qu'un tel témoignage existe parce que c'est le sens clair et naturel du texte mis en lumière par le verset qui précède et par le passage parallèle de l'Epître aux Galates; nous le croyons parce que, naturellement, le témoignage doit précéder le fruit dont il est la source ; et parce que cette interprétation toute simple est confirmée par l'expérience de la grande nuée des enfants de Dieu, par l'expérience de toutes les âmes qui sont sous la loi, qui ne peuvent trouver de repos jusqu'à ce qu'elles aient un témoignage direct ; et même par le témoignage des enfants du monde qui, n'ayant pas ce témoignage en eux-mêmes, prétendent tous qu'on ne peut avoir l'assurance du pardon des péchés.

Et quant aux objections, savoir : que l'expérience ne suffit pas pour prouver une doctrine qui n'est pas appuyée sur l'Ecriture ; -- que des fous et des exaltés de toutes sortes ont rêvé un tel témoignage; -- que ce témoignage ne répond pas à son but qui est, à ce qu'on prétend, de prouver la sincérité de notre profession ; -- que l'Ecriture dit : «On connaît l'arbre à son fruit;» «examinez-vous, éprouvez vous vous-mêmes ;» -- qu'elle n'en appelle d'ailleurs jamais au témoignage direct; -- que ce témoignage ne nous préserve pas des plus grandes illusions , -- et qu'enfin le changement du cœur est un témoignage toujours suffisant, sauf dans des épreuves pareilles à celles que Christ seul a endurées ; -- Je réponds :

1° l'expérience suffit pour confirmer une doctrine qui est basée sur l'Ecriture ;

2° quoique plusieurs croient éprouver ce qu'ils n'éprouvent point, cela ne préjuge; rien contre une expérience réelle ;

3° ce témoignage répond à son but qui est de nous assurer que nous sommes enfants de Dieu;

4° le vrai témoignage de l'Esprit est connu par ses fruits «l'amour, la joie, la paix,» dont il n'est point précédé mais suivi ;

5° on ne peut dire que le témoignage direct, aussi bien que l'indirect, ne soit pas indiqué même dans ce texte : «Ne connaissez-vous pas vous-mêmes que Jésus-Christ est en vous ?»

6° le témoignage de l'Esprit de Dieu, joint à celui de notre esprit, nous préserve réellement de toute illusion ;

7° enfin nous sommes tous sujets à des épreuves où le témoignage de notre esprit est insuffisant, où il ne nous faut rien moins que le témoignage direct de l'Esprit de Dieu pour être assurés que nous sommes ses enfants.

De tout ceci, tirons deux conséquences :

1° que personne ne présume de s'appuyer sur un prétendu témoignage de l'Esprit, séparé des fruits de l'Esprit. Si l'Esprit de Dieu témoigne réellement que nous sommes enfants de Dieu, il en résulte immédiatement les fruits de l'Esprit, «la charité, la joie, la paix, la patience, la débonnaireté, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance.» Et. bien que ces fruits puissent être voilés pour un temps, dans des moments de forte tentation, et qu'ils se cachent à celui que Satan crible comme le blé, la substance en demeure pourtant, même sous le plus épais nuage. Sans doute, dans cette heure d'épreuve, la joie du Saint-Esprit pourra se retirer, l'âme pourra être accablée de tristesse, dans l'heure de la puissance des ténèbres ;» mais cette grâce même est généralement rendue avec usure, jusqu'à ce que nous puissions nous réjouir d'une joie ineffable et glorieuse.

2° Que nul ne s'appuie sur de prétendus fruits de l'Esprit, sans le témoignage. Il peut y avoir des avant goûts de joie, de paix, d'amour, qui ne soient pas des illusions et qui viennent réellement de Dieu, bien avant que nous avons le témoignage en nous, et que l'Esprit de Dieu témoigne avec notre esprit que nous avons «la rédemption par le sang de Jésus, savoir la rémission des péchés.» Oui, il peut y avoir; non pas une ombre, mais, par la grâce prévenante de Dieu, en réalité un certain degré de patience, de douceur, de fidélité, de débonnaireté, de tempérance, avant d'être rendus agréables dans le Bien-aimé et certainement avant qu'on puisse en avoir le témoignage; mais il ne convient nullement de s'arrêter là ; nous ne pouvons le faire qu'au péril de nos âmes. Si nous sommes sages, nous ne cesserons de crier à Dieu, jusqu'à ce que son Esprit crie dans notre coeur «Abba, Père !» c'est là le privilège de tous les enfants de Dieu, et sans cela nous ne pouvons être assurés que nous sommes ses enfants. Sans cela, nous ne pouvons conserver une paix solide ni éviter des craintes et des doutes désolants. Mais dès que nous avons reçu l'Esprit d'adoption, cette «paix qui surpasse toute intelligence,» et qui «bannit la crainte, garde nos coeurs et nos esprits en Jésus-Christ.» Et lorsque cet Esprit a produit son fruit, toute vraie sainteté au dedans et au dehors, la volonté de Celui gui nous a appelés est, sans aucun doute, de nous donner toujours ce qu'Il nous a une fois donné ; en sorte qu'il n'est pas nécessaire d'être jamais plus privés, ni du témoignage de l'Esprit de Dieu, ni du témoignage de notre esprit, de l'assurance que nous marchons dans la justice et dans la vraie sainteté.